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Lu Ailleurs / Pérou

Metalor, d'où vient votre or?

C her Metalor, il est certain que vous avez acheté 100 tonnes d'or entre 2001 et 2018 pour une valeur de plus de 3500 millions de dollars à Minerales del Sur S.R.L, une entreprise basée dans les villes péruviennes de Juliaca et Puno.

Cette même société, Minerales del Sur S.R.L., le ministère public péruvien la considère aujourd’hui comme une prétendue organisation criminelle en raison de son exploitation minière illégale. Celle-là même qui a accumulé des opérations de contrebande de minerai précieux dans les années 90. Epoque où le membre de la société et actuel propriétaire, Francisco Quintano Méndez, son épouse et sa fille ont décidé de changer d’identité.

Dernièrement, le ministère public péruvien a mentionné Metalor dans les enquêtes contre Minersur de Puno, comme «acheteur international d’or» et pour «avoir encouragé la conduite illicite des transactions dudit fournisseur».

Cela a été rendu public par le site d’information péruvien, Ojo Público, qui a accédé aux documents de la présente affaire auprès du ministère public ainsi qu’à d’autres dossiers de la Surintendance nationale des douanes et de l’administration fiscale (Sunat).

«Dans le document fiscal, basé en partie sur une enquête antérieure de la Sunat, la raffinerie est inscrite dans le chapitre “organisation criminelle” et les succursales de la société identifiées sont aux Etats-Unis et en Suisse».

Ceci fait suite aux enquêtes menées après la saisie de 91 kilos d’or destiné à Metalor en avril de l’année dernière. Au cours de ce mois, la Sunat a demandé la participation du procureur chargé des enquêtes sur le blanchiment de capitaux ainsi que de la cellule du renseignement financier.


En lire plus sur Bon pour la tête: Saisie de 100 kilos d’or en route pour la Suisse


Blanchiment à Neuchâtel

Dans les documents publiés, il est également révélé que la raffinerie suisse, ayant siège à Neuchâtel, avait déjà été mentionnée en 2014 dans deux enquêtes mettant en cause des exportateurs péruviens situés à Madre de Dios et à Lima pour blanchiment de capitaux liés à l’extraction illégale de minerai précieux.

Mais face à toutes ces révélations, Metalor n’a pas encore fait de déclarations publiques.

Sur le site Web de l’entreprise neuchâteloise, il est fait état d’un communiqué remontant au 20 juillet 2018, sur lequel, au point 3, on peut lire: «Metalor n’est pas concerné par les investigations en cours». Les enquêtes du ministère public indiquent que «[Metalor] aurait un rôle financier depuis l’étranger pour mener à bien les activités de vente de minerai d’or d’origine illicite».

Le gouvernement péruvien fait sa part


En février, le gouvernement péruvien a lancé dans la région Madre de Dios, l’Opération Mercurio 2019. Une opération militaire sans précédent contre l’exploitation minière illégale en Amazonie, principale cause de déforestation et dont l’impact est dévastateur en raison de la contamination par le mercure.

L’exploitation minière illégale, qui est active depuis des décennies dans la jungle péruvienne en raison de l’indifférence des autorités, a transformé des milliers d’hectares de forêts tropicales fertiles en déserts de sable arides.

La superficie de forêts perdues au cours des deux dernières années en Amazonie péruvienne est de 18'440 hectares, ce qui équivaut à 25'000 terrains de football, d’après les images satellites obtenues par le Projet de surveillance de l’Amazone andine (MAAP).

La carte montre l’importance de la déforestation selon les zones, de jaune «moyen» à rouge «haute». © Maap

Madre de Dios est considéré comme l’un des principaux centres d’exploitation minière illégale au Pérou. Et c’est là que Minerales del Sur opère également.

Menées par trois gouvernements consécutifs, des opérations très coûteuses de saisie et de destruction des installations d’exploitation minière illégale ont été effectuées pour tenter de freiner l’utilisation des produits chimiques nécessaires à l’extraction de l’or.

Mais le résultat est insuffisant.

Est-ce que l’opération Mercury sera un succès?

Les militants écologistes l’espèrent, bien que les mineurs leur reprochent les opérations des forces de l’ordre. Compte tenu des faits exposés, on se demande maintenant jusqu’à quand les intérêts privés continueront-ils à laisser derrière eux un désastre environnemental et social?

Ici, où pendant des années, des gens sont descendus dans les rues pour défendre la Terre, mais personne ne les a écoutés.


L’article sur le site d’information péruvien, Ojo Público.

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