keyboard_arrow_left Retour
L'ÉTÉ EN SUISSE

L’aventure humaine des grandes lignes ferroviaires

A rrivé à Vallorbe, il est impossible de ne pas remarquer l’immense bâtisse de la gare internationale qui, telle une sentinelle, surplombe la ville. Aujourd’hui ce bâtiment classé aux monuments historiques est démesuré par rapport au trafic ferroviaire actuel et les quelques 3850 habitants de la ville. Mais il n'en fut pas toujours ainsi. La gare a été construite pour le trafic des grandes lignes internationales du XXe siècle, tel que le légendaire Simplon Orient Express. Par les dimensions et le style typiquement helvétique de la gare de Vallorbe, les responsables des CFF de l’époque ont voulu impressionner les visiteurs dès leur entrée en Suisse.

Témoin d’une époque révolue, la gare internationale de Vallorbe. © Stephan Engler

Mais avant l’accueil de ces trains hors normes, il a fallu construire des infrastructures aux prix de nombreux efforts. La concurrence dans le pays fut rude pour avoir le privilège de posséder un arrêt sur le parcours de ces trains qui promenaient à travers l’Europe de nombreux touristes. Vallorbe sort grande gagnante de cette compétition, et c’est le projet du tunnel du Mont d’Or qui l’emporte face à celui de la Faucille défendu par les Genevois. 

L’infrastructure de l’ancienne gare n’était pas adaptée aux luxueux trains internationaux, tout était à faire: le percement du tunnel entre la Suisse et la France, la construction d’une gare internationale, des nouveaux quais, etc… Entre 1910 et 1913, un chantier titanesque vit le jour avec ses 1500 à 2000 ouvriers, principalement italiens. Pour les loger, tout un village sera bâti, le «village des Italiens» aussi souvent surnommé le «village nègre» car les visages des travailleurs étaient noirs après une journée de labeur sur le chantier. Pendant la construction du tunnel, les conditions étaient très difficiles car le Mont d’Or est constitué de roche calcaire perméable. Il y eut de graves accidents, le plus important d’entre eux fut le percement accidentel d’une poche d’eau qui emporta 17'000 m3 de matériaux qui dévaleront jusqu’à Orbe!

Le tunnel lors de sa construction. © Fondation Deriaz.

L’autre défi avant l’édification de la gare elle-même fut la construction d’une immense plateforme afin de compenser l’énorme dénivellation du lieu. Tous les matériaux extraits du tunnel furent utilisés à cet effet.  Après tous ces efforts, c’est finalement en 1915 que la gare et le tunnel furent officiellement inaugurés.  

La gare de Vallorbe hébergeait également la douane, où jusqu'à 260 employés, en équipes dédoublées, moitié française, moitié suisse, se côtoyèrent. Pendant l’âge d’or où les voyageurs fortunés voyageaient dans ces luxueux trains, de nombreuses de têtes couronnées et des personnalités en vue passèrent à Vallorbe. Ensuite, les deux guerres ont ralenti voir supprimé le trafic Suisse-France. Pendant la deuxième guerre mondiale, le tunnel du Mont d’Or fut même muré afin d’éviter les passages clandestins.

La date du 19 mai 1977 reste dans la mémoire car elle sonna la fin de l’épopée des grandes lignes, avec le passage du dernier Orient Express. Il faudra attendre le 24 janvier 1984 pour commencer une nouvelle aventure ferroviaire avec l’arrivée du premier TGV qui, selon la publicité de l’époque, relie Paris à Lausanne en 3h ¾.  

La locomotive à vapeur Pacific 231 lors de l’inauguration du tunnel du Mont d’Or. © Fondation Deriaz.

Aujourd’hui encore cette immense gare estampillée Heimatstil qui fut la 6ème plus grande de  Suisse de 1940 à 1990 en impose. Devant son entrée principale seul l’accès pour les personnes à mobilité réduite et l’horloge officielle des CFF nous permet de nous situer au XXIème siècle. Depuis les dernières décennies le trafic s’est amoindri ici, et la vue des immenses quais quasi déserts contraste étonnamment avec le buffet dans la gare, presque complet pour le repas du midi. Visiblement il a su garder sa bonne réputation.  

La ville de Vallorbe a depuis toujours entretenu un rapport étroit avec le fer à travers ses nombreuses forges. Ensuite, c’est le chemin de fer qui lui permit son entrée dans l’ère industrielle et de rompre son isolement géographique.

Le logotype du prestataire des grandes lignes qui figurait sur les wagons. © Stephan Engler


Une intéressante exposition temporaire visible jusqu’au 27 février 2021 intitulée «Vie(s) de gare» à travers six personnages se tient au Musée du fer et de chemin de fer. En complément, dans le sous-passage de la gare sont exposées des images des gigantesques chantiers.

Pour les amateurs, il existe une visite guidée des anciennes voies de chemin de fer.

Et pour en apprendre davantage sur la région et la ville de Vallorbe, suivez le lien

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

© 2020 - Association Bon pour la tête | une création WGR