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AILLEURS / Stérilisation

Défi démographique et vasectomie en Ouganda

T enter de gérer le boom démographique en faisant la promotion de la vasectomie, c'est la stratégie qu'adopte actuellement l'Ouganda, selon «The New Zimbabwe».

L’Ouganda voit sa population augmenter de manière impressionnante (de 17 millions en 1990 à plus de... 41 millions en 2016!) alors même que dans le monde, le taux de natalité baisse. Selon les Nations Unies, plus de la moitié de la croissance démographique mondiale, d’ici à 2050, aura lieu sur le continent africain.

Or, ce pays d'Afrique de l'est reste un des plus pauvres du monde, avec un revenu annuel de 2234 Shillings (580 francs) par habitant selon World Bank data. D'où l'importance pour le gouvernement ougandais de réduire à tout prix le taux élevé de naissances pour ne pas paupériser davantage le pays.

Sam Mwandara, coordinateur de projet pour Reproductive Health Uganda, un groupe soutenu par les Nations Unies, souligne à ce titre que le développement de la population est trop rapide par rapport au développement du travail, de l’éducation et de la santé dans le pays. Dans les zones rurales, la situation est vraiment dramatique: les infrastructures médicales manquent souvent de médicaments de base et beaucoup d'enfants quittent l'école.

Ainsi, pour parvenir à atteindre ses objectifs de développement (notamment en matière de revenus), le pays entend bien prendre cette hausse démographique à bras le corps.

Idées reçues

Pour ce faire, et suivant l'exemple du Rwanda il y a quelques années, l’Ouganda lance une campagne de sensibilisation à la stérilisation masculine, la vasectomie. Les autorités ont commencé à recruter des hommes (plus précisément des «champion men») pour parler publiquement de la vasectomie et d’en faire la promotion, en tant que méthode de planification familiale.

Challenge de taille, dans un pays où, selon les statistiques du gouvernement, seulement 35% des femmes mariées utilisent des méthodes modernes de contraceptions, et où l’avortement n’est légal que si l’intervention permet de sauver la vie de la mère.

D’autant que (mais cela n’est pas le propre de l’Ouganda, loin de là) la vasectomie reste très impopulaire, notamment parce qu’une série de croyances et de mythes lui collent à la peau. D’une part, certaines personnes pensent que la vasectomie entraine l’impuissance et de ce fait dégraderait la vie de couple. D’autre part, certains ne peuvent s’empêcher de penser au scénario catastrophe: si je perds tous mes enfants et que je suis stérilisé, qu’est-ce que je vais faire? Et puis, il y a ceux qui ont peur d’être stigmatisés, parce qu’ils auraient fait cette opération. Pour rappel, l'intervention qui consiste à couper et bloquer les canaux déférents par lesquels transitent les spermatozoïdes, n'entrave en rien l'érection et l'éjaculation (lire notre encadré ci-dessous).

En revanche, ceux qui se sont fait opérer, ces «champion men», disent que c’est une bonne chose d'avoir la possibilité de prévoir le nombre d’enfants que leur couple sera capable de prendre en charge et de s’y tenir pour être sûr de pouvoir leur offrir une éducation de qualité.

A l'image de la campagne contre le sida

Pour l’heure, les vasectomies sont encore très peu pratiquées dans la capitale Kampala: à peine 2 ou 3 par mois. Elles sont réalisées dans une clinique dirigée par Reproductive Health Uganda, explique le Dr Kenneth Buyinza, expert en santé reproductive. Ce médecin ajoute que le prix de l’opération est pourtant abordable pour les habitants (47 Shillings, 12 francs) et que de toutes les méthodes de contraception permanente, c’est celle qui présente le moins d’effets secondaires.

La situation n’est pourtant pas désespérée. En effet, l’Ouganda ne peut que se souvenir de sa campagne publique menée en 1990 contre l’épidémie de sida et des résultats concluants qui avaient été obtenus. Pour le bien du développement du pays, il serait de bon augure que la promotion de la vasectomie connaisse les mêmes répercussions.


Article original en anglais sur New Zimbabwe: «How about vasectomy? Uganda wants more men to say yes»


Vasectomie: ce qu'il faut savoir

  • La vasectomie est la méthode de stérilisation masculine qui consiste à couper et bloquer les canaux déférents par lesquels transitent les spermatozoïdes, depuis les testicules. C'est une opération qu'il faut considérer comme permanente, même s'il existe une opération (la vasovasostomie) qui permet à environ un couple sur deux pratiquant cette intervention de réhabiliter les canaux déférents et d'avoir des enfants.
  • Elle n'influence pas la fonction sexuelle: érection et éjaculation restent identiques après l'opération, de même que les sensations éprouvées.
  • C'est une opération relativement facile et rapide qui ne demande qu'une anesthésie locale. Il existe, à ce jour, deux types de vasectomies: avec ou sans bistouri (cette dernière réduisant les risques de complication).
  • La stérilisation n'a pas un effet immédiat: des spermatozoïdes persistent pendant un certain temps dans les canaux déférents. Un spermogramme permet d'analyser la constitution du liquide éjaculé et de voir si des spermatozoïdes s'y trouvent toujours, ou pas. En attendant, il faut utiliser une autre méthode de contraception.
  • Que contient le liquide éjaculé s'il n'y a plus de spermatozoïdes? Beaucoup de choses puisque ces derniers ne constituent que 2 à 3% de l'éjaculation. Celle-ci est composée de 70% de liquide séminal (riche en fructose, en vitamines, acides aminés, minéraux et protéines) et de 30% de liquide prostatique (liquide favorisant la fertilité notamment grâce à certains enzymes qui facilitent la pénétration spermatozoïdes dans le col utérin). 
  • Les spermatozoïdes continuent, après une vasectomie, à être produits. Ils sont stockés dans l'épididyme (organe accolé au testicule et relié au canal déférent) avant d'être résorbés.
  • Les statistiques sont floues quant au nombre de vasectomies pratiquées en Suisse, en l'absence de registre nationale sur ce sujet. En 2017, approximativement 56 interventions de stérilisations masculines ont été réalisées au CHUV, selon le Dr Jichlinski, chef du Service d’urologie de l'hôpital, interrogé par la RTS.

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