Média indocile – nouvelle formule

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Emois chez les juristes allemands. La ministre de l'Intérieur Nancy Faeser a ordonné l’interdiction immédiate du magazine d’extrême droite «Compact». Ses locaux ont été perquisitionnés, son site internet débranché. Cette feuille qui existe depuis 2010 se distingue par sa xénophobie, son islamophobie, comparable, pour une part, à la ligne d'Eric Zemmour. Un titre marginal avec ses 40’000 exemplaires. Quiconque est attaché à la démocratie et aux droits de l’homme ne peut que trouver cette publication nauséabonde. Mais doit aussi se poser la question: un gouvernement peut-il ainsi la supprimer d’un trait de plume?



Il existe, en Allemagne comme ailleurs, des lois qui condamnent le racisme. Dès lors ce serait à la justice de prendre les mesures nécessaires. Or en l’occurence, aucune plainte pénale n’a été déposée. C’est l’administration qui a frappé et s’en explique dans un document dit confidentiel qui a néanmoins fuité. Et été publié notamment dans la version allemande de Epoch Times. On y trouve des citations d’articles, diverses allégations sur le fondateur et l’association dont il s’est entouré, de lourdes accusations. Notamment d’antisémitisme et de sympathies pro-russes. Ces griefs n’ont cependant pas été soumis à confrontation. Aucun juge n’est intervenu. Le pouvoir a décidé de tracer sans débat la ligne du bien et du mal, du permis et de l’interdit. Un recours sera certes déposé mais la procédure sera longue et coûteuse. Nombre de juristes, nullement favorables à la ligne politique de Compact, disent leur surprise, leur inquiétude ou leur condamnation devant un tel procédé. L’interprétation qui a été faite de la Constitution suscite quelques réactions dubitatives ou négatives dans tous les camps bien que les partis au pouvoir et la CDU approuvent plutôt la mesure. Même la feuille d’extrême gauche, quasi staliniste, Junge Welt, a protesté!

A noter que peu avant l’affaire, ce magazine avait publié l’interview d’une ministre russe. Est-ce là surtout que la chatte a mal au pied?

Plusieurs journaux, en Allemagne et en Suisse alémanique, de la NZZ au Tagi, estiment par ailleurs que ce coup, loin d’avoir l’effet souhaité, renforcera ce courant idéologique où l’on se pose en victimes du système. Le grand parti de la droite dure, l’AfD, pourrait aussi bénéficier de la polémique.

La liberté d’expression – dans les limites de la loi – est trop précise pour dépendre de l’humeur du pouvoir. Sera-t-on suspect pour réaffirmer cette banalité démocratique?

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

4 Commentaires

@DBT 19.07.2024 | 07h18

«Les limites de la loi sont-elles trop "précises" ou trop "précieuses" pour dépendre de l'humeur du pouvoir ?»


@DBT 19.07.2024 | 07h21

«Les limites de la loi sont-elles trop "précises" ou trop "précieuses" pour dépendre de l'humeur du pouvoir ?
ERRATUM : la liberté d'expression est-elle trop précise ou trop précieuse ... ?»


@LEFV024 20.07.2024 | 14h46

«Se rappeler que dans les années 90, en Allemagne, le parti d'extrême droite était carrément interdit. »


@stef 04.08.2024 | 14h03

«Dérive totalitaire en Allemgagne ‼️»


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