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Photoreportage / Les veuves indiennes


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En Inde principalement dans les zones rurales, certaines coutumes d’un autre temps perdurent. Dans les villages, la vie des femmes bascule quand leur mari meurt, mais aussi quand il quitte le foyer conjugal définitivement pour d’autres raisons. La stigmatisation des veuves est profondément ancrée dans la religion hindoue: si une femme est pure et fidèle, elle saura protéger son époux de la mort et le gardera. Généralement c’est la belle-famille qui rend la femme responsable de tous les malheurs et lui donne son statut de veuve. C’est un immense fardeau à porter, car elles doivent toujours s’habiller de blanc (la couleur du deuil en Inde), ne peuvent plus se remarier ni assister aux fêtes et à la célébration de la naissance d’un enfant, de peur qu’elles n’apportent le "mauvais œil".



Toujours dans le registre des coutumes et rituels c’est en 1829 que les colonisateurs britanniques abolirent la pratique du Sati (principalement en Inde du Nord) qui consistait à ce que la veuve suive son mari sur le bûcher. 

Dans les autres religions, les veuves sont aussi mentionnées, par exemple dans l'un des trois grands miracles attribués au XVIe siècle à Notre Dame de la Bonne Santé à Velankanni, proche de Nagapattinam. Celui-ci parle d’une pauvre veuve avec son enfant boiteux qui guérit grâce à l’intervention de la Vierge. Heureux, il se mit à courir jusqu'à la ville pour annoncer la bonne nouvelle et y rencontra un riche bienfaiteur. Avec l’aide de la population ils bâtirent une première petite chapelle. Rapidement, ce lieu devient un sanctuaire visité par de nombreux pèlerins de toute croyances confondues. Aujourd’hui la ville et un lieu de pèlerinage très célèbre au Tamil Nadu, il est surnommé «Lourdes de l’Orient». 

De nos jours les veuves n’ont que deux choix possibles: rester dans leur village et mener une vie austère, ou partir sans rien pour espérer une vie meilleure.

Les enfants du village des veuves. © Stephan Engler


En fin d’après-midi sur la route au Sud de l’Inde, l’atmosphère est étouffante. Pendant ce mois de juillet, le thermomètre franchit allègrement la limite des 30 degrés. Nous sommes installés tant bien que mal toutes fenêtres ouvertes à l’arrière d’une Mahindra Bolero, une Jeep version indienne. Le parcours depuis Nagapattinam, la capitale du district nous semble interminable sur cette route poussiéreuse au milieu de nul part. Des deux côtés, un paysage plat, sec, et monotone nous accompagne avec ses rares arbustes. Enfin, la voiture ralentit et nous arrivons aux portes du village des dalits (intouchables) comme les appellent les locaux. C’est ici que nous allons revoir les veuves indiennes.

Une habitante du village. © Stephan Engler

Certaines femmes ont fui leur région d'origine, seules avec leurs enfants. © Stephan Engler

Notre première rencontre avec cette communauté date d’il y a trois ans, nous sommes curieux de voir les changements et de retrouver ces femmes courageuses. Ce sont elles qui ont créé la première association locale de défense des veuves dans cette région. Elles nous accueillent chaleureusement dans leurs habits colorés et nous reconnaissent immédiatement. Il est vrai qu’il y a peu de visiteurs dans cet endroit isolé. Ce sont une vingtaine de femmes et quelques hommes qui se sont regroupés ici afin de vivre en paix et en sécurité. Cela limite les risques de représailles justifiées par des traditions sans pitié. Le village est toléré par les rares personnes qui connaissent son existence, peut-être que les mentalités changent lentement car malgré les réserves de certains, on ne peut que constater la réussite de cette formule. 

Gomathi lors d’une réunion. © Stephan Engler

Pendant les échanges les veuves restent très discrètes sur leur douloureux passé, mais dans leurs regards nous pouvons imaginer leur lourd vécu. Une chose est sûre pour toutes ces femmes, elles sont arrivées ici, dans ce discret refuge, sans rien, certaines avec uniquement leurs enfants. Nous retrouvons une des charismatiques meneuses du groupe, l’énergique Gomathi. Elle vit depuis plusieurs années au village avec ses trois enfants, deux filles et un garçon. Sa façon de se tenir et de parler ne laisse aucun doute, elle est fière. Et il y a de quoi, c’est grâce à son travail sans relâche qu’elle a pu acquérir après notre première rencontre une vache qui vient de lui donner un veau. Cela a été uniquement possible grâce à l’octroi d’un microcrédit accordé par une organisation d’entraide locale. Nous sommes heureux de sa réussite, il est rare de rencontrer une femme avec un caractère et une volonté aussi forte, c’est un exemple de courage pour toute la communauté.

Les chèvres et leur gardienne. © Stephan Engler

Lors de la visite du village, peu de changement... peut-être quelques maisons de plus. Celui-ci est identique à beaucoup d’autres avec sa terre brûlée et ses quelques arbres, gage d’un peu d’ombre sous le soleil implacable. La communauté essaie de subvenir à ses besoins grâce à quelques cultures, des chèvres et bien sûr à la présence de l’indispensable puits.

Gomathi et son veau. © Stephan Engler

Le puits, indispensable à la vie au village. © Stephan Engler

L’organisation du village est gérée lors des réunions hebdomadaires dans la maison principale. Lors de celles-ci, les femmes parlent de leurs projets, des besoins quotidiens et trouvent des solutions ensemble. Elles ont aussi des contacts avec d’autres groupes, les réunions hors village, pour plus de discrétion, se déroulent de nuit dans un lieu isolé.

Une réunion dans la maison commune, où sont administrées les affaires du village. © Stephan Engler

Il est parfois indispensable pour les communautés alentour de se rencontrer de nuit, afin de rester discrets. © Stephan Engler

Après une réunion, nous avons eu le plaisir de voir ces femmes danser, ce qui étant donné leur statut serait tout simplement impossible dans leur lieu d’origine. Leur courage et volonté sont admirables, elles nous remémorent les luttes menées en Occident par nos mères et nos grand-mères pour leur liberté. 

Danse dans la maison commune. © Stephan Engler

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

1 Commentaire

@bonpourmoi 21.03.2021 | 18h53

«Magnifique reportage..»