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Actuel / Production littéraire en ligne

En quête de lecteurs au bout de la souris

L ’arrivée du traitement de texte a démocratisé un rêve quasi universel: aujourd’hui, tout le monde écrit, ou presque. Les éditeurs, pourtant nombreux, ne parviennent pas à absorber toute cette production littéraire. Mais il y a d’autres moyens de trouver un lectorat: à côté de l’autoédition, de l’édition à compte d’auteur ou de l’édition numérique, les plateformes de partage de textes se développent. Comme webstory.ch, créé voici 8 ans par la genevoise Helena Zanelli.

«J’ai d’abord conçu ce site pour répondre à un besoin personnel», explique Helena Zanelli. «Puis je l’ai partagé. Les webwriters sont des gens qui n’ont pas assez de matière pour un livre. Ils écrivent des nouvelles, de la poésie, des formes courtes à côté de leur travail; leurs histoires seraient perdues s’ils ne les montraient pas.» A l’en croire, Webstory remplit parfaitement ce rôle de relais, puisque les statistiques indiquent une moyenne de 8 500 pages vues par mois. Les visiteurs viennent surtout d’Europe et des Etats-Unis, mais aussi d’Afrique francophone. Ils privilégient les formes courtes et passent en moyenne 4 à 5 minutes sur le site.

«Ce site est très précieux pour moi vu qu’aujourd’hui, tout ce qui touche à la littérature est assez inaccessible», s’enthousiasme Martine Corthésy. «Je trouve fondamental d’encourager les écrivants et de les mettre en lien avec des lecteurs». Grâce à Webstory, cette utilisatrice a notamment pu trouver un éditeur… pour l’une de ses connaissances.

C’est que webstory.ch ne reste pas cantonné au virtuel. Sa fondatrice organise aussi chaque mois des rencontres informelles, ainsi qu’un concours annuel qui aboutit à la parution d’un livre en papier. La lauréate de cette année, qui a décroché le premier prix parmi 55 contributions, figurait déjà au palmarès de l’an passé. Elle se cache sous le nom de plume de Marie Vallaury et dit avoir particulièrement apprécié de pouvoir lire les textes des autres, ce qui n’est habituellement pas le cas lors des concours.

De gauche à droite: Joanna Mazuryck, documentaliste à la TSR, Helena Zanelli, fondatrice de webstory.ch et Jacqueline Reigner qui collabore à la banque d’images. © Fabio Chironi

Marie Vallaury fréquente aussi le site belge Oniris où les internautes soumettent leurs textes à l’avis de la communauté. Les lecteurs sont censés émettre des commentaires utiles et constructifs.

Il arrive que ces plateformes en ligne servent de tremplin vers la publication, comme dans le cas d’Olivier Chapuis. Un éditeur numérique a remarqué l’un des textes que ce correcteur lausannois a postés sur welovewords.com dans le cadre d'un concours. Après deux romans et un recueil de nouvelles en format numérique, l’auteur a ainsi pu bifurquer vers l'édition papier.

«Comme son nom l'indique, welovewords.com est une plateforme littéraire parisienne», précise Olivier Chapuis. «Elle est gratuite et permet à tout un chacun de grappiller un peu de reconnaissance en publiant des textes ou en participant à des concours. Le site Short éditions offre également ce genre d’avantages, mais par abonnement».

Tandis que welovewords est entièrement financé par les annonceurs, Helena Zanelli mise sur les abonnements, sur la vente des livres papier et sur les coups de main bénévoles de son entourage. Elle s’appuie aussi sur des partenariats qu’elle choisit avec un évident souci de cohérence: des musées, la société des arts, la fondation Engelberts, un éditeur, une marque de crayons. Malgré tous ces appuis, la fondatrice de Webstory a dû puiser dans ses fonds propres pour la création du site et pour la maintenance, confiée à un webmaster professionnel.

Sa motivation? «Pousser les gens à développer leurs talents, en l’occurrence l’écriture. Pendant 20 ans, j’ai attribué un prix à un graphiste de l’ECAL». Un dévouement qui lui vaut de beaux témoignages de gratitude, comme celui de Martine Corthésy: «J’apprécie particulièrement les gens qui portent des projets avec passion. Helena Zanelli nous témoigne beaucoup de bienveillance. Elle fait partie des personnes qui illuminent ma vie».


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Sabine Dormond

Sabine Dormond est écrivaine et traductrice.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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