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CHRONIQUE / Brèves de transport

Quand Supernanny se hisse dans le bus de la ligne 9

On a tous vu ces films dont l’action se situe dans le sud profond des Etats-Unis avant, pendant et après la Guerre de Sécession: au détour d’une image, on tombe fatalement sur un petit enfant tout blond dans les bras de sa nanny toute noire. J’ai vu ça abondamment aussi dans l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid: dans les beaux quartiers ceints de hauts murs de Sandton, près de Johannesburg, les bébés blancs passent le plus clair de leurs journées accrochés aux jupes ou au sein de leur kinderoppasser. Nelson Mandela est mort, l’Afrique du Sud s’est (un peu) démocratisée, le racisme institutionnel est devenu une maladie honteuse, mais il faut toujours des femmes à la peau sombre pour veiller sur des enfants à la peau claire.

Le bus TL de la ligne 9 m’indique un phénomène en évolution galopante: la première fois que j’ai vu une jeune femme à la peau bronzée véhiculer des jumeaux au teint de Vikings, j’ai tenté de me remémorer mes acquis scolaires sur les caractères récessifs ou dominants véhiculés par les chromosomes autosomes. Après tout, on a bien vu, dans la région hautement métissée du Cap, des fratries formées de six gamins couleur d’ébène et d’un septième rouquin à la peau translucide.

Puis, face à la répétition de ces visions de contraste dans les poussettes de la ligne 9, je me suis dit: «Eurêka! Lausanne a désormais aussi ses nannies, ses nounous.» Elles sont camerounaises (je suppose), philippines (j’en suis sûr) ou latino (c’est évident). Elles ont à coup sûr elles-mêmes des enfants à la maison, qu’elles ne gardent pas pour garder ceux des familles mieux nanties de Pully. A ce stade, j’ignore si leur métier est aussi précairement protégé que celui de femme de ménage moldave ou portugaise, mais je constate que les enfants à la peau claire adorent leur nounou et lui obéissent au doigt et à l’œil. Ça, c’est des mamans!

J’ai fini par taper «cherche nounou Lausanne» sur mon moteur de recherche et je suis tombé sur une masse de sites proposant des nannies. Et même des nannys, des jeunes gens qui se proposent pour promener vos chérubins. L’orthographe des offres et demandes de service est parfois approximative mais les profils sont en général convaincants. Même une chatte y retrouverait ses petits.


Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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