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ACTUEL / Avenir

Faut-il casser l'Europe?

L ’Union européenne, on la déteste, ou la défend – mollement –, ou on ne veut plus y penser. Avec quelques crises de nerfs ici et là. En Suisse où beaucoup y voient le diable. A l’est, où l’on la maudit tout en restant accrochés à ses mamelles. Pourquoi ne pas tenter de voir où elle en est? Froidement.

Le Brexit l’a étonnamment peu ébranlée. La Grande-Bretagne découvre soudain tous les avantages de la construction et se divise sur le mode d’association possible. Sur fond de croissance faible et de risques économiques sérieux.

Le noyau dur, mené par la France, veut aller de l’avant avec un pouvoir communautaire plus fort sur la monnaie et la fiscalité. Avec un argument de poids: si les Européens ne se dotent pas d’un puissant outil face aux Américains, aux Chinois et aux Russes, leurs petites nations, déjà affaiblies, compteront de moins en moins dans le grand jeu mondial. Les Allemands suivront Macron, bon gré mal gré. D’autres, pragmatiques eux aussi, se joindront au projet. D’autant mieux que l’UE affiche désormais son désir de renforcer le principe de la subsidiarité: les bagatelles doivent rester du ressort national, les grands enjeux traités au niveau communautaire.

L’ambition n’est pas irréaliste. Les hypernationalistes français et allemands (FN et AfD) sont certes nombreux mais loin de l’être assez pour enrayer une intégration raisonnable.

Du positif au sud

Les pays du sud eux-mêmes ont tout à gagner à un renforcement de la zone euro. On a mille fois condamné la politique «allemande» à leur égard. Sans jamais rappeler combien ils ont profité des aides structurelles. On voit aujourd’hui que certains ne voient plus forcément l’avenir en noir. Le Portugal a désobéi à la loi de rigueur budgétaire et se porte de mieux en mieux. En 2017, ses comptes d’Etat seront positifs! L’Italie, habituée à toutes les péripéties, voit ses exportations augmenter. L’Espagne, même secouée par la crise catalane, même accablée de problèmes économiques divers, n’est plus au bord de l’abîme. Et en Grèce, les impôts commencent à rentrer: une nouveauté bénéfique. 

Le grand défi est à l’est. Trois pays sont aux mains d’europhobes plus ou moins virulents: la Pologne, la Hongrie et la République tchèque. Ils refusent toute solidarité face aux migrants alors même qu’ils n’en accueillent pratiquement aucun. Pire: ils violent des principes fondamentaux comme la séparation des pouvoirs. Ils accusent du pire les uns et les autres de leurs partenaires. Ils diffament le projet. Alors que faire? Les sanctions possibles, compliquées sinon impossibles à mettre en œuvre, ne seront d’aucune utilité. Elles produiraient des effets contraires au but visé.

Le grand Européen Dany Cohn-Bendit jette un pavé dans la mare. Que les mécontents s’en aillent et laissent faire les autres. Construisons, dit-il, un véritable deuxième cercle où les eurosceptiques britanniques, est-européens et pourquoi pas helvétiques, trouveraient certains avantages du marché commun, pas tous, et mèneront leurs barques à leur guise.

Une «saine réduction» du périmètre européen?

Une telle structure parallèle aurait aussi l’avantage d’offrir des perspectives plus réalistes que l’adhésion aux pays de l’ex-Yougoslavie où règnent le désespoir et la mauvaise fièvre du nationalisme.

Larguer les trois pays de l’Est réfractaires est bien sûr, pour l’heure, une vue de l’esprit. Ils tiennent trop aux aides qui leur permettent d’améliorer leurs infrastructures et de soutenir leur agriculture. Mais le moment est venu d’envisager cette sortie. Ne serait-ce que pour faire réfléchir les populations manipulées par les Etats. Ce que Cohn-Bendit appelle «une saine réduction» du périmètre de l’Union peut être vu comme un revers ou une chance.

Un mot encore. On entend souvent dire que l’Est a été intégré «trop tôt» dans l’UE. Libérés de l’URSS en 1990, ils ont attendu jusqu’en 2004. C’était long. Si l’on avait tardé plus encore, la frustration des peuples épris de libres voyages, alors enfoncés dans le marasme économique, aurait conduit au pire. Et ne négligeons pas l’attachement d’une partie non négligeable de ces opinions publiques à l’espace européen ouvert. Les Kaszinsky, Orban et Babis ne sont pas éternels. Et même si certaines règles démocratiques sont égratignées de ce côté de l’Europe, la possibilité y reste de changer de gouvernement et de cap.


Précédemment dans Bon pour la tête

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