Média indocile – nouvelle formule

# 19 août 2022

semaine n°33

Actuel

Salman Rushdie victime de la mécréance des croyants

Jean-Noel Cuénod

«Baisons la main de celui qui a déchiré le cou de l’ennemi de Dieu avec un couteau». Voilà ce que l’on pouvait lire ces derniers jours dans le quotidien iranien «Kayhan» pour «saluer» l’agression criminelle commise par un chiite libanais (que son nom sombre dans l’oubli) vivant à New Jersey contre l’écrivain Salman Rushdie.

Ce quotidien, l’un des plus anciens d’Iran, n’a rien d’une feuille de chou cuisinée par quelques fondamentalistes égarés. Il est l’émanation de l’Institut Kayhan dont le directeur Hossein Shariatmadari est nommé par le Guide Suprême en personne, l’ayatollah Ali Khamenei. Le patron de Kayhan fait partie du cercle restreint des confidents de l’ayatollah. Intéressant personnage d’ailleurs, ce Shariatmadari. Il fut l’un des soutiens les plus actifs du président Ahmadinejad, présenté benoîtement comme un conservateur alors qu’il a prôné une version chiite du néofascisme.  Ledit Shariatmadari s’est illustré en matière de négationnisme de la Shoah comme l’indique cet article. Et c’est l’un des plus fervents supporteurs de la bombe nucléaire iranienne. Avec les Gardiens de la Révolution, ces gens-là tiennent la réalité du pouvoir militaire et économique; politique aussi, l’épisode dit «modéré», incarné par Khatami, étant rapidement effacé. En 2016, l’agence de presse Fars publiait une liste de quarante titres de la presse iranienne qui réactivait la fatwa fulminée le 14 février 1989 par l’ayatollah Khomeyni pour ordonner à tout musulman d’assassiner l’écrivain Salman Rushdie, «coupable» d’avoir écrit Les Versets sataniques, ouvrage qualifié d’impie et de blasphématoire. Pire: ces médias ont ajouté 600'000 dollars à la prime offerte à quiconque tuerait l’«apostat» d’origine indienne et de famille musulmane. Des fois que l’ardeur missionnaire s’affaiblirait… Lire la suite...


Le dessin de la semaine

« Attentat contre Salman Rushdie »

Un dessin Valott