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Le billet du vaurien

Marsault, c'est la rencontre entre Gotlib, Tyson et Bukowski


Me baladant, samedi après-midi, au Jardin des Plantes, j'ai soudain décidé de faire un tour aux éditions Ring: un drôle d'animal y signait ses albums. Faisant la queue des centaines de fans, tous très jeunes,  piétinaient d'impatience pour voir leur idole: le dessinateur Marsault qui  bouscule tous les codes de la bienséance. Profitant de mes cheveux blancs, je me suis faufilé jusqu'à lui pour observer la bête de plus près. Elle m'a séduit à la première poignée de main, franche et chaleureuse. Et puis, en dépit de la différence d'âge, entre vauriens on se comprend. Je lui ai dit mon admiration et nous nous sommes promis d'aller boire un verre ensemble.

Si vous n'avez jamais entendu parler de Marsault, ce qui serait un comble, je vais vous mettre au parfum. C'est un mec de trente ans, tatoué comme un régiment de parachutistes. On dirait un tableau de Dubuffet, observait François Bousquet, mais ce n'est pas de l'art brut: c'est de l'art brute. Il cogne, mais il cogne avec amour. Enfin, pas toujours.... d'où la répulsion qu'il suscite chez les gens un peu coincés et, surtout, du côté des bienpensants. Jamais, vous ne le verrez dans une émission de Ruquier, ni dans une autre d'ailleurs. Il est blacklisté, car on l'assimile à la faschosphère, voire à un néo-nazi, car il trouve que l'esthétique nazie, ça en jette visuellement, ce qui ne fait pas de lui un apologiste du Troisième Reich pour autant.

Et puis, Marsault c'est un prolo, un autodidacte qui s'est fait tout seul, loin du street art et des Beaux Arts, en suivant le maître Gotlib, Cabu ou Reiser. Il ne cache pas qu'il a naturellement plus de sympathie pour des mecs en Marcel et Bermuda que pour «des tarlouzes et des truies avec les nibards à l'air et les cheveux roses». Mettons que c'est un anarchiste de droite, tendance Audiard, qui a la nostalgie de la France des années soixante. Après avoir fait toutes sortes de boulots sur des chantiers et avoir été jeté par presque tous les éditeurs, sauf Ring, il s'est installé à la campagne. Ce n'est pas un mondain, ni un arriviste, juste un type qui a un sens inné du dessin satirique et qui, sans chercher la provocation, la suscite dès qu'il publie un album. «J'ai toujours dessiné pour faire marrer mes copains», dit-il. Aujourd'hui, il est devenu un entrepreneur en démolitions. Cru, brutal, expéditif, dit encore Bousquet. Il est le seul dans son genre. Il est vrai qu'il n'y a plus beaucoup de prolos et moins encore de dessinateurs subversifs. Finalement, me suis-dit, c'était un chouette moment. Un type comme Marsault, on n'en rencontre pas tant que ça dans sa vie. Il y avait bien Topor avec qui j'ai fait un livre et Wolinski, bien sûr, mais... la suite, vous la connaissez!

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