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CHRONIQUE / Brèves de transport

Le déclin de la presse gratuite se lit par terre

Après la presse payante, la presse gratuite a elle aussi amorcé son déclin. Je le constate de manière limpide à bord des Transports publics lausannois (TL), bien plus qu’à la lecture des enquêtes de certification de tirage REMP (Recherches et études des médias publicitaires). Lorsque, le 1er octobre 2005, le groupe Edipresse avait lancé son Matin Bleu pour tenter de couper l’herbe sous les pieds de la version romande de 20 minuten qu’allait créer son concurrent Tamedia, on a vu des dizaines d’exemplaires du «Bleu» éparpillés dans les bus dès l’aube. Pire encore, bien sûr, depuis le 8 mars 2006, quand l’éditeur zurichois a bel et bien lancé 20 minutes. Car ce qu’on a acquis gratuitement, on le jette négligemment, voyez-vous.

La situation s’est tant et si bien détériorée au fil des ans – au moins jusqu’à la mort par cannibalisation du Matin Bleu le 25 septembre 2009 – que l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) a mis à disposition des TL des équipes de pensionnaires volontaires, tous les matins entre 8 h 30 et 10 h 30. Reconnaissables à leur casaque blanche (et en général à leur teint hâlé), ils passent dans les convois et, naguère, emportaient de pleines brassées de journaux vite lus, vite bazardés.

Les gars et les filles de l’EVAM sont toujours fidèles au poste à l’arrêt Saint-François de Lausanne mais, désormais, ils emportent un, voire deux, exceptionnellement trois exemplaires au mieux. C’est que les journaux gratuits ne séduisent plus que les représentants du troisième et du quatrième âge. Ceux qui ne savent pas se débrouiller avec un smartphone. Tous les autres, pliés en deux sur leur appareil, pianotent fiévreusement d’un bout à l’autre du trajet.

Il y a au moins une morale à l’histoire. Après avoir contribué à l’agonie de la presse payante, la presse gratuite s’incline à son tour face à plus fort qu’elle: le téléphone intelligent. Tiens, à ce propos, la prochaine fois que vous voyagerez en bus, pensez à consulter le site www.bonpourlatete.com sur votre téléphone, on ne le trouve pas encore en version papier.


Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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