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ACTUEL / Conseil fédéral

Les étonnantes associations d’Ignazio Cassis

U n train peut en cacher un autre, dit-on en France. Une association aussi. On a cru que Ignazio Cassis s’était inscrit à proTELL, le lobby des armes, pour une raison électorale et s’en est démis après son élection au Conseil fédéral. En fait le sujet lui tient à cœur depuis longtemps. Il est membre du comité d’une association tessinoise dont c’est le cheval de bataille: Liberta e Valori. On trouve dans cette boutique des propos qui laissent songeurs.

Ce petit club attaché «à la défense de la liberté individuelle et des valeurs enracinées dans notre culture» se manifeste depuis des années par la diffusion d’articles dans la presse tessinoise. Pour le droit de posséder des armes, mais pas seulement. Quelques autres thèmes reviennent en boucle: la souveraineté suisse, l’aversion anti-européenne et une admiration sans bornes pour Israël. 

L’égérie du mouvement, Iris Canonica, ex-membre du Parti socialiste, aujourd’hui proche de la Lega ticinese, n’y va pas de main morte. Pour elle, la volonté de limiter dans l’espace Schengen la possession d’armes est un complot. «L’intention de l’UE de désarmer les citoyens est plus qu’évidente.» Et cela ira loin… «Il est clair qu’après les militaires, les tireurs, les chasseurs, les collectionneurs, l’attaque se portera vers d’autres secteurs de la société. Nous sommes tous impliqués.»

Pour cette dame, l’Union européenne, c’est la tyrannie à la façon soviétique. «L’URSS était dirigée par 15 oligarques non élus (le Politburo) qui se désignaient réciproquement et ne devaient rendre de compte à personne. L’UE est aussi dirigée par 28 superbureaucrates superpuissants réunis dans la commission européenne. Non élus par le peuple mais nommés par les lobbies politico-financiers des pays respectifs (…) Certes l’UE a un parlement élu mais l’URSS avait quelque chose de semblable, le Soviet Suprême. A fonction était d’avaliser les décisions du Politburo, mettant en scène une parodie de débat démocratique.»

Moins surprenant, Iris Canonica et ses amis pourfendent sans cesse l’immigration et voue l’islam aux gémonies. Ils expriment en revanche une admiration systématique pour Israël, un modèle pour la Suisse. Ils considèrent que l’antisionisme est de l’antisémitisme pur et simple.

De la suite dans les idées

Tous ces textes parus surtout dans Il Mattino della Domenica, l’organe de la Lega, et dans le Corriere del Ticino, sont accessibles sur le site de Liberta e Valori. On y trouve les noms des membres du comité de l’association, présidée par le Dr Pio Angelo Fontana. Parmi lesquels: Ignazio Cassis. Qui ne s’est apparemment pas distancé de ce club en dépit de son accession au poste de ministre des affaires étrangères. Bien que cette association combatte sur plus d’un point la politique du Conseil fédéral.

Une autre hypothèque pèse sur lui. En cédant aux avances du gouvernement séparatiste de Catalogne, en tant que membre d’un groupe parlementaire «ami», il a probablement saboté par avance toute tentative de médiation que pourrait proposer la Suisse, forte de son expérience fédéraliste.

Un politicien certes opportuniste mais qui, dans l’ombre, a de la suite dans les idées. On est curieux de le voir aux affaires. Aura-t-il l’indépendance d’esprit, la hauteur de vues que nécessitent le dialogue avec l’Union européenne et l’approche du conflit au Moyen-Orient? Ce n’est pas être de mauvais esprit que d’en douter. Nous verrons.


Précédemment dans Bon pour la tête

L’homme qu’il ne faut pas au Conseil fédéral – Der Mann, den es nicht im Bundesrat bedarf, par Jacques Pilet
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