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Actuel / Éducation

Le monde étudiant revit en ligne

L es gouvernements se demandent si c'est le bon moment pour parier sur l'éducation à distance avec l'utilisation des outils pédagogiques du monde numérique, mais aussi à travers la télévision et la radio publiques. À ce jour, le modèle d'urgence mis en œuvre est insuffisant et ne donnera pas les résultats escomptés s'il n'est pas repensé à long terme, comme le Pérou essaie de le faire.

Vingt-deux jours après le début de l'état d'urgence face à la pandémie de Covid-19, le président du Pérou, Martin Vizcarra, annonçait le début de l'enseignement à distance, proposant une solution multi-plateforme couvrant Internet, la radio et la télévision d’Etat. 

Depuis lors, le projet Aprendo en casa (J'apprends à la maison) garantit le droit à l'éducation de plus de 6 millions d'élèves dans les écoles publiques et privées. Résultat: la diffusion du premier jour d'école a atteint 4,3 millions de personnes et est en tête des audiences, surpassant même les programmes télévisuels commerciaux. 

En Côte d'Ivoire, en revanche, à partir du 9 avril, les cours enregistrés par les professeurs de lycée de la ville d'Abidjan sont diffusés par la télévision et la radio publiques. Pour l'instant, dans ce pays de 24 millions d'habitants et de 7 millions d'élèves du primaire au secondaire, l'enseignement à distance ne s'adresse qu'aux classes qui doivent passer des examens, mais bientôt il sera étendu à tous.

Comme dans le reste du monde, l'enseignement à distance a également été imposé en Syrie. Dans un pays où les infrastructures s'effondrent et où l'électricité et internet ne sont disponibles que par intermittence, c’était clairement une décision difficile à mettre en œuvre mais réalisable. Les prochains jours, l'enseignement à distance sera garanti avec des leçons diffusées sur la télévision locale et YouTube et par des groupes WhatsApp animés par les enseignants.

Même la grande station de radio et de télévision britannique BBC a décidé d'intervenir sur le terrain pour aider l'école, en créant un programme scolaire, la Bitesize Daily. Le service, disponible depuis le 20 avril, peut être utilisé sur différents canaux, sur la télévision numérique et sur Internet: vidéos, podcasts, quizz et leçons sont inclus dans ce conteneur éducatif.

«C'est le plus grand engagement en faveur de l'éducation que la BBC ait jamais soutenu», a commenté le directeur général de la station, Tony Hall.

La crise sanitaire a obligé les institutions publiques et privées du monde entier, du niveau initial au niveau universitaire, à utiliser des salles de classe virtuelles et à mettre en place des mécanismes d'enseignement à distance, même pour ceux qui ne voulaient pas le faire ou ne se sentaient pas préparés pour plusieurs raisons.

Sans l'ambition de remplacer complètement l'enseignement en face à face, les cours à distance ont été légalement acceptés et leur développement peut également complémenter le modèle classique.

D'autres organismes, au vu des résultats obtenus, envisagent déjà de s'adapter au modèle d'une éducation non présentielle.

Au Pérou encore, le président Vizcarra, a declaré qu'«à court et moyen terme les classes ne seront pas en face à face, elles seront toujours à distance», et cela restera par le biais de cours virtuels sur Internet, à la radio et à la télévision.

Depuis quelques temps déjà, la nation péruvienne reçoit les éloges des médias internationaux pour avoir maîtrisé la maladie grâce à une quarantaine stricte, pour avoir adopté en temps utile des mesures sanitaires visant à atténuer l'impact du virus et pour sa gestion économique correcte, qui repose sur la discipline budgétaire à toute épreuve que le pays a appliquée au cours des vingt dernières années, pour faire face précisément à ce genre d'impondérables.

Malgré cet énorme effort face à l’impact du Covid-19, la quarantaine actuelle a laissé quatre péruviens sur dix sans revenus, ce qui a conduit à des demandes de réduction des frais de scolarité en raison du risque d'abandon des études par manque de ressources économiques.

Vizcarra a plaidé en faveur de cette réduction en faisant valoir que l'enseignement à distance impliquerait un coût moindre.

De plus, le ministère de l'éducation a acheté 719'000 tablettes permettant la connexion à Internet pour les étudiants des zones rurales, et 124'000 autres pour ceux des zones urbaines afin qu'ils puissent étudier virtuellement. Oui, c'est un Pérou surprenant.

Et comme de nombreux parents, enseignants et enfants l'ont découvert ces dernières semaines, l'enseignement en ligne (ou via un télé-programme) n'est pas un substitut facile aux leçons en classe. Cela signifie qu'il n'y a pas de solution unique. Les gouvernements devront tenir compte de plusieurs facteurs, dont le stade de l'épidémie et les aspects culturels, économiques et la cohabitation intergénérationnelle. Le défi consiste également à réfléchir à la manière dont nous pouvons faire en sorte que la prochaine urgence nous trouve mieux préparés dans le domaine de l'éducation. 

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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