keyboard_arrow_left Retour
SÉRIE MEDIAPORAMA (3) – Slash média

L'écho bobo-gaucho d'une génération

«Slash média», donne parfois l’impression d’exister uniquement au travers de Malick Touré Reinhard, son fondateur. Très présent sur les réseaux sociaux, il l’est maintenant également de plus en plus dans les médias traditionnels. Son profil intrigue, évidemment et peut-être pour les mauvaises raisons: il est atteint de myopathie, se déplace uniquement en chaise roulante et a une volonté de fer. Alors c’est vrai, «Slash média» est un peu son joujou. Mais pas seulement. C’est aussi l’écho d’une génération de jeunes qui ont envie de prendre la parole. Des voix qui hésitent parfois, que l’on peut critiquer souvent, mais surtout qui estiment qu’elles ont une place à prendre.


Vous avez entendu parler de «crise de la presse» ces derniers mois? Nous aussi. Si la concentration de l’info en quelques groupes médiatiques est une réalité, et si la remise en cause des modèles économiques traditionnels représente aujourd’hui un débat primordial, il n’est en revanche pas utile de s’apitoyer sur son sort en matière de diversité. Passons un grand coup d’essuie-glace sur notre pare-brise embué et regardons: des projets audacieux se faufilent un peu partout dans notre paysage médiatique encombré. Bon pour la tête s’est penché sur quelques-uns d’entre eux dans sa série «Médiaporama». 


Si Slash média était une personne, «ce serait un bobo-gaucho, qui a envie de faire entendre sa voix, mais qui aime aussi ouvrir le dialogue», explique Nina Rast, 21 ans journaliste depuis quelques mois dans ce nouveau média. Son rédacteur en chef, Malick Touré Reinhard, 19 ans confirme: «C’est un média qui prend parti, mais qui aime aussi donner la voix à ceux qui ne pensent pas comme lui». Les mots «gauchiste» et «bobo», il les assume complètement. Consensus helvétique oblige, ceux de «dialogue» et «compromis» aussi. Leur leitmotive pourrait bien être: «Je ne suis pas d’accord avec toi, mais raconte-moi».

Malick nous raconte la naissance de Slash:

«La tendance générale dans notre société est de diviser, de polariser. Je préfère le principe de mettre deux personnes aux avis divergents ensemble pour trouver leurs points communs. C’est ensuite à partir de ces ressemblances que l’on peut créer un débat constructif», explique Nina Rast. Un média un peu gentil-gentil alors? «Non, social», précise Malick. «Nous admirons le journalisme engagé, mais nous n’en avons pas les moyens humains. Nous préférons alors nous concentrer sur les témoignages.»

Briser les binarités

Témoigner, une notion importante pour les auteurs de ce média «génération Y» – précédant la «Z». «Les jeunes qui n’ont pas encore le droit de vote ont aussi beaucoup à raconter», revendique Nina. Ceux-là, nés entre 1995 et 2000, sont aussi appelés la nouvelle génération silencieuse: parce qu’elle s’exprime surtout sur le web, un moyen de communication qui les a vus naître. Slash média se veut en quelque sorte leur porte-parole, pour créer des ponts entre les générations. S’il est vrai que leur slogan révèle une certaine forme de «jeunisme» – «C’est comme l’info mais sans les cheveux blancs» – leur but est néanmoins de décloisonner les catégories. «Nous sommes témoins de cette génération Z. Et nous aimerions casser la binarité jeune-vieux, ouvrir les cases, supprimer les étiquettes. Il n’y pas les “silencieux”, ceux qui parlent, ceux qui se taisent. Ce n’est pas si simple», explique Malick avant d’ajouter: «Et oui, il paraît qu’on est aussi lu par les “vieux”.»

Un laboratoire d’idées

Un média jeune, pour les jeunes, cela veut aussi dire que les rédacteurs n’ont pas tous beaucoup d’expérience dans le journalisme. Nina est probablement à l’image de ses lecteurs: encore étudiante, elle travaille trois fois par semaine dans un centre commercial pour financer ses études. Malick, lui, n’est par contre pas à son premier coup d’essai: à 19 ans, il a déjà effectué un stage dans le média Be Curious TV, a été chroniqueur à La Télé et a lancé une web radio en 2012. Aujourd’hui, il est dans une situation de transition professionnelle. Mais de toute manière, Slash lui prend environ 100% de son temps à côté d’un job à 20% dans une boite de communication.

Plus qu’un hobby, ce projet est un test, un laboratoire. Il est voué à évoluer dans le temps, développer des nouveaux formats, toucher d’autres publics. Mais pas de monétisation prévue. Slash n’est pas un projet de vie. Pour personne. Il disparaîtra peut-être dans quelques années, ou alors, il sera transmis à quelqu’un d’autre: quelqu’un qui représentera mieux la génération suivante.


Malick explique l’un des formats particuliers présents dans le média Slash: «Les propos recueillis sans modification majeure.»

    

Nina nous parle de sa série sur des personnages féminins oublié(e)s: «Les femmes cellophanes», un nom qui vient d’un film-comédie musical Chicago «pas tellement féministe, d’ailleurs, c’est plutôt le contraire». C’est l’histoire d’une femme qui quitte son mari qu’elle a trompé. «Dans une chanson, elle l’appelle l’homme cellophane, parce qu’il est transparent et personne ne le voit.» 



La série Médiaporama

La Torche 2.0 - Le rire face à la moralisation ambiante (1)

Le Journal d'à peu près 7:30 - Le «metamedia» d'à peu près troisième degré (2)

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

© 2018 - Association Bon pour la tête | une création WGR