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ACTUEL / Biélorussie: vision à contre-courant

De l’ère soviétique à la floraison culturelle et financière

«Avant-poste de la tyrannie», «dernière dictature de l’Europe» ou encore «dernier Etat soviétique» - telles sont les appellations de la Biélorussie dans la presse internationale. Méconnu, ce territoire de près de 208 000 km2, est pourtant en plein essor culturel et économique. Mêlant fièrement son bagage soviétique aux tendances nouvelles, la Biélorussie offre une atmosphère stimulante et novatrice.


Eugénie Rousak


Au mois de mai 2018, le journaliste Niels Kruse a publié son récit de voyage dans le magazine allemand Neon. Dans cet article, il a exprimé ses émotions suite à un weekend passé dans la capitale biélorusse: grandes avenues construites pour se sentir petit et impuissant, manque de clients dans les magasins et uniformité des biélorusses qui ne portent ni piercings, ni tattoos, une «ruhig-graue Masse» (masse calme et grise) comme les a qualifiés l’auteur. Ainsi, ce reportage rejoint l’image de ce pays dans la presse internationale, entre régime post-soviétique à l’interne, et renforcement des relations avec l’Asie, l’EU et la Russie, à l’externe.

Pourtant ce pays regorge d’innovation, de créativité et de biélorusses aussi engagés que productifs. La sphère culturelle connait un vrai essor, des nouveaux cafés et coworkings fleurissent dans la capitale, l’économie se tourne vers l’innovation technologique et les événements sportifs internationaux jouissent d’installations nouvelles. Finalement, les vastes places et immenses avenues ne sont-elles pas plutôt symboles de grandeur et réussite ?


 

Façades en reconstruction  © 2018 BPLT Eugénie Rousak

Régime sans visa

Dans une optique touristique, la Biélorussie a introduit un régime sans visa. Depuis plus d’un an, les ressortissants de 80 pays, dont les états membres de l’UE, les USA et le Japon, peuvent librement profiter de 5 jours sur place sans avoir l’obligation de demander préalablement un laissez-passer. Avec une flotte de 26 avions, la compagnie nationale Belavia assure des connections régulières avec les principales ville de l’Euroasie. D’ailleurs, depuis 2013, un vol direct relie Genève à la capitale biélorusse, Minsk.

Pour la petite anecdote, nombreux sont les voyageurs qui font leur escale à l’aéroport de Minsk, une vraie plus-value pour ce pays à cheval entre l’ouest et l’est européens.

Expansion culturelle

Détruite durant la Seconde Guerre, la capitale biélorusse a été rebâtie, pour renaître de ses cendres au sens propre comme au figuré. Les influences artistiques de la ville sont ainsi à l’image du paysage urbain: mariage du style d’entre-deux-guerres, du néoclassicisme stalinien, des khrouchtchevki (immeubles de 4-5 étages construits sous Khroutchev) et du contemporain. Terre de Chagall, Leon Bakst ou encore Louis Burt Mayer, la Biélorussie mélange avec délicatesse son grand bagage culturel avec des nouvelles tendances internationales. Ainsi, à côté des expositions «classiques» dans plus de 160 musées, la Biélorussie invite également des projets mondialement connus, de la scandaleuse «Mysteries of the Human Body» à la fascinante «Art Of Brick» par Lego, en passant par le projet multimédia «Impressionnisme.LIVE» ou encore de la fameuse World Press Photo. Les rencontres artistiques fleurissent dans la capitale, que cela soit dans le cadre des traditionnelles Belarus ArtWeek et Minsk Photo Weekend ou dans de nombreux centres culturels ou art spaces, tels que Verh (@verh.place) ou Korpus (@cultkorpus). Ces nouveaux terrains d’échanges, de conférences, de performances artistiques et d’expositions réunissent les adeptes de la culture, de la mode et de l'entrepreneuriat. En absence des codes et des restrictions propres aux musées et théâtres, ces lieux favorisent la naissance de jeunes talents dans une ambiance inspirante et bohème.


 

Les khrouchtchevki © 2018 BPLT Eugénie Rousak

Gastronomie et coworking

Les cafétérias soviétiques ont depuis longtemps laissé place aux restaurants proposant des mets internationaux, soigneusement préparés par des cuisiniers de renom. Les délicates chaises tressées à la parisienne se voient à présent être dépassées par le minimalisme dans les couleurs et le choix des matériaux bruts. La nouvelle vague des bars à vin aux baies vitrées et murs bétonnés, des coworkings servant le V60 ou le Chemex dans les béchers et des burgers saignants à la carte s’est abattue sur Minsk. Cette révolution gastronomique est opérée par certains chefs, qui n’hésitent pas à associer des produits d’alimentation biélorusses typiques à des recettes internationales pour créer des mélanges inédits, comme l’orge au parmesan, façon risotto, servie au Pinky Bandinsky (@pinky_bandinsky), par exemple.


 

Vue sur la ville verte © 2018 BPLT Eugénie Rousak

Relations économiques et Blockchain

Le passé soviétique a laissé des traces sur l’économie, que cela soit sur la sécurité sociale ou la gratuité de certains services, comme l’éducation par exemple. Déjà concentrée sur le développement des relations économiques, comme actuellement avec la Chine, la Biélorussie a également décidé de se tourner vers une innovation financière. Signé l’année dernière par le président Alexander Loukachenko, le décret sur le développement de l’économie numérique a mis la Biélorussie en tête des pays favorables aux méthodes blockchains et des cryptodevises. Ainsi, les conditions de travail et l’imposition ont été adoucies dans ces domaines pour faciliter le développement d’un véritable «parc des hautes technologies». «Le gouvernement biélorusse est en recherche de nouveaux moyens d’attirer des capitaux et d’augmenter le prestige de la jurisprudence sur la scène internationale» explique Illia Salei, associé senior au sein de Borovtsov & Salei, cabinet d’avocats biélorusse.

Ainsi, mêlant son passé soviétique aux tendances nouvelles, la Biélorussie se positionne comme un acteur actif sur la scène internationale. Cette expansion aux multiples facettes est la nouvelle image de ce pays aux grandes avenues et larges places. Intimidantes ou motivantes, tout cela est une question de perception.


Théâtre national d’opéra et de ballet de Minsk© 2018 BPLT Eugénie Rousak

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