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Même pas peur (7)

8 peurs qui ne sont pas (forcément) justifiées

P eur de rentrer seul-e le soir. Peur des musulman-nes. Peur de paraître «émotionnel-les». Parfois, la peur est nécessaire, d'autre fois, un peu moins. Voici 8 peurs qui nous sont familières et qui pourtant ne sont pas (forcément) justifiées.

1. Je suis une femme et je n’ose pas rentrer seule le soir.

La peur est un sentiment à ne pas sous-estimer, surtout dans ce genre de situations. Néanmoins, certaines femmes estiment risquer moins leur peau seules dans la rue que mal accompagnées (d’un homme). L’Office fédéral de la statistique (OFS) leur donne en partie raison. En effet, sur 234 tentatives d’homicide en 2016, seul un tiers touchait les femmes. Certes, on ne parle ici pas de harcèlement ni des autres violences verbales… Néanmoins, même si une personne sur sept a eu peur en 2015 de sortir la nuit tombée, la probabilité que quelqu’un attente à votre vie en Suisse (que ce soit d’ailleurs un homme ou une femme) reste plus qu’improbable.

 

Non, les statistiques suisses n'ont pas encore de troisième catégorie de sexe. Source: Office fédéral de la statistique - Statistique policière de la criminalité (SPC) et Prévention suisse de la Criminalité. © Bon pour la tête


2. Je me sens plus en sécurité lorsqu’on me ramène en voiture après une soirée, plutôt que de rentrer à pied par de petites rues.

Se faire ramener en voiture est effectivement une très bonne stratégie lorsque l’on a des talons hauts et que l’on passe par des chemins pavés. Pour de nombreux autres cas, la voiture peut être bien plus dangereuse que les routes non-goudronnées ou les vendeurs de drogues du coin de la rue. Il y a eu en effet 75 décès par accident de la route contre 45 par homicides (en 2016). Encore un conseil, préférez les routes piétonnes, les champs de blé ou les petites ruelles qui sentent l’urine: car même en tant que non-automobiliste vous êtes exposé aux accidents de voiture: en 2016, 50 piétons ont perdu la vie suite à un accident de la route.

Source: Statistique des accidents de la route 2012 - 2016. © Bon pour la tête


3. J’ai peur de montrer mes émotions.

Si rester calme et avoir une certaine distance par rapport à ses propres émotions rend souvent la vie plus facile, ne pas montrer ses bouleversements intimes peut vous rendre difficile d’approche et donc péjorer vos relations. Une étude de l’université de l’Oregon montre que les personnes n’exprimant que très peu d’émotions paraissent moins agréables que ceux qui font part de leur enthousiasme ou même de leurs sentiments négatifs face à une situation. Selon l’une des auteures de l’étude: «les personnes qui suppriment leurs réactions émotionnelles ont une vie sociale moins satisfaisante et présentent des troubles dans leur rapport aux autres. »

 

Source: Allison M. Tackman, Sanjay Srivastava University of Oregon et articles y relatifs. © Bon pour la tête


4. J’ai peur de la «révolution numérique»!

Aujourd’hui, près de 95% des emplois en Suisse ont une composante numérique. Avoir peur de la digitalisation revient donc à avoir peur du quotidien. Selon Nicolas Colin, dans Faut-il avoir peur du numérique?, les genres de peurs liées au numérique évoluent néanmoins selon les périodes. Entre 2011 et 2012, le rejet de l’informatisation à large échelle était principalement couplé à celle des montages d’optimisation fiscale. Une année après, c’était surtout la question des données personnelles qui inquiétait (Snowden et compagnie). En 2015, c’était davantage la perte de leur emploi à cause de la robotisation que craignaient les gens. Après les différents attentats en Europe, la peur du numérique s’est transférée sur celle de la surveillance ou la radicalisation sur les réseaux sociaux. Par la suite, la numérisation a été liée aux fake news et à l’élection de Donald Trump. Toutes des inquiétudes dont on ne cesse aujourd’hui de parler.

Néanmoins, doit-on donc avoir peur de cette évolution? Il semblerait plutôt que ce paradigme numérique soit un exhausteur de nos peurs préexistantes, comme l’est l’Aromat à notre, votre, nourriture quotidienne.

Il semblerait que ce paradigme numérique soit un exhausteur de nos peurs préexistantes, comme l’est l’Aromat à notre nourriture quotidienne. © Bon pour la tête


5. J’ai peur que les musulmans et leur culture remplacent notre société judéo-chrétienne suisse.

Environ 70% des Suisses auraient peur d’une augmentation de la proportion de musulmans en Suisse, selon un sondage de Tamédia datant de fin 2017. Cette peur vient d’ailleurs du fait que le nombre de personnes musulmanes est largement surévalué: les sondés estiment cette proportion à environ 17% alors qu’ils ne sont en réalité que 5% environ. Il y a donc encore de la marge avant le grand remplacement.

 Source: Sondage Tamedia 2017. © Bon pour la tête


6. J’ai peur des bêtes sauvages...!

Se trouver nez à nez avec un requin ou un ours ne fait peut-être pas partie de votre quotidien. Ces peurs sont néanmoins présentes dans notre imaginaire collectif.  En effet, les contes et les histoires que nous racontaient nos papas et nos mamans font bien référence à des bêtes féroces et non… à des insectes par exemple. Si ces récits sont souvent métaphoriques, il n’en reste pas moins que dans notre réalité bien terre à terre, l’hippopotame est cinquante fois plus mortel pour l’homme que le requin et que les moustiques tuent 725'000 personnes dans le monde chaque année (c’est-à-dire 72’500 fois plus que le requin). Pour votre prochain voyage, n’oubliez pas l’insecticide!

 Source: Marianne / WWF. © Bon pour la tête


7.  J’ai peur de partir en voyage…

Entre reportage sur l’insécurité à l’étranger et images apocalyptique post-accident d’avions, rien ne donne moins envie de voyager. Les chiffres suivants, pourtant bien connus, montrent encore et toujours que voyager ne sera très probablement pas le facteur premier du rétrécissement de votre espérance vie! En effet, vous avez 1 risque sur 16 millions de mourir dans un accident d’avion et 250'000 fois plus de probabilité de succomber d’un cancer que du terrorisme. A titre purement personnel et pour des raisons écologiques je vous déconseille l’avion; mais pour tout le reste, je ne vois que très peu de contre-indication à voyager.


© Bon pour la tête


8. J’ai peur que mon assurance maladie augmente l’année prochaine!

Mauvaise nouvelle, cette fois… vous avez raison d’avoir peur. Et vous n’êtes pas seuls à vous en préoccuper: la question des coûts de la santé et des assurances maladies arrivait à la quatrième position en 2017, selon le «Baromètre des préoccupations» publiées par le Credit Suisse. L’accumulation des augmentations des primes de ces vingt dernières années a d’ailleurs représenté une hausse d’environ 160%. Et cela n’est pas prêt de s’arrêter…

Source: RTS. © Bon pour la tête



Pour les icônes : Simon Child; Edward Boatman; Richard Cordero; arif fajar yulianto; parkjisun; alerma; N.K.Narasimhan; unicorn; Aleksandr Vector du Noun Project


Notre série «Même pas peur!»

«Une sourde inquiétude au milieu de l’abondance» (1), par Anna Lietti
Une Egypte à genoux espère une aube nouvelle (2), par Doménica Canchano Warthon
Fanny Clavien: «Je suis fataliste!» (3), par Jacques Pilet
Ces poules mouillées qui ont peur des véganes (4), par Patrick Morier-Genoud

Kaboul-Kandahar, dans l’ombre des Talibans (5), par Florence Perret
Quand la peur devient une arme de gouvernement (6), par Jacques Pilet


Des chiffres à méditer avec ce dessin de Boulet Corp, alias Gilles Roussel.

© BouletCorp

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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