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ACTUEL / Mobilités du futur

Tournant écologique, oui, mais prenons garde!

L a vague verte, transformée en hystérie verte, fait certes avancer les choses, mais à une vitesse, parfois dans un aveuglement, qui peuvent nous piéger. La politique, surtout les partis verts et vert libéraux qui ont raflé des sièges à Berne, doivent prendre le temps d’examiner les nouvelles technologies avec leurs chances de réussite et leurs dangers. Faute de quoi les coûts qui vont peser sur la société civile risquent d’être exorbitants. Exemple: la voiture électrique.

Depuis plusieurs années, le développement de la voiture électrique et d’autres moyens alternatifs de mobilité comme l’hydrogène, le gaz, le plug-in hybride, sont soutenus par notre politique suisse et européenne pour remplacer le moteur à explosion traditionnel. Bien. Et l’envers du décor?

Voltage et batterie surchauffée

En 2016, seul 1% des voitures étaient électriques sur nos routes suisses. 250 accidents à l’époque. Aujourd’hui, ce sont 3.3% des voitures qui sont ainsi propulsées sur nos routes. Le nombre des accidents augmente. Avec des conséquences peu évoquées. Depuis quelques mois, les pompiers reçoivent des formations spécifiques concernant ces engins. Car l'électricité est une source de nombreux dangers que l’on préfère ignorer ou taire. Une voiture électrique contient, pour la plupart des modèles, des batteries lithium-ion. Celles-ci ont soulevé plusieurs polémiques, notamment à propos de leur recyclage et des problèmes environnementaux lié à l’extraction du lithium. Outre ces deux aspects importants, nous omettons souvent l’aspect de la dangerosité en cas de surcharge, notamment l’emballement thermique et ses effets impressionnants.

Dans une étude du European Synchrotron Radiation Facility (ESRF), publié en avril 2015, les expériences ont démontré que lorsque les batteries lithium-ion surchauffent, elles déclenchent une réaction thermique à haut régime à l’intérieur. La batterie chauffe ensuite jusqu'à plus de 1 000 degrés en très peu de temps. Elle peut alors éclater. 

Les pompiers et l’équipe médicale qui interviennent sur un lieu d’accident impliquant une voiture électrique sont confrontés à plusieurs risques: une batterie lithium-ion en feu est très difficile à éteindre. Aujourd’hui, nous savons que pour maîtriser un tel incendie, il faut 11 000 litres d’eau. Le plus grand véhicule pompier en Suisse contient 3 000 litres d’eau et 200 litres de mousse. Un défi pour le corps des pompiers: ils doivent sécuriser la voiture électrique dans un container en eau, la remorquer avec des gros moyens et laisser la voiture durant 3 jours dans ce bain, pour s’assurer qu’elle ne s’enflammera plus. 

Un tel véhicule est constamment sous des tensions allant jusqu’à 600 Volts. Une véritable menace pour les intervenants si toute l’isolation de la voiture est détruite et qu’elle se trouve à nu. Il leur faut des combinaisons spéciales qui les protègent contre les chocs électriques.

Les fumées blanches qui s’échappent de la batterie sont également dangereuses. Si vous les inhalez, cela peut causer de graves dommages à votre bouche, à votre nez et à vos voies respiratoires car elles peuvent contenir des substances toxiques comme de l’acide fluorhydrique et des métaux lourds. Dans un garage souterrain ou un tunnel, le risque est accru.

Conseil. Si vous arrivez sur un lieu d’accident impliquant un tel véhicule, ne rien faire est le pire. Si vous voyez des câbles ou des composants orange, ne touchez pas l’engin. Sécurisez le lieu de l'accident et alertez les services d'urgence. Si des personnes blessées doivent être secourues rapidement, ne pas toucher les parties nues du corps, emballez-les sur des vêtements secs.

Champ magnétique

S’ajoute à toutes ces complications l’aspect sanitaire: l’électrosmog, ou pollution électromagnétique. Avec l'intensité du courant, celle du champ magnétique dégagé est considérable. Toute la force motrice de ces véhicules étant basée sur l’électricité, ceux-ci produisent plus d'électrosmog que les moteurs à combustion. Infiniment plus que les téléphones portables qui inquiètent beaucoup de gens à cet égard.

Certains de ces aspects sécuritaires et sanitaires sont également à considérer avec les éoliennes et les panneaux solaires, au coeur de la stratégie énergétique 2050 de la Suisse. Remplacer le nucléaire et les énergies fossiles par ces technologies, prometteuses au demeurant, amènera des difficultés qui sont encore mal explorées pour l’instant.

Perspectives

Nous allons donc devoir réaliser des investissements en matière de secourisme, d’équipements des pompiers, de formations professionnelles et civiles, de recyclage. Notre politique doit réfléchir concrètement aux moyens de financer ces nécessités. Une nouvelle taxe sur le dos de la société civile n’est guère possible puisque le peuple a accepté en mai 2017 la révision de la loi sur l’énergie. Celle-ci vise à réduire la consommation d’énergie, à améliorer l’efficacité énergétique et à promouvoir les énergies renouvelables. Le peuple est déjà taxé, c'est visible sur chaque décompte détaillé de nos factures, à hauteur de plus de 10% pour soutenir le changement énergétique. 

Avec un bénéfice net de 53.3 millions de francs par la Romande Energie en 2018, 134 millions pour le constructeur Tesla, il y a là des pistes sur la façon de faire participer les grandes sociétés à la protection et formation de la population. Par ailleurs, la nécessité s’impose de connaître les dangers des technologies émergentes et d'attirer l'attention des usagers à cet égard.


Pour aller plus loin sur le sujet: Volt! La voiture électrique sauvera-t-elle le monde?, Serge Enderlin, Editions du Seuil, 2012.

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