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CULTURE / Cinéma

Oui, les Belges savent rire de tout

«Vincent», parlé mi-wallon, mi-flamand, est la bonne surprise cinéma de la semaine. Une comédie savoureuse sur fond de suicides à la chaîne.

«Allez, viens, on va voir la Méditerranée! Tu y es déjà allé?», dit la tante à son filleul pour lui remonter le moral.

«La Méditerranée, c’est pollué!», lui répond l’adolescent, incapable de se réjouir.

Vincent (excellent Spencer Bogaert) est un cas désespérant. A 17 ans, il a déjà fait trois tentatives de suicide, et refuse de prendre les médicaments prescrits par le médecin de famille. Il déteste l’industrie pharmaceutique qui détruit la planète, ne mange pas de viande, crève les pneus des 4x4 et ne cesse de culpabiliser son entourage. Militant écologiste radical, il n’a pas trouvé d’autre solution pour sensibiliser ses pairs au problème de l’environnement que de se tuer. Il appelle cela le sacrifice révolutionnaire. Heureusement, il y a un peu de Pierre Richard en lui, et ses maladresses le sauvent chaque fois in extremis.

Naturalisme et vaudeville

Reste que sa famille ne sait plus comment l’intéresser à la vie. Son humeur morbide finit par déteindre sur ses deux sœurs et sur sa mère (fabuleuse Barbara Sarafian), à bout de forces. C’est alors que débarque Nicole (Alexandra Lamy), tante et marraine de Vincent, une célibataire parisienne délurée qui a décidé de redonner espoir à son filleul. L’esprit du vaudeville vient alors percuter le récit naturaliste. S’engage ensuite une comédie en forme de road movie où le réalisateur, Christophe van Rompaey, s’autorise tous les ressorts du genre: course poursuite, burlesque, humour de situation, dialogues inventifs, bande-son comique, tandem improbable jusqu’au final qui réunit tous les protagonistes dans une grande scène d’hystérie particulièrement réussie.

Feel good movie malgré lui

Les Belges savent mieux que quiconque jouer la partition tragi-comique, tenir l’équilibre entre le sordide et la légèreté, mélanger le naturalisme avec l’outrance. Le flamand Christophe van Rompaey, déjà auteur du primé Moscow, Belgium, romance populaire décalée, n’échappe pas à la tradition. Et si Vincent est un feel good movie, c’est malgré lui, et malgré les personnages, dont aucun n’est doué pour le bonheur, y compris la Parisienne youplaboum qui cache bien son jeu. L’honnêteté du film, c’est de prendre au sérieux le mal de vivre et ne jamais faire croire qu’une virée à la mer ou un fou-rire au buffet d’un mariage prétentieux va changer fondamentalement les choses ou les caractères. Mais comme ces événements ont lieu, quelque chose forcément se produira, et c’est déjà ça.

Cette permanence du tragique – jamais sinistre faut-il le préciser – permet au réalisateur d’oser des scènes d’une drôlerie folle sans tomber dans le grotesque, la dérision ou la moquerie. C’est rare, et en plus très émouvant.


La bande annonce




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