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ACTUEL / Polémique

L’eSport réclame sa place aux Jeux Olympiques

D émocratisée, la communauté du sport électronique ou eSport aspire à rejoindre la famille des disciplines olympiques lors des prochains Jeux en 2024. Une intégration qui ne fait pas l’unanimité, notamment au CIO.

Les jeux vidéos Call of Duty, League of Legends, Counter-Strike, Dota 2 & co sont-ils assimilables à un sport, donc potentiellement consacrées par une médaille olympique? Les partisans de l’eSport aux JO brandissent le tir à l’arc – discipline confirmée – comme argument imparable en ce qui concerne l’aspect moteur de la pratique. Pour eux, les sports électroniques ont leur place dans l’univers des Olympiades. Surtout à l’ère numérique.



Un marché à 1,13 milliard de dollars

Ces jeux vidéo épuisent quand même les manettes de centaine de millions de joueurs. Un marché mondial estimé à plus de 1,13 milliard de dollars selon une étude SuperData 2017. Face à cette croissance fulgurante, Tony Estanguet, co-Président du Comité de candidature Paris 2024, est le premier à évoquer la possibilité d’ajouter l’eSport aux Jeux Olympiques dans une interview à l’Associated Press le 8 août dernier.  «Les jeunes s’y intéressent. Faisons de même, rencontrons ses représentants et voyons si nous pouvons établir des ponts», suggère-t-il dans l’entretien.

«L’eSport n’est pas un sport»

Un positionnement qui a depuis réveillé la Toile. Les opposants, féroces dogmatiques, s’élèvent contre une idée qui scandaliserait Pierre de Coubertin, fondateur des jeux modernes en 1896. «L’eSport n’est pas un sport», lance Thierry Granturco. Avocat spécialisé en droit du sport, il cite sur son blog dans le Huffington Post la Charte européenne du sport. «On entend par "sport" toutes formes d'activités physiques et sportives qui, à travers une participation organisée ou non, ont pour objectif l'expression ou l'amélioration de la condition physique et psychique, le développement des relations sociales ou l'obtention de résultats en compétition de tous niveaux».

Sans Fédération, impossible de prétendre porter la flamme olympique. Le flou de la définition de l’eSport, la liste inconnue des jeux vidéo concernés, le fait que les compétitions payantes soient organisées par des privés, ne font qu’ajouter du poids dans la balance des «contre».
 

Jeux violents contraires aux valeurs des JO

Thomas Bach, président du Comité International Olympique (CIO), nuance le propos. La conversation reste ouverte mais hors de question d’ajouter des jeux vidéo à caractère violent (comme ceux cités plus haut) à l’Histoire des JO. «Le CIO examine actuellement l'eSport d'un point de vue général. Plusieurs questions se posent, auxquelles il faut répondre. D'un côté, nous devons reconnaître la valeur des performances des joueurs. L'idéal serait que les joueurs se tournent vers le sport réel grâce aux jeux électroniques, qui sont une simulation de vrais sports. D'un autre côté, force est de constater que plusieurs jeux électroniques simulent des actes violents et sont donc contraires aux valeurs olympiques. Nous ignorons également quelle organisation représenterait l'eSport dans son ensemble. Il est donc impossible de dire à ce stade si l'ajout de l'eSport au programme olympique sera un jour envisagé», écrit-il.

Quelques jours plus tôt, Thomas Bach répondait également à la polémique dans les colonnes du South China Morning Post insistant sur la volonté des Jeux Olympiques de promouvoir la non-discrimination, la non-violence et la paix.

Entrée aux Jeux Asiatiques 2022

Au milieu de ce débat vif, petite victoire pour l'eSport qui rejoint les prochains Jeux Asiatiques 2022 à Hangzhou en Chine en tant que discipline «médaillable». Dans un papier web du Monde, Guillaume Rambourg, DG de Riot Games France, pense à la création d’un organisme de régulation de l’eSport pour des négociations plus directes avec le CIO. Afin de prouver la légitimité de l’activité. «ll est temps de changer l’image nerd de l’eSport dans les mentalités. C’est une discipline qui requiert un entraînement intensif, un coaching physique et mental au même titre que d’autres pratiques», explique Michel Romang, rédacteur en chef de la plateforme eSports.ch.


La discussion ne fait que commencer puisque la décision finale d’intégrer ou non des disciplines additionnelles aux JO Paris 2024 n’aura pas lieu avant la fin des jeux de Tokyo en 2020. Affaire à suivre donc.

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