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SÉRIE MÉDIAPORAMA (2) – Le Journal d'à peu près 7:30

Le «metamedia» d'à peu près troisième degré

Q ui se cache derrière le «Journal d’à peu près 7:30»? «Nous sommes une seule personne helvétique qui aimons parler d’actualité, qu’elle soit politique ou culturelle, internationale ou suisse», révèle le site. En réalité, «nous», c’est Alexis Junod. Et Alexis Junod aime détourner l’information avec humour. Portrait du JDAPP 7:30 (comme on l’appelle) et de son géniteur.


Vous avez entendu parler de «crise de la presse» ces derniers mois? Nous aussi. Si la concentration de l’info en quelques groupes médiatiques est une réalité, et si la remise en cause des modèles économiques traditionnels représente aujourd’hui un débat primordial, il n’est en revanche pas utile de s’apitoyer sur son sort en matière de diversité. Passons un grand coup d’essuie-glace sur notre pare-brise embué et regardons: des projets audacieux se faufilent un peu partout dans notre paysage médiatique encombré. Bon pour la tête s’est penché sur quelques-uns d’entre eux dans sa série «Médiaporama».


Un mot pour décrire ce média principalement distribué sur les réseaux sociaux? «Fanfaron! Oui, note qu’il est fanfaron, dit Alexis Junod, et satirique aussi». Le jeune homme de 25 ans marque une pause avant d’ajouter d’un ton malicieux: «Non, pas satirique, car c’est de l’information tout à fait véritable, évidemment. D’ailleurs, on est un peu comme Russia Today. On a le même but: détourner les faits d’actualité».

Parti d'une chronique radio, le Journal d'à peu près 7:30 d'Alexis Junod se présente désormais sous la forme d'une page Facebook et d'un site internet. © DR

Entrer dans le monde d’Alexis Junod et celui de son «Journal d’à peu près 7:30», c’est comprendre que l’on peut dire tout et son contraire, tant que le propos est placé dans le bon degré d’humour selon l’échelle de Junod (une échelle allant du premier degré, utilisé très rarement, jusqu’au 7e degré. La moyenne se trouvant entre le 2e et le 3e degré). 

Alexis Junod aime faire de l’humour sur à peu près tout d’ailleurs, mais de préférence sur les personnes ou les partis «excessifs» qui monopolisent l’appareil médiatique avec brio. «C’est vrai que du coup, l’UDC s’en prend plein la gueule…», avoue-t-il.

Chacun pour son grade

Il n’y a pourtant pas que ce parti qui amuse Alexis Junod. Les autres franges politiques en prennent aussi pour leur grade mais encore les gens qui achètent un abonnement de fitness le 1er janvier sans oublier les médias bien sûr, très largement critiqués dans le JDAPP. «Oui, ça m’arrive de vanner gentiment Le Matin…», ou 20 Minutes, comme on peut le voir dans l’un de ses derniers articles. Le «despote en chef» du JDAPP l’admet pourtant lui-même: «Pour mes chroniques, je ne pourrais pas me passer des autres médias. Osons le mot: le JDAPP est un "metamedia" – à ne pas confondre avec Tamedia –, précise-t-il. J’ai besoin de la matière médiatique pour pouvoir éventuellement la critiquer.»

Si Alexis Junod utilise le mot «metamedia», ce n’est pas seulement qu’il veut montrer qu’il est cultivé (comme lorsqu’il achète le Monde diplo «pour faire genre»), c’est aussi parce qu’il aime les mots et «fait» Lettres à l’Université de Lausanne. Français et Histoire. Il est d’ailleurs en train de finir son travail de mémoire sur le vaudeville: «Un autre registre». Ce choix n'est pas si étonnant lorsque l’on sait qu’Alexis Junod fait du théâtre depuis plus de 10 ans avec même un passage en préprofessionnel dans cette discipline au Conservatoire. 

Réactions épidermiques

Le JDAPP n’est donc qu’une activité parmi d’autres pour l'étudiant. «Cela reste un hobby. Mes seules ambitions pour l’instant, quand j’aurais fini mon mémoire, sont de pouvoir écrire plus d’articles.» Pas donc de professionnalisation du site, ni de but de rentabilité, mais une certaine satisfaction à voir que sa page a de plus en plus de vues. «J’ai eu quelques articles qui ont fait le buzz.» Ce n’étaient d’ailleurs pas forcément ceux qu’il aimait le plus. «J’ai publié un papier sur les Vaudois et les ronds-points qui a été massivement partagé sur Facebook en Valais. L’article a lui seul a fait la moitié des visites sur mon site!»

Certaines fois, le second degré n’est pourtant pas compris. En septembre dernier, il publiait un article qui s’intitulait Insolite: elle dit être heureuse alors qu’elle vit à Yverdon. «J’ai reçu une foule de commentaire de gens qui s’offusquaient. Les réactions étaient épidermiques!» Ces mauvaises interprétations ne le découragent néanmoins pas: «Même si certaines personnes prennent mes articles au sérieux, je pense que le ton est suffisamment absurde pour ne pas prêter à confusion. D’ailleurs, c’est bien de confronter les gens un peu à la réflexion. C’est une manière de les faire cogiter et de leur montrer que ce qu’ils voient sur Facebook n’est pas forcément vrai.»

Une voix de plus, grinçante

Si le Journal d’à peu près 7:30 ne se veut pas un média traditionnel (on ne va pas se mentir, il n'a probablement «pas beaucoup d'influence»), cette page à 2000 likes sur Facebook apporte pourtant une voix de plus, un peu grinçante, au débat public (dans la même vague, mais au niveau valaisan: L'Alcazar). L'humour en actualité est «trendy», même si cela n'est pas nouveau (lire l'article Le rire face à la moralisation ambiante, premier épisode de notre série «Médiaporama»). Les différents acteurs sur les médias sociaux en jouent, parfois un peu trop, et à différents degré de réussite, ce qui peut parfois agacer. Pourtant, ces initiatives sont louables et représentent une porte d'entrée aux différents enjeux politico-médiatiques. «Je me fais peut-être pas mal d'illusions mais je pense que l'humour est un moyen pédagogique et critique comme un autre pour faire passer un message», conclut Alexis Junod. A chacun donc d'aller au-delà du rire et d'en tirer ses propres conclusions.


Bon pour les oreilles

Alexis Junod nous explique la genèse d’un article, suivi de l’appréciation et de la lecture d'un papier qui a fait le buzz: «La décence de Philippe Nantermod portée disparue depuis son passage à Infrarouge».



La série Médiaporama

La Torche 2.0  Le rire face à la moralisation ambiante (1), par Diana-Alice Ramsauer

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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