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LU AILLEURS / Alcool

Boire (presque) sans conséquences?

Y unfeng Lu, professeur en génie chimique à l'Université de Californie (Los Angeles) et passionné de vin à ses heures perdues s'est attelé au problème des lendemains vaseux qui succèdent à toutes les soirées (trop) arrosées, pour qu'enfin on puisse profiter d'une bonne rasade de bière sans les inconvénients qui vont avec. Loufoque? Pas tant que ça, nous explique-t-il dans sa publication sur «The Conversation».

On sait que l'alcool entraine de graves problèmes de santé, s'il n'est pas consommé avec modération et responsabilité. Outre les effets dits classiques d'une intoxication tels que les trous de mémoire, les maux de tête ou les nausées, on peut citer les accidents, les blessures, les violences et comportements agressifs causés par un abus d'alcool ainsi que les dégâts provoqués sur le foie et ceux entravant, à long terme, le développement cérébral chez les jeunes, en cas d'ivresses répétées.

De plus, en Suisse, si on observe ces dernières années une diminution des hospitalisations dues aux intoxications et dépendances à l'alcool, cette baisse semble ne pas être aussi significative pour les jeunes de 10 à 23 ans, encore nombreux à être hospitalisés pour ces raisons.

Dès lors, ne serait-il pas plus opportun de trouver une solution qui réduirait encore davantage ces hospitalisations, y compris chez les adolescents, plutôt que de dégoter un moyen qui permette de se remettre rapidement d'une bonne cuite?

C'est là que réside, apparemment, l'intérêt de la recherche de Yunfeng Lu et son équipe: la recherche tenterait, d'une part, de concevoir des capsules anti-gueule-de-bois et, d'autre part, de créer une thérapie pour aider les victimes d'overdose aux urgences et traiter l'intoxication liée à la consommation d'alcool.

Ainsi fonctionnait l'enzyme

Yunfeng Lu et le professeur Cheng Ji, expert en maladies du foie de la Keck School of Medicine de l'Université de Californie du Sud, ont eu comme idée d'utiliser les enzymes naturellement présentent dans le foie lorsque ce dernier tente d'évacuer et digérer l'alcool de notre corps. Ils ont ainsi ciblé trois enzymes qui transforment les molécules d'alcool en molécules inoffensives.

La difficulté du processus n'est pas tant la sélection des enzymes, ces dernières étant déjà connues. L'enjeu était davantage de trouver un mode d'administration efficace.

Pour ce faire, ils ont protégé et enveloppé les enzymes dans une coquille réalisée avec un matériau que la Food and Drug Administration des États-Unis, d'ores et déjà approuvé pour la conception de pilules, formant ainsi des nanocapsules prêtes à être injectées dans les veines de souris ivres afin de digérer l'alcool, une fois arrivées dans le foie.

Effets concluants

Miracle: le traitement administrés aux souris alcoolisées fonctionne puisqu'il réduit le taux d'alcool dans le sang de 45% par rapport aux souris qui n'ont pas reçu les nanocapsules. De plus, la concentration sanguine d'acétaldéhyde (composé hautement toxique, cancérigène, causant des maux de tête et des vomissements, faisant rougir les gens après avoir bu et produite pendant le métabolisme normal de l'alcool) reste extrêmement faible. Sans compter que les souris médicamentées se réveillent plus rapidement que celles qui luttent contre l'alcool sans l'aide enzymatique.

En d'autres termes, la capacité de ces nanocapsules à décomposer rapidement et efficacement les molécules d'alcool devrait aider les patients à se réveiller plus rapidement, préviendrait les risques d'intoxication et protègerait le foie du stress et des dommages causés par l'alcool.

Maintenant, reste à voir si ces gélules d'enzymes ne provoquent pas des effets secondaires inattendus et dangereux et si ce traitement se révèle concluant sur l'organisme de l'Homme.

Pas sûr qu'on connaisse des lendemains qui chantent de si tôt!


Article original en anglais sur The Conversation: A hangover pill? Tests on drunk mice show promis.

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