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ACTUEL / L’interview imaginaire

Starman

C ape Canaveral, mardi 6 février 2018, 21h45 (GMT+1). Le compte à rebours a commencé, les moteurs sont allumés. Le milliardaire Elon Musk est là, vérifie la mise à feu de sa fusée. Starman, l'astronaute, le mannequin, s'accroche à son volant. Que Dieu soit avec eux. «Ground Control to Major Tom», tour de contrôle à Falcon Heavy: dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un, décollage!


Salut Starman, ça se passe comment là-haut?

Je ne sais pas quelle heure il est, les lumières sont faibles. Mais la radio diffuse un mystérieux swing cosmique.

Space Oddity ou Life on Mars?

Elon a hésité, mais finalement c’est Life on Mars.

Vous voulez nous faire croire que vous écoutez en boucle du Bowie depuis mardi après-midi, depuis le lancement de la fusée la plus puissante de tous les temps?

Et pourquoi pas?

Vous rigolez? Le son vibre dans l’air. Il n’y a pas d’air dans l’espace, donc aucun son.

Peut-être, reste que la chanson me trotte toujours dans la tête.

Vous allez aussi nous dire que vous êtes un homme des étoiles et que vous attendez (on ne sait quoi) dans le ciel?

Je n’attends pas, je flotte d’une manière étonnante. Bien au-dessus de la terre. J’ai l’impression d’être immobile alors que je me trouve à plus de cent cinquante mille kilomètres d’elle.

Ça s’appelle être en orbite. Vous savez au moins où vous allez?

Vers la planète rouge.

Et vous savez comment y aller?

Non, mais mon vaisseau sait sûrement quelle route prendre. On verra. Puis-je vous poser à mon tour quelques questions?

OK. Posez-les.





(vide intergalactique)







Suis-je vraiment assis dans une boîte de conserve?

Pas tout à fait, vous êtes au volant d’une voiture, d’une décapotable qui coûte son pesant d’étoiles.

Oh, la même que celle qui orne mon tableau de bord?

Oui, mais en plus grand. La miniature a été collée là pour intriguer les Martiens que vous rencontrerez peut-être un jour.

Alors je conduis? Dans l’espace?

Oui, enfin pas complètement: ce n’est pas vraiment la question. Votre petit travail est de faire de la communication. Et vous le faites particulièrement bien.

Vraiment? J’en suis heureux.

Il n’y a pas de quoi, vous n’êtes qu’un mannequin. Un ersatz. Le fils de Musk et de Bowie. Juste une présence cosmique. Qui permet de montrer au monde des images extraordinaires, dignes de celles de juillet 1969.

Ça ne vous plaît pas?

Si ça plait beaucoup. Vous et votre roadster rouge «cerise de minuit», la Tesla de Elon himself, faites même un sacré buzz. Reste que vous n’êtes qu’un pantin.

Peut-être mais je vois d’où je suis la planète Terre. Et je peux vous dire ceci: elle est bleue.

Désolée de vous l'apprendre, mais c'est tout sauf un scoop. Cela est dû à plusieurs facteurs, notamment au fait que notre planète est composée à 70% d’eau. Ne me dites pas que vous l'ignoriez?

Non non. Mais c'est la première fois que je la vois ainsi. Et Mars, pourquoi est-elle rouge?

Elle est rouge-orangée. A cause de l’oxyde de fer que contient son sol. Et de son atmosphère composée de dioxyde de carbone.

Y a-t-il de la vie là-bas?

Je n'en sais rien. C'est vous qui nous le direz. Enfin si vous y arrivez un jour.

Dans combien de temps y serai-je?

Un milliard d’années environ si vous continuez sur cette orbite elliptique sur 400 millions de kilomètres.

Ça fait long?

Non non.


Life on Mars? (1971)


Space Oddity (1969)


Précédemment dans Bon pour la tête

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