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Culture

Culture / Drôle de «Kerozene»

Loris S. Musumeci

11 février 2022

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«Kerozene», Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste, 258 pages.



Une station-service, une nuit d’été, de 23h12 à 23h14. Un lieu où on ne fait que passer. Un lieu anonyme, sans genre ni style, où passent des anonymes. «Si on compte le cheval mais qu’on exclut le cadavre», quatorze personnes sont passées par cette station en deux minutes. Le contexte est étrange, l’idée aussi originale que branlante. Après le phénomène littéraire de La Vraie Vie qui s’est vendu à 300'000 exemplaires, Adeline Dieudonné revient avec un pari risqué. Et le risque s’est confirmé: «roman dégueulasse», «récit artificiellement trash», «ce livre rend idiot», «flaque de vomi», «de très mauvais goût», et j’en passe, peut-on lire dans des critiques. Evidemment, beaucoup ont au contraire apprécié. J’en fais partie. J’ai apprécié, et même plus: j’ai ri, pleuré, dévoré, joui. L’anonymat est levé sur les quatorze protagonistes: chacun son petit nom, de Chelly, la prof de pole dance très sexy, à Monica, la vieille folle émouvante. Chacun son histoire, son anecdote, son exploration. L’auteure plonge son regard dans chacune de ces vies, pour nous offrir avec drôlerie et légèreté de style un tableau du grave et du ridicule des nôtres. Des phantasmes aux petites habitudes, tout y passe. A la pompe à «kerozene», chacun passe et reprend sa route. «Elle a retiré ma chemise, puis baissé son pantalon de survêt et sa culotte. Il faisait toujours aussi chaud, mais un vent frais s’était levé, juste comme j’aime. Le genre de vent qui amène l’orage. Il y avait l’autoroute à quelques mètres et ces tonnes de tôle qui passaient à toute vitesse. Ces gros déplacements de matière, ça me fait toujours un drôle d’effet, parce que la mort n’est jamais très loin.»

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