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LU AILLEURS / SOCIÉTÉ

Après la pandémie, comment prendre soin des personnes âgées?

S uite à la forte mortalité due au covid-19 au sein des établissements médico-sociaux dans le monde entier, il est urgent de repenser le modèle actuel de prise en charge des personnes âgées. Pour l'hebdomadaire londonien The Economist, la plupart des gens devraient être maintenus et aidés à la maison lorsqu'ils vieillissent.

Soins à domicile, foyers de jour, technologies adaptées au public âgé, des solutions personnalisées au lieu d’un lit en foyer... Les EMS, ou maisons de retraites pour personnes âgées, doivent être repensées, car il existe des solutions alternatives qui correspondent davantage à ce que les aînés souhaitent vraiment. De plus, assure The Economist, ces ajustements seraient moins coûteux pour l'Etat. 

Commençons par nous souvenir de ce qui s'est passé dans ces endroits pendant la pandémie. Non seulement en Suisse mais aussi dans d'autres pays dits riches: malgré l'isolement pour éviter le risque de contracter le coronavirus, plus de 50% des décès sont survenus dans les EMS, alors que moins de 1% de la population vit dans ces établissements.

Y a-t-il une raison à cela? Pour The Economist, le problème n'est pas seulement l'âge des pensionnaires, qui les rend particulièrement vulnérables, mais aussi la façon dont leur vie est organisée qui a permis au virus de se propager.

Autre argument: les pays ayant moins de maisons de retraite ont enregistré moins de décès dus à la covid-19, à égalité de conditions. La crise sanitaire offre donc également l'occasion de repenser fondamentalement les soins aux personnes âgées et dépendantes. De nombreux experts estiment qu'à l'avenir, la grande majorité d'entre elles devraient être prises en charge le plus longtemps possible à domicile. C'est une solution moins chère dans tous les cas — sauf pour les pathologies les plus lourdes.

Pour certaines personnes, en particulier celles qui se sentent très seules ou qui souffrent de démence, les visites à leur domicile ne suffisent pas. Les centres de jour peuvent être utiles. Dans certains lieux en Suisse, des aides familiales viennent chercher les personnes à leur domicile, les aident à s'habiller et les ramènent à la maison à la fin de la journée. En Suède, les soins de jour aux personnes âgées sont assurés par l'État, un peu comme la prise en charge des enfants. Au Chili, le secteur des soins formels est très restreint, mais le gouvernement a décidé de se concentrer sur les soins de jour pour les personnes âgées.

Et pour les maisons de retraite, la technologie peut aider, notamment avec des capteurs qui permettent de surveiller les hôtes. Des changements de démarche peuvent être détectés précocement, de même que le manque d'appétit ou d'activité ce qui permet d'éviter les chutes, la déshydratation ou la dépression. Le distributeur de pilules intelligent peut aider les gens âgés à domicile à suivre leur traitement. La compagnie d'un robot est capable de calmer, d'informer, d'entraîner le cerveau, entre autres tâches. Certaines des dernières avancées scientifiques et technologiques passionnantes visent aussi à aider les personnes atteintes de démence. Par exemple, le produit de la startup américaine Elovee permet d'avoir des conversations simples avec un avatar censé se comporter et parler comme un être cher.

A ce stade, on peut envisager avec optimisme l'avenir des opérateurs de ce secteur. Buurtzorg (c'est-à-dire «soins de proximité» en néerlandais), un prestataire de soins aux Pays-Bas, prend en charge des modèles testés dans 25 pays.

Son fondateur, Jos de Blok, a déclaré que son secret est simple: son entreprise est organisée en petites équipes avec une grande autonomie pour gérer des quartiers spécifiques. En éliminant toute bureaucratie, ce modèle permet aux infirmières de passer plus de temps à fournir une aide réelle. Le personnel est entièrement composé d'infirmières qualifiées dont le salaire est supérieur à celui des travailleurs sociaux traditionnels. Cependant, avec une meilleure formation, ces infirmières peuvent offrir les mêmes prestations et passer moins d'un tiers du temps avec chaque patient.

Partout dans le monde, les travailleurs des foyers de soins ont tendance à quitter précocement leur emploi. En Allemagne, près d'un tiers des personnes travaillant dans des établissements de soins de longue durée quittent l'établissement au bout d'un an seulement. En France, en 2018, un cinquième des emplois en maison de retraite médicalisée étaient vacants. Étant donné que les salaires de ces travailleurs sont en moyenne de 35% inférieurs à ceux des travailleurs faisant le même travail à l’hôpital, cela n’est pas surprenant, selon l’OCDE.

Et les coûts des soins continueront d’augmenter. Dans les pays riches, le pourcentage de personnes de plus de 80 ans doublera d'ici 2050, alors que pour chaque personne de plus de 65 ans, il n'y aura que deux personnes en âge de travailler. Mais, bien que la vie des gens soit prolongée, le nombre d'années pendant lesquelles ils jouissent d'une bonne santé n'augmente pas aussi vite.

La prise en charge des personnes âgées en hospitalisation systématique dans des établissements n'est pas une idée optimale. Mais les experts sont pleins d'espoir. En ce qui concerne la Suisse, d'autres solutions sont proposées, en ville de Genève notamment. Avec la construction récente d’un quartier intergénérationnel, l’Adret Pont-Rouge. 440  logements pour personnes âgées et pour étudiants, qui accueilleront 1200 personnes d’ici la mi-octobre. 

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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