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Culture / Regard sur l’absurde avec «Les Moustiques»


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«Les Moustiques», Omer Aury, Editions Nzoi, 73 pages.



Jeff vit à l’étranger, à peu près à «dix mille kilomètres» de chez lui. On ne sait pas exactement ce qu’il fait, si ce n’est qu’il pratique la boxe thaï, simplement «car les gens le connaissent ainsi». Il n’a pas vraiment de famille ni d’amis, si ce n’est un certain Vince, dont il ne se savait pas si proche jusqu’à ce qu’un drame n’advienne. Le personnage vogue, de page en page, l’âme lourde, le foie encrassé d’alcool. Omer Aury signe avec Les Moustiques son premier roman. Il n’a pas commencé dans la légèreté, si ce n’est celle du livre qui aurait mérité plus de pages et de développements. Ce reproche n’en est pas vraiment un: j’en aurais voulu plus, car j’ai aimé cette marche lourde et sordide sur les sentiers de Jeff, qui cherche un sens absent, qui cherche l’absence face au vide de sens dans sa vie. Le récit reste très vague. On n’entre pas vraiment dans une histoire, on erre dans l’errance d’un homme. C’est le style qui nous fait avancer: grave, sec, percutant. Jeff est un Meurseult d’aujourd’hui sans l’air aride d’Algérie mais dans l’humidité collante d’un pays tropical. Et l’auteur, sans le mentionner, rend un vibrant hommage à L’Etranger d’Albert Camus. Omer Aury nous offre un regard sur l’absurde, on en sort ébloui d’angoisse. «Un verre de plus engourdit les discours. Un verre encore fait dire le faux que l’alcool mélange au reste. Un verre de l’amitié extorque enfin des aveux, aussi fabriqués que la confession d’un torturé. L’alcool ne révèle pas les gens. Il les fait pourrir, comme un fruit trop mûr pour l’alambic.»

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