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SÉRIE MÉDIAPORAMA (6) – Le Regard Libre

Un regard libre face à la pensée dominante

E nviron quatorze rédacteurs et rédactrices de moins de 30 ans, un comité à quatre, un site internet bien fourni et un journal papier mensuel distribué depuis peu dans les kiosques: voici les quelques caractéristiques de la revue «Le Regard Libre», réalisée avec passion que son rédacteur en chef, Jonas Follonier nous fait découvrir. Anti bien-pensance et pertinence culturelle guident la petite équipe à majorité étudiante.


Vous avez entendu parler de «crise de la presse» ces derniers mois? Nous aussi. Si la concentration de l’info en quelques groupes médiatiques est une réalité, et si la remise en cause des modèles économiques traditionnels représente aujourd’hui un débat primordial, il n’est en revanche pas utile de s’apitoyer sur son sort en matière de diversité. Passons un grand coup d’essuie-glace sur notre pare-brise embué et regardons: des projets audacieux se faufilent un peu partout dans notre paysage médiatique encombré. Bon pour la tête s’est penché sur quelques-uns d’entre eux dans sa série «Médiaporama». 


Imaginons. Quelques personnes d’un certain âge sirotent un espresso ou un ballon de blanc au café de l’Oasis, à Sion. Juste à côté, un groupe de collégiens de 17-18 ans sont attablés. Ils sortent de l’établissement des Creusets et se sont posés dans le premier bar pour discuter après leur cours. Nous sommes en 2013 et Jonas Follonier préside ce que l’on pourrait appeler la première séance de rédaction du magazine Le Regard Libre

Cinq ans plus tard, on retrouve le jeune Valaisan à Neuchâtel, près de la gare, où il vit en colocation. Le journal, bien qu’encore modeste, a pris de la maturité. L’équipe s’est agrandie, et s'est diversifiée, mais l’idée de base est restée: «Nous ne traitons pas l’information à proprement parler. La sève de la revue, c’est la réflexion», détaille Jonas. Le sous-titre apparu il y a maintenant une année le montre bien: Pour la culture et le débat d’idées. «Ce n’est pas vraiment un journal d’opinion, dans le sens où il n’y a pas d’avis politique dominant, mais les articles ont des points de vue marqués. A droite comme à gauche.» Si la différence droite/gauche n’a pas vraiment de sens pour le rédacteur en chef, il veut bien admettre que «si l’on faisait une moyenne, peut-être bien que l’on se situerait au centre droit.»

«Nous partons de ce que connaissent les gens et nous cherchons l’inédit de la réflexion, explique Jonas. Nous cherchons à être libres de la pensée dominante. Si une idée est à contre-courant et qu’elle est intéressante, nous la défendrons.» A ce titre, il cite un article qui sortira prochainement: «Il faut prendre les souverainistes au sérieux». Jonas estime qu’il est important de parler de ce genre de tendances et de ceux qui les portent, comme le Front national – même s’il ne se sent pas proche du parti français bleu marine. Selon lui, ce n’est qu’en donnant une place médiatique à ces sujets qu’ils seront traités de manière constructive.

Parti d’un journal d’étudiant, noir-blanc et agrafé, la petite revue est devenue un magazine papier légèrement glacé de 68 pages. «Nous prenons un réel soin à en faire un bel objet», précise le jeune homme de 22 ans. Regroupant une sélection d’articles publiés sur le site, le magazine est construit «avec cohérence», comme un album de chansons: loin du melting-pot de la news à la sauce Spotify qui règne aujourd’hui. Une ligne éditoriale politique ambitieuse couplée à un format, somme toute, assez traditionnel: «vintage», corrige le rédacteur en chef, sans vraiment me contredire. 

Du lundi de l’actualité au vendredi de la micro-brasserie 

L’autre versant du magazine est centré sur la culture. D’ailleurs, au regard du nombre de pages dédiées à ces questions, celles-là sont bien plus présentes que la politique. Sans chercher à tout prix l’exhaustivité (quoique) dans la couverture des événements culturels, Le Regard Libre tente toutefois d’être, d’un côté une plateforme pour la littérature romande (au travers de la rubrique Les lettres romandes du mardi); de l’autre de ratisser les cinémas pour critiquer la moindre sortie en salle (Les mercredis du cinéma); et pour finir – c’est leur dernière nouveauté – de faire le tour des micro-brasseries romandes pour avoir une vue d’ensemble de la pratique (Les vendredis de la micro-brasserie).


Les lettres romandes du mardi et Les vendredis de la micro-brasserie, deux rubriques racontées par Jonas Follonier, rédacteur en chef de Le regard libre    


Entre musique et journalisme

En moyenne deux heures par jour: c’est le temps que lui prend la revue à côté de ses études en Bachelor en philosophie et français à l'Université de Neuchâtel. En plus de ces deux occupations, Jonas Follonier nourrit également une passion pour la musique: il chante, joue du piano et de la guitare. Et pour finir, il gagne quelques sous en travaillant pour la Fédération suisse des parlements des jeunes , où il veille à favoriser la participation politique des jeunes. «Non, je ne suis pas hyperactif. Je suis même de nature assez calme, se défend-il, mais c’est vrai que je fais beaucoup de choses…»

Malgré le temps que lui prend la réalisation du journal Le Regard Libre, Jonas ne s’imagine pas abandonner son hobby lorsqu’il entrera dans le monde professionnel. Il laisse la porte ouverte à beaucoup de possibilités. Mais dans quelques années, il se verrait bien – pourquoi pas – chef de la rubrique culturelle du Temps.


La série Médiaporama

(1) La Torche 2.0 - Le rire face à la moralisation ambiante

(2) Le Journal d’à peu près 7:30 - Le «metamedia» d’à peu près troisième degré

(3) Slash média - L’écho bobo-gaucho d’une génération

(4) DécadréE - Un web-journal pour contrer le sexisme médiatique

(5) Immersions - La nouvelle revue de papier


Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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