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ACTUEL / SANTÉ

Les sombres dérives des médecines alternatives

P ourquoi payer aussi cher pour des médicaments chimiques qui enrichissent Big Pharma alors que la nature nous fournit tout ce dont nous avons besoin pour nous soigner? C’est la question que pose la dernière série-docu de Netflix, «L’industrie du bien-être: potions et poisons», qui enquête sur six techniques alternatives en vogue, en remettant en question leur légitimité et leur avenir.

Huiles essentielles

Utilisées pour leurs vertus apaisantes depuis l’Antiquité, les huiles essentielles – extraites de plantes – sont désormais au cœur d’un véritable business de plusieurs milliards. Aux Etats-Unis, les deux entreprises à la tête de ce marché sont Young Living et Do Terra, toutes deux accusées d’avoir bâti leur fortune sur une technique illégale de marketing pyramidal (lire notre article à ce sujet), en plus d’avoir multiplié les produits qui sont utilisés partout et tout le temps dans certains foyers américains, de l’aérosol à la cuisine. Certaines anciennes collaboratrices de Do Terra, majoritairement des femmes au foyer, estiment avoir perdu des milliers de dollars à se constituer une gamme de produits de base sans parvenir à les revendre. Grâce à ce système illégal et très lucratif pour les entités du haut de la pyramide, ces sociétés organisent notamment des conventions disproportionnées qui s’apparentent à des cultes.

Sexe tantrique

Si les cris de jouissance décomplexés vous indisposent, vous feriez mieux de passer cet épisode.
Il démarre sur une thérapeute américaine qui se targue d’apprendre aux gens comment «faire l’amour à leur corps avec leur respiration». Selon elle, «l’énergie orgasmique est un processus de purification» et de nombreux patients viennent la voir afin d’exorciser des traumatismes refoulés.
Des ateliers de sexe tantrique sont organisés aux Etats-Unis. Promotion est faite du «très bon sexe qui améliore le bien-être». Comme on pouvait s’y attendre, le sexe tantrique est un prétexte pour certains gourous malintentionnés qui se livrent à des abus avec l’accord naïf de leurs adeptes, tels que Narcis Tarcau, qui fait l’objet de plusieurs accusations de viol. «Le viol n’est plus du viol mais de la purification sexuelle», explique un témoin du documentaire. Pour certains, il s’agit également d’un viol d’identité culturelle, puisque le sexe tantrique serait une occidentalisation d’une pratique indienne millénaire qui n’a plus grand-chose à voir avec son origine.

Lait maternel

Quoi de plus logique que l’être humain ne consomme que le lait qui lui est naturellement destiné? Ce breuvage, qui s’apparenterait à de l’or liquide pour certains, est devenu l’ingrédient magique de nombreux culturistes, mais pas que. Sur internet, la demande explose depuis quelques années et certaines mères au foyer en profitent pour arrondir leur fin de mois. C’est ainsi qu’une jeune maman, atteinte d’un syndrome d’hyperlactation, se retrouver à se traire elle-même toute la sainte journée, puis à congeler son lait pour ensuite l’expédier dans tout le pays, mais aussi au Mexique, à Porto Rico et au Canada, au prix de 2 dollars les 30 millilitres.
Si certaines études, dont une suédoise, sont parvenues à trouver des vertus anticancereuses au lait maternel, ce business pose un véritable problème pour les parents qui adoptent ou pour les mères qui rencontrent des problèmes à produire du lait. En effet, puisque certains l’utilisent pour cuisiner, ou l’intègre à leur régime hyper protéiné, ils s’octroient donc une part qui ne revient pas aux bébés.
Culturellement, l’allaitement est un acte particulièrement respecté en Mongolie, où le lait maternel est perçu comme un «aliment divin». Les enfants qui sont allaités le plus longtemps deviennent les meilleurs lutteurs, selon les croyances locales. 

Jeûne

Intégrée dans les traditions de la plupart des religions, la technique est remise au goût du jour. En particulier chez les hipsters de la Silicon Valley, pour qui la privation de la nourriture est le nouveau concept à la mode. Au-delà de la motivation de perdre du poids pour certains, le jeûne aurait des vertus curatives, puisque «le corps peut se guérir de n’importe quoi si on le laisse faire», selon le directeur du Tanglewood Wellness Center, qui préconise des jeûnes de 28 jours lors des retraites. Celles-ci auraient la capacité de guérir du cancer. Dans le documentaire, Loren Lockman explique que la médecine est la troisième cause de décès dans le monde et que les médecins traditionnels devraient oublier totalement leur formation initiale pour intégrer les bienfaits de la privation de nourriture.
L’enquête explique également comment, s’il est mal encadré, le jeûne peut être dangereux pour la santé au moment de la réalimentation et peut causer des arrêts cardiaques, comme cela a été le cas pour un patient de Tanglewood. 

Ayahuasca

Il s’agit d’une drogue largement documentée de notre côté de la planète, tant les touristes en mal de sensations fortes sont nombreux à être partis en quête de l’expérience. Chaque année, pas moins de 20'000 occidentaux se rendent en Amazonie afin de tester la plante sacrée, connue pour «guérir les blessures psychiques et provoquer des visions». L’ayahuasca, ingurgitée sous forme de liquide, fait partir les gens dans une espèce de transe éveillée qui aurait sorti plusieurs adeptes de leur anxiété, leur dépression, de leur addiction, ou encore de leur syndrome de stress post-traumatique.
La drogue est devenue tellement célèbre que des centres en proposent lors de cérémonies psychédéliques dans certains Etats américains.
L’Ayahuasca est encore un exemple flagrant d’un viol culturel et d’une occidentalisation d’une technique incomprise, puisque cette plante est censée, à l’origine, être consommée par les chamans, seuls habilités à gérer ses effets. 

Venin d'abeille

L’épisode se concentre sur l’Angleterre, les Etats-Unis et la bande de Gaza, où des thérapeutes ont mis au point des traitements à base de venin d’abeille, notamment pour guérir la maladie de Lyme, d’après-eux. A l’aide d’une petite pince, ils attrapent l’insecte et le force à piquer un point ciblé du corps, sur les bases de l’acupuncture.
Dans le New Jersey, une apithérapeute se targue d’exploiter à fond tout ce que les abeilles «nous offrent», du miel au pollen en passant par la gelé royale et la cire d’abeille. Grâce au venin, on pourrait apaiser les maux relatifs à la polyarthrite rhumatoïde, à l’ostéoarthrite et à la sclérose en plaque. Certaines études affirment même qu’il pourrait tuer les cellules cancéreuses.
Un neurologue de l’Université de Yale interviewé se montre sceptique face à ce nouveau phénomène de mode qui n’a, pour lui, pour seule réaction de provoquer la production d’analgésiques dans le corps. Les vertus de la substance, créée par les abeilles pour se protéger d’une menace, ne sont pas reconnues médicalement.
Non seulement cette méthode peut s’avérer dangereuse pour les personnes allergiques qui s’ignorent (une femme en est morte en Espagne), mais en plus elle est révoltante sur le plan environnemental.
«Lorsqu'elles nous piquent, notre peau se referme sur le dard et le coince, peut-on lire sur Insectes.org. Ainsi, en chassant l'abeille de la main, on arrache la glande à venin attachée au dard et située dans le corps. L'abeille est donc éventrée, saigne et meurt.» Certains semblent avoir oublié que les abeilles sont un maillon indispensable de la pollinisation des espèces végétales et donc de la reproduction des plantes. 

En conclusion, on peut s’apercevoir que la plupart de ces techniques, dont les bases reposent sur des éléments censés qui ont fait leur preuve, deviennent néfastes lorsqu’elles sont utilisées à des fins mercantiles.


Bande-annonce de L'industrie du bien-être: potions et poisons(Un)well en anglais

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