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CHRONIQUE / LE BILLET DU VAURIEN

Dieu et les films d'horreur

Q uand un taoïste vaudois rencontre Cioran.

Quelle est la différence entre Dieu et un réalisateur de films d’horreur? me demande un de mes lecteurs. Je ne sais que répondre. Heureusement, il vient à mon secours: «La différence, c’est que le réalisateur de films d’horreur utilise des trucages...». Ce lecteur, Gabriel N., projette de publier un recueil d’aphorismes au titre prometteur: Fièvres et crachats d’un nihiliste post-moderne. Le cadavre de Cioran remue encore.
Cioran qui, dans sa Fenêtre sur le Rien, avoue que quand il voit la misère humaine, il songe que ceux qui essaient d’y remédier ne lui semblent pas plus louables que ceux qui la favorisent - tant elle est profonde. Finalement, que sont les événements de ce monde, sinon les traces que laissent dans le temps les pas du Diable?
Quand Cioran songe à ses années berlinoises - 1933, 1934, 1935 -, il se remémore la folie qui s’était emparée de lui, ses ambitions démesurées, ses visées démentes et, surtout, la vitalité qui palpitait en lui. «J’étais un fou sans fatigue», écrit-il. Et maintenant, ajoute-t-il, je suis fou avec fatigue. Le Diable nous donne une vitalité que la raison nous refuse. Faut-il le regretter?
Mes fenêtres ne se sont jamais ouvertes sur des mondes irréels - fussent-ils politiques ou mystiques. C’est sans doute ce que me reprochait ironiquement Cioran quand il me disait que j’étais trop civilisé. Pas comme lui un barbare des Carpates, mais un taoïste vaudois. Incapable même de produire un film d’horreur...


Cioran, Fenêtre sur le Rien, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, Gallimard, 2019.

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