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ACTUEL / Géostratégie

Les droites polonaise et hongroise vous plaisent? Vous aimerez la social-démocratie roumaine!

L es nationalistes conservateurs au pouvoir à Varsovie et à Budapest font des émules là où on ne les attendait pas: en Roumanie. A son tour le leader du parti social-démocrate, vainqueur des élections de 2016, veut mettre les juges sous tutelle gouvernementale. Pour stopper la lutte courageuse contre la corruption. Dans un pays où une ribambelle de politiciens se trouvent en prison ou menacés de s’y retrouver.

Ce dernier dimanche, des dizaines de milliers de manifestants ont bravé le froid pour protester contre les manœuvres du pouvoir. «Bande de voleurs!» criaient-ils devant le Parlement. Où l’on s’apprête à modifier le système de la justice qui se trouverait subordonnée au gouvernement. Le projet est réprouvé par les institutions judiciaires, par le sage président Iohannis, par la Commission européenne. Mais la majorité des élus s’en réjouissent car ils sont nombreux à se trouver dans le collimateur de l’organisme spécialisé dans le combat anti-corruption. A commencer par l’homme fort du moment, président du parti PSD, président de la Chambre des députés: Liviu Dragnea. Il n’a pu accéder au gouvernement parce que condamné pour fraudes électorales et aujourd’hui poursuivi pour abus des fonds européens dans son fief de Teleorman. Les enquêteurs l’accusent de faire partie, avec huit hommes d’affaires et fonctionnaires, d’un «groupe criminel organisé» qui serait encore actif. La DNA (Direction nationale anti-corruption) a tenté de saisir 27 millions d’euros de sa fortune personnelle, un seul a pu être mis sous séquestre. Le but de la manœuvre du Parlement est clair: mettre fin aux poursuites judiciaires.

La clé du succès? Savoir parler aux petites gens

Ce fils d’un agent du régime Ceausescu est un redoutable manœuvrier. Prêt à toutes les contorsions pour décrocher le pouvoir, pour faire taire ses opposants. Ses goûts de luxe sont connus: il aime la chasse sur les grands espaces qu’il a acquis, il séjourne souvent avec grand train au Brésil. La clé de son succès? Comme d’autres, il sait parler aux petites gens et n’est jamais avare de promesses. Ce qui ne l’empêche pas, paradoxe bien connu, de prôner une réforme ultralibérale. Les charges sociales à la charge des employeurs, aujourd’hui de 35%, seraient réduites à 2,25%. Au détriment des salariés à qui l’on fait entrevoir d’hypothétiques augmentations. 

Seul espoir, le sursaut démocratique de la société civile

Le discours du magouilleur roumain s’inspire de celui du Hongrois Orban. Tous deux dénoncent un «complot»: les juges soutenus par les médias indépendants (de plus en plus rares) constitueraient un «Etat parallèle». La prudente condamnation de cette dérive du pouvoir par la Commission européenne n’impressionne guère Dragnea. Comme ses amis hongrois et polonais, il se met à dénoncer l’arrogance de l’Europe occidentale à l’égard de l’est. Alors que pourtant la population est largement pro-européenne: des millions de Roumains et Roumaines travaillent, séjournent en Italie, en Espagne, en France et ailleurs. Le député Sorin Moisă a démissionné du groupe PSD au Parlement européen avec ces mots: «Sous la conduite de Liviu Dragnea, le PSD a déterré, réactivé et adapté à la Roumanie d’aujourd’hui des réflexes cultivés pendant les années de national-communisme».

L’Union européenne est-elle en train de se casser entre l’est et l’ouest malgré les considérables efforts de solidarité communautaire? La menace est réelle. Le seul espoir, c’est l’admirable sursaut démocratique de la société civile. Mais les nationalistes, aussi corrompus puissent-ils être, sont pour l’instant maîtres du jeu.

Bande de voleurs!» criaient, dimanche devant le Parlement, des dizaines de milliers de manifestants pour protester contre les manœuvres du pouvoir. © DR

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