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LU AILLEURS / ETATS-UNIS

Bombarder l’Iran «préventivement»: la proposition des nouveaux maîtres de la sécurité US

L es nouveaux maîtres de la sécurité américaine proposent de bombarder l’Iran «préventivement». C’est du moins ce que craint le chroniqueur du «New York Times» Nicholas Kristof, deux fois lauréat du Prix Pulitzer. Son argumentation a été lue par le site suisse alémanique «Infosperber» et résumée par notre confrère Urs P. Gasche

John Bolton, le futur conseiller à la sécurité de Donald Trump, a toujours dénigré l’accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet 2015, quand même signé par les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Allemagne, l’Union européenne et l’Iran. Pour lui, les Etats-Unis devraient bombarder les sites nucléaires iraniens ou charger Israël de le faire. Le tout nouveau secrétaire d’Etat Mike Pompeo a toujours critiqué cet accord et propose une alliance aussi étroite que possible avec l’Arabie saoudite.

«Dans les rues de Bagdad et de Bassorah, la population d’Irak nous célébrera en tant que libérateurs et éclatera de joie», prophétisait le vice-président américain Dick Cheney en 2003, avant l’invasion de l’Irak. Le 1er mai de cette année-là, le président George W. Bush annonçait: «Mission accomplie». Le gouvernement américain avait envisagé la chute de Saddam Hussein dès janvier 2003 et invoqué les attentats du 11 septembre 2001 pour rallier une coalition internationale.

George W. Bush n’avait aucun doute sur les armes de destruction massive que détenait l’Irak, ce qui était un pur mensonge. Son ministre de la Défense Donald Rumsfeld promettait qu’une invasion de l’Irak serait largement financée par les revenus du pétrole; que la guerre durerait cinq jours, cinq semaines ou, au pire, cinq mois. Depuis, 15 ans ont passé. «L’invasion de l’Irak s’est avérée la faute la plus catastrophique, la plus dispendieuse et le plus idiote du dernier demi-siècle», analyse Nicholas Kristof:

  • 4400 soldats américains ont péri.

  • 500'000 Irakiens civils et militaires sont morts.

  • Selon les estimations de Joseph Stiglitz et Linda Bilmes, cette guerre aura coûté à ce jour 3000 milliards de dollars, soit plus de 24'000 dollars par ménage.

  • La 2e guerre d’Irak est à l’origine de la guerre en Syrie, de l’expansion de l’Etat islamique, du massacre des chrétiens et des yézidis. Elle a accru l’influence de l’Iran et attisé le conflit entre sunnites et chiites.

Nicholas Kristof pense que les Etats-Unis devraient «tirer la leçon de telles erreurs d’appréciation». Mais il craint que «nous ayons un président qui va nous conduire à un conflit aussi étourdi que catastrophique». A trois conflits, en réalité, écrit-il:

  • Le premier n’est pas sanglant: c’est une guerre commerciale qui met fin à 70 ans d’efforts américains pour amener le monde à libéraliser le commerce. «Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à remporter», a twitté Donald Trump.

  • Le deuxième, probablement à fin mai: la résiliation unilatérale de l’accord sur le nucléaire iranien. Les conséquences seraient une tension accrue dans la région, une possible attaque israélienne contre les sites nucléaires iraniens, le risque de conflit militaire entre Arabie saoudite et Iran et le risque de guerre entre les Etats-Unis et l’Iran.

  • Le troisième serait une attaque militaire contre la Corée du Nord, qui ne renoncera pour rien au monde à son arsenal nucléaire. Si une rencontre entre Trump et Kim Jong-un devait échouer, il n’y aurait plus guère de marge de manœuvre pour des négociations sur le terrain.

Pour Nicholas Kristof, d’aussi sinistres perspectives ne sont pas à exclure, notamment parce que Donald Trump souhaite détourner l’attention du public de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, des déceptions qui se multiplient au niveau de sa politique intérieure et des révélations de comportements sexuels que l’opinion pourrait juger répréhensibles.

Par ailleurs, Trump s’entoure de gens comme Bolton et Pompeo – comme Bush naguère de Cheney et Rumsfeld – qui sont «la voix de leur maître» et jaugent de manière beaucoup trop optimiste les objectifs qu’ils prétendent atteindre.


Lire l’article original en allemand sur Infosperber: «Bolton und Pompeo raten Trump zu "Präventivschlägen" gegen Iran»


Précédemment dans Bon pour la tête

«John Bolton, le faucon qui menace la paix mondiale», Gian Pozzy

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