Média indocile – nouvelle formule

# 15 juillet 2022

semaine n°28

Actuel

La paix? Un gros mot!

Jacques Pilet

Quiconque ose parler de cessez-le-feu, d’accords pour l’avenir de l’Ukraine, est aujourd’hui accusé de lâcheté, sinon de complicité avec Poutine. Les Occidentaux le répètent sur tous les tons: il faut mener la guerre «jusqu’à la victoire», comme cela a été proclamé tant de fois dans l’histoire. Proclamation d’autant plus aisée qu’Américains et Européens ne risquent pas leur vie. Ils envoient des armes, des milliards à la malheureuse Ukraine, mais c’est celle-ci qui souffre et saigne à n’en plus finir. Ainsi que la Russie qui a déclenché cette invasion insensée.

De quelle victoire parle-t-on? Chasser jusqu’au dernier soldat russe du territoire ukrainien tel qu’il était tracé avant 2014? Aucun stratège réaliste n’y croit. La Crimée, vieille terre russe, le restera, selon l’évidente volonté de ses habitants. Les républiques séparatistes, lieux de toutes les tensions et de toutes les agressions depuis huit ans, charnières ultra-sensibles des deux frères ennemis, ne retourneront pas sous l’autorité exclusive de Kiev. Leur trouver un statut autonomiste est plus difficile que jamais mais c’est bien la seule voie imaginable à long terme.  Parler de paix? C’est devenu un gros mot, une provocation, une lâcheté. Pas seulement dans les pays les plus engagés, en Suisse aussi. Dernier en date: le malheureux Martin Baume, conseiller national zurichois, Vert-libéral, essuie une pluie de critiques acerbes pour avoir plaidé en faveur d’un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine, pays auquel il est très attaché. Sa femme en est originaire. Le «Tagi» l’interroge sur le ton réservé aux suppôts de Poutine, qu’il condamne pourtant sans ambiguïtés. Il veut maintenir cet espoir, non pas tant pour sauver l’économie européenne, mais d’abord pour mettre fin aux souffrances des peuples pris dans la tornade. Mais pan sur le bec! Dans l’excitation belliqueuse entretenue aujourd’hui, songer à l’avenir est vu comme une dérobade. On est passé près pourtant du versant de l’espoir. Quelques jours seulement après le déclenchement de la guerre, il fut sérieusement envisagé, à Kiev comme à Moscou, de stopper la machine infernale. Avec les négociations d'Istanbul.  Lire la suite...


Le dessin de la semaine

« Les croisières font le plein »

Un dessin Tony Marchand