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ACTUEL / Sérums physiologiques

Rhume: le business de l’eau salée

C haque année, des milliers de litres d’eau salée sont vendus en Suisse avec un but – venir à bout des rhumes qui s’attaquent à nos sinus – et à des prix délirants. Pourtant il existe une alternative bien moins coûteuse. Explications.

Ça y est, le froid est arrivé et avec lui, tous les désagréments habituels. Parmi eux, celui qui remporte la palme est sans conteste le virus le plus connu des suisses: le rhume. Ces dernières semaines, il s’est glissé silencieusement dans de nombreux foyers, rappelant à ceux qui l’auraient oublié que l’été est bel et bien terminé. Si certains se sortiront de cette mauvaise passe avec un simple nez irrité, d’autres enchaîneront avec trois mois de sinusite chronique. Dans tous les cas les seuls véritables gagnants seront sans aucun doute les entreprises pharmaceutiques et les pharmaciens qui ont déjà commencé à vendre des flacons de sérum physiologique à tour de bras.

15 francs le... décilitre!

Mais en fait, qu’est ce que c’est le sérum physiologique? «De l’eau purifiée contenant 0.9% de sel», nous glisse une pharmacienne. S’il existe des variantes un peu plus dosées à base d’eau de mer purifiée, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit bien d’eau salée. Vendu en dosette pour les enfants ou en flacon à embout propulseur, ce fameux remède a un prix pouvant aller jusqu’à 20 francs pour une bouteille de 130 ml et 13 francs pour trente mono doses. Ne serait-ce pas un tantinet exagéré pour de l’eau salée? Interrogé sur le sujet, l’Office fédéral de la santé publique se dédouane en précisant qu’il ne fixe aucun tarif pour ce type de produits et que les pharmacies et autres drogueries sont libres d’appliquer les prix qu’ils désirent.

Une information confirmée par le président de la société vaudoise de pharmacie, Christophe Berger, qui indique que chaque établissement fixe le prix qu’il souhaite. Ce qui explique les grosses variations que l’on trouve sur le marché. «Il faut également comprendre que nous dépendons des prix de vente décidés par les fabricants et que ces-derniers prennent en compte les coûts induits par les processus de stérilisation, la fabrication des emballages et les contraintes de conditionnement.»

Elaborés principalement par des entreprises françaises, ces produits peuvent pourtant coûter jusqu’à six fois moins cher de l’autre côté de la frontière alors qu’ils sortent de la même usine. «Pour savoir pourquoi les prix sont beaucoup plus élevés en Suisse, il faut vous adresser aux fabricants de médicaments. Les pharmaciens suisses n’y sont pour rien», conclut Christophe Berger.

Faites-le vous-même

En attendant de comprendre pourquoi un rhume est significativement plus onéreux en Suisse qu’en France, il reste une solution: fabriquer son sérum soi-même. C’est ce que propose à ses patients le docteur Christian Mégevand, président du groupe des oto-rhino-laryngologues de Genève. «Il suffit d’acheter des douchettes nasales et de faire soi-même le mélange avec de l’eau préalablement bouillie. C’est un très bon moyen d’économiser de l’argent et de limiter la pollution. Il existe même des sachets de sel déjà dosés en pharmacie.»

Reste encore à savoir si ces produits sont réellement efficaces en cas de rhume… «Je dirais qu’il s’agit avant tout d’un phénomène de marketing. On a fait passer le message que c’était la première chose à faire en cas de rhume. Du coup les gens dépensent des fortunes pour ces produits dont la consommation a explosé. Leur usage peut se justifier pour des patients atteints de pathologies chroniques telles que des rhinites sèches, mais pour un simple rhume je ne le conseille pas d’office. La meilleure solution reste à mon avis de se moucher et éventuellement de prendre de la phytothérapie par la bouche», précise le spécialiste avant d’ajouter que ce type de traitement peut même être problématique s’il est utilisé avec des embouts trop puissants. «Dans ce cas, l’eau peut avoir un effet karcher sur un rhume purulent et disperser le pus dans d’autres cavités provoquant ainsi une sinusite».

Si l’usage systématique de l’eau salée n’est donc pas recommandé, il peut être justifié dans le cas des jeunes enfants qui ne savent pas se moucher, pour autant que la puissance du jet ne soit pas trop forte et que le dosage soit bien fait.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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