keyboard_arrow_left Retour
Lu Ailleurs / Minorités

Pour la première fois, le Mexique compte sa population noire

L es enquêtes de l'Institut national de statistique et de géographie (INEGI) qui seront utilisées pour le recensement mexicain ont commencé en mars. Le journal espagnol El País rapporte que pour la première fois dans l'histoire, des questions ont été posées au peuple au sujet d'un groupe qui a été rendu invisible par plusieurs gouvernements et par la société: les Afro-Mexicains.

Parmi les 38 questions que les enquêteurs de l'Institut national de la statistique et de la géographie (Inegi) poseront à la population, on trouve celle-ci: «Par vos ancêtres et selon vos coutumes et traditions, vous considérez-vous comme afro-mexicain, noir ou d'origine africaine?» L'inclusion dans le recensement - en pleine pandémie de coronavirus - marque une étape importante pour les minorités qui ont été reléguées et discriminées en raison du racisme.

Des chercheurs expliquent qu'historiquement, la population d'origine africaine a été invisibilisée au Mexique. Le mythe fondateur des métisses - Indiens et Espagnols - cachait ce qu'ils décrivent comme la tercera raíz (troisième racine), à savoir les descendants de ceux qui sont venus d'Afrique à l'époque coloniale pour travailler dans les mines ou les plantations.

Le gouvernement a fait un premier pas timide pour les reconnaître. En 2015, il y a eu une approche avec un échantillon intercensitaire. Selon la publication, l'estimation de cette population est d'environ 250'000 personnes dans le pays.

Cependant, les chiffres officiels ont montré qu'elle comptait en réalité 1,4 million d'habitants, soit 1,2 % de la population mexicaine. Soit cinq fois plus! Les Afro-mexicains se trouvent en plus grande concentration dans les États de Guerrero, Oaxaca et Veracruz.

Les inégalités dont souffrent les communautés afro-mexicaines ont été effacées de l'histoire. Un double racisme est constaté. L'un, socialement endémique, se manifeste par des attitudes personnelles négatives à l'égard des Noirs; l'autre est politique, il se traduit par l'absence d'une volonté publique visant à éliminer les inégalités fondées sur la couleur de la peau. 

Plus de la moitié des personnes d'origine africaine considèrent que leurs droits sont peu ou pas du tout respectés au Mexique, selon l'enquête nationale sur la discrimination, publiée il y a trois ans. Les contributions historiques des populations noires ne se trouvent ni dans les musées ni dans les manuels scolaires. La publicité et les médias vendent des images ambitieuses de Blancs prospères et heureux. Selon les militants, les Afro-Mexicains sont confrontés à une violence quotidienne allant de l'hypersexualisation («les Noirs sont chauds») au refus de la citoyenneté («les Noirs ne sont pas mexicains»). 

Le bureau de recensement reconnaît dans El País que l'inclusion dans le recensement est tardive par rapport aux autres pays de la région, malgré le fait que le Mexique ait signé des conventions internationales pour lutter contre la discrimination depuis près de 20 ans. La Colombie, par exemple, a commencé à poser des questions en 1993 et le Costa Rica en 2001.

Un premier recensement de la population noire au Mexique a été effectué en 1791. Il a fallu deux siècles, et deux décennies de lutte de la part des organisations de filiation africaine, pour que la population noire soit enfin prise en compte dans le recensement qui est effectué tous les dix ans.


L'article de El País cité est par ici.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

© 2020 - Association Bon pour la tête | une création WGR