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CULTURE / Slap

Phanee de Pool: celle qui vise loin et bien

E lle, c’est Fanny Diercksen, un nom d’origine hollandaise.

Elle ne parle pas hollandais et je n’ai pas osé lui demander si elle aimait Van Gogh. Son parcours est particulier, la jeune femme a du caractère depuis toute petite et surtout n’a pas froid aux yeux. Elle commence à apprendre le piano (mère pianiste) alors que l’instrument est plus haut qu’elle: elle n’aime pas faire des gammes, prendre des leçons. A l’adolescence on l’envoie dans une école de musique mais découvre qu’elle est très mauvaise en lecture de partitions. Pour autant, cela ne lui enlève pas l’envie de jouer, guitare et clavier. De 17 à 22 ans elle galère (elle insiste au téléphone, «j’ai vraiment galéré») pour trouver son chemin dans l’univers musical. Ce n’est pas qu’elle n’ait pas de talent, c’est qu’il y a beaucoup de monde. Un jour une porte s’ouvre mais c’est celle du frigo, et il est vide. Au lieu de se couper l’oreille, elle décide de se prendre en main et de trouver l’argent pour faire ses courses. Elle va choisir un métier qui terrorise sa mère, qui empêche la maternelle de dormir lorsqu’elle lit les actualités. Je ne l’ai pas dit au téléphone à Fanny Diercksen, mais si j’avais voulu punir ma mère de m’avoir fait découvrir le piano, j’aurais fait comme elle: je serais devenue flic.

Des mots, partout, tout le temps

Cinq ans à se forger un mental d’acier, à garder son sang-froid, à se dire que dans certaines situations elle ne pourra compter que sur elle, que si boulette il y a, elle sera peut-être la seule responsable. Plus tard, cela va lui servir sur scène. Puis c’est parfois dans ce quotidien qu’elle a puisé des textes puissants, qui ne ressemblent à rien d’autre. C’est cela la force de Phanee de Pool, d’avoir réussi à se démarquer par une originalité qui n’est pas passé inaperçue.

Elle reconnait qu’elle n’est pas une chanteuse à voix, et qu’elle ne pourra jamais miser sur ça. Depuis l’automne dernier, Phanee de Pool n’a cessé de se produire sur scène, de faire la promotion de son album Hologramme. Et depuis décembre, c’est uniquement en concert qu’elle dégaine. Elle trouve encore le temps d’écrire des textes que nous aurons l’occasion de découvrir sur son prochain album en préparation. Elle écrit tout le temps et rapidement, au café, chez elle, en déplacement. Capable de s’isoler mentalement au milieu de la foule ou pendant des soirées pleine de monde. On appelle cela savoir gérer son stress. Et pour ce faire, on peut dire que Fanny Diercksen est allée à la bonne école.

Les miettes du déjeuner

Des miettes sur le canapé, Luis Mariano, sont des textes d’une grande originalité qui ont été habillés de clips qui le sont tout autant. Chansons soutenues par des accords rythmés et le timbre de voix particulier de cette auteur-compositeur. Aujourd’hui, tout passe par la toile, les réseaux, et pour retenir l’attention, il faut se faire remarquer: c’est fait, c’est beau. On regarde, on écoute une fois, et on n’oublie pas. Ni les paroles, ni l’image. Des clips qui détonnent, mis en scène et montés par la boîte de production Imajack. Lorsque je lui demande comment elle définirait son genre de musique elle me répond qu’elle a créé un néologisme pour se définir: elle fait du SLAP, mélange de slam et de rap. Elle vient de s’essayer à la reprise et nous livre sur la toile «Déjeuner en paix» repas qu’on a envie de prendre avec elle, tant elle a su y mêler gravité et humour.

Depuis qu’elle a décidé de faire carrière uniquement dans la musique, tout est allé très vite: Paris, Lyon, nombreux concerts en Suisse, résidence, et puis la Corée en mars. Là, maman risque à nouveau de faire des cauchemars, parce que depuis quelques mois Trump et Moon Jae-in s’amusent à «Je te tiens, tu me tiens par la barbichette». Phanee de Pool est invitée en Corée pour le festival Mars en Folie, qui réunit de nombreux artistes planétaires. Une dizaine de jours à circuler dans les villes d’un pays fan de musique et de nouveautés: les Sud-Coréens vont être bien servis. Phanee de Pool se produira à Séoul, entre autres.  

Quotidien noir et fantaisie

Celle qui avoue ne pas aimer la littérature en éclatant de rire (la lecture de Germinal a été une véritable torture pour elle) est aujourd’hui citée par les auteurs: ses textes servent parfois d’exergue aux écrivains d’ici. Mélange de poésie et de réalisme, heureux amalgame du quotidien noir et de la fantaisie.

Enfin elle vient d’être nominée (en si peu de temps) au Swiss Music Awards, dans la catégorie Best Female Solo. Elle ne cache pas sa joie, d’avoir été mise en lumière aussi rapidement.  Vous avez jusqu’au 4 février pour voter pour elle. On croise les doigts. C’est amplement mérité. 

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Luc Debraine, Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Florence Perret, Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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