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Coronavirus / Covid-19: bilan préliminaire de la mortalité en 2020

Fabien Balli-Frantz

11 janvier 2021

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Les résultats de cette analyse du taux de mortalité en Suisse, selon les différentes classes d’âge de la population, surprennent, tant ils s’écartent des courbes et comparaisons qui ont usuellement fait la une des médias au long de l’année écoulée.



A l’heure des bilans, Bon Pour la Tête vous propose un nouveau compte rendu sur la mortalité observée en 2020.

Taux brut de mortalité

L’année 2020 aura été marquée par une hausse du taux brut de mortalité, par rapport aux années précédentes. Selon une dernière estimation, il s’élève à près de 8.54 décès pour mille habitants, durant l’année passée. Comparé à 2019, il exprime une augmentation du nombre de décès de l’ordre de 640 décès par million d’habitants.

Il faut remonter approximativement à l’année 2003 pour atteindre un tel taux de mortalité. Depuis, les progrès de la technique médicale et les diagnostiques précoces, ont sans aucun doute favorisé la réduction du taux de mortalité.

Fig. 1 : Taux brut de mortalité observé en Suisse à partir de 1950. Source : (OFS) au 5.01.2021, Données démographiques 1950-2019, mortalité 2020, démographie 2020

Incontestablement, les deux vagues épidémiques du Sars-Cov2 auront contribuées à l’augmentation du taux de mortalité en 2020. Mais est-ce que cette épidémie en est la seule raison?

Taux de mortalité par classe d’âge

Le calcul du taux de mortalité par classe d’âge requiert le nombre de décès par classe d’âge (tableau 1) et la population par classe d’âge (tableau 2). Le rapport de ces données permet d’exprimer le taux de mortalité par classe d’âge, en nombre de décès pour 1000 individus; il figure dans le tableau 3 et en Fig. 2.

Tableau 1: Nombre de décès relevé en Suisse par classe d’âge pour les années 2010-2020 et proportion du nombre de décès en 2020.

Source des données OFS au 7.01.2021, décès 2020 et décès 2010-2019

Tableau 2: Population en Suisse par classe d’âge entre 2010 et 2020 et taux de variation total.

Source des données OFS au 7.01.2021, Population au 1er Janvier

Tableau 3: Taux de mortalité en Suisse par classe d’âge pour les années 2010-2020 et rang du taux de mortalité de 2020.


Source: calculé selon les données des Tableaux 1 et 2, à partir des chiffres de l’OFS au 7.01.2021.


Fig. 2: Taux de mortalité observé en Suisse par classe d’âge pour les années 2010 à 2020.
Source: données du Tableau 3, à partir des chiffres de l’OFS au 7.01.2021

Observations et discussions

La classe d’âge de 90 ans et plus est de loin la plus touchée par la mortalité

En 2020, la classe d’âge présentant le taux de mortalité le plus élevé est la classe 90 ans et plus. Il s’élève à 254 décès pour mille individus, exprimant qu’environ un quart des personnes âgées de 90 ans et plus sont décédées au cours de l’année. Un tel taux n’a été surpassé qu’une fois au cours des 10 dernières années, en 2012.

2012: Une année record d’un point de vue mortalité, mais passée médiatiquement inaperçue

L’année 2012 aura été plus fatale que l’année 2020 dans toutes les classes d’âge, car les taux de mortalité respectifs y sont sans exception plus élevés. Cependant, cette année à forte mortalité est restée médiatiquement inaperçue. Pourquoi? Les capacités hospitalières n’auraient-elles pas été mises à l’épreuve en ce temps et auraient depuis été franchies?

Accroissement de la population âgée

La classe d’âge de 90 ans et plus a présenté le taux d’accroissement du nombre d’individus le plus élevé au cours des 10 dernières années, s’élevant à 37%, suivie de la classe 70-79 ans (30%). La population âgée croit indéniablement et cette croissance marque un nouveau tournant, mettant à l’épreuve les capacités de nos structures hospitalières et gériatriques.

Dilemme ou conséquences du vieillissement de la population?

A partir des données de mortalité actuellement disponibles, aucune des classes d’âge décennales n’a présenté en 2020 un taux de mortalité surpassant ceux observés au cours des 10 dernières années, quand bien même le taux brut de mortalité de 2020 surpasse ceux des 10 années précédentes. Pourquoi?

Ce qui pourrait sembler être un dilemme n’en n’est point un. La raison est que la population la plus âgée s’accroît comme encore jamais auparavant et que les groupes d’âge avancé qui sont les plus touchés par la mort prennent ainsi un poids de plus en plus considérable sur la tendance du taux brut de mortalité dans le pays.

Ainsi, indirectement, la crise sanitaire a été un révélateur du fort accroissement que connaît notre population âgée et de ses conséquences à moyen terme sur notre système de santé, tant au niveau des capacités que des coûts. Le risque d’une surcharge du système hospitalier reste un problème récurrent, mentionné à plusieurs reprises par nos médias, en particuliers ces dernières années lors des saisons de grippe et de ski.

Au sortir de la crise, nos autorités auront un travail important à fournir pour éviter un risque quasi-permanent de surcharge du système hospitalier. Sinon, un autre risque serait de voir le régime d’exception dans lequel nous vivons depuis près d’une année se transformer en un régime quasi-permanent.


Remarque: Notre analyse focalisée sur la situation de la Suisse est inspirée d’une récente étude systématique réalisée par une équipe de scientifiques allemands, autrichiens et suisses. Cette étude a porté sur le calcul du taux de mortalité observé dans différents pays européens, au cours de l’année 2020. Les résultats sont intéressants, car des pays comme l’Italie ou la Belgique, décrits comme étant touchés par une surmortalité hors norme en 2020, présenteraient à l’instar de la Suisse, des taux de mortalité par classe d’âge inférieurs à ceux des années précédentes. La Suède ferait un parcours sans faute. Bon pour la tête et l’auteur du présent article ne prennent aucune position sur ces chiffres, car nous ne les avons personnellement pas vérifiés.


Addendum du 16.01.2021: il s’agit ici d’un bilan fait à partir des données de l’OFS, dans l’état des données au 5.01.2021. Les chiffres vont quelque peu évoluer du fait du temps nécessaire au transfert des données de mortalité à l’OFS. Le bilan sera mis à jour dans les prochaines semaines (1ère semaine de févier), une fois que les données de l’OFS seront stables.

A partir des données actuellement disponibles à l’OFS, une mise à jour des tableaux n’est pas possible.

Dernière mise à jour 5.01.2020.

 

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

13 Commentaires

@brigo 11.01.2021 | 09h10

«Merci pour votre brillante analyse !»


@anneberguerand 11.01.2021 | 13h25

«Excellente analyse, merci. Je me permets de signaler quelques mini corrections dans le tableau 3. Il est mis en vert (minimun) pour les 90+ l'année 2019 quand en fait selon les chiffres, ce devrait être l'année 2011. Pour les 20-29 ans, il y a deux années avec le taux minimal, 2014 et 2020. Et pour chipoter un peu quand à l'année 2012 où vous dites: "les taux de mortalité respectifs y sont sans exception plus élevés.", ce n'est pas le cas des 10-19 ans.
Pas besoin de publier mon commentaire. Bonne journée et merci.»


@Richard Golay 11.01.2021 | 15h15

«Merci à vous !»


@Fabien77 11.01.2021 | 15h47

«@anneberguerand
Merci pour vos commentaires, Madame Berguerand.

1. J'ai corrigé la couleur de la valeur minimale de la classe 90ans et +, en table 3. Correction transmise à la rédaction.

2. Pour le taux minimal de mortalité de la classe 20-29 ans, j'avais tenu compte de la 4ème décimale qui n'est pas affichée, afin de retenir la valeur minimale parmi les deux valeurs que vous citez. Donc pas de correction nécessaire.

3. "... les taux de mortalité respectifs y sont sans exception plus élevés." Cette phrase se réfère aux années 2012 et 2020. La valeur de 0.143 (année 2012) étant plus élevée que celle de 0.139 (année 2020), la phrase est correcte. Donc pas de correction nécessaire.

Cordialement à vous
Fabien BALLI-FRANTZ»


@anneberguerand 12.01.2021 | 14h17

«@Fabien77
Merci pour votre éclaircissement, et surtout pour l'article et le travail effectué!
Bien à vous
Anne berguerand
»


@JCE 13.01.2021 | 00h43

«Bonjour,
Merci pour cette analyse qui apporte un éclairage nouveau.
Mais que pensez-vous de cette récente lecture des statistiques de l'OFS dans cet article de la RTS?
https://www.rts.ch/info/suisse/11890967-la-mortalite-a-atteint-en-2020-des-niveaux-inedits-depuis-100-ans.html
Il insiste au contraire sur le caractère inédit et exceptionnel de surmortalité en 2020 en remontant jusqu'à 100 ans!
Il ne semble pas avoir la même lecture des décès majoritairement 90+
Il ne fait pas clairement de distinguo entre taux de mortalité par classes d'âge et taux de mortalité brut. Sauf rapidement dans un encadré à la fin, mais semble-t-il de manière confuse.
Cela me laisse songeur...»


@Schmo 13.01.2021 | 08h25

«Quelqu'un a une explication à cet article beaucoup plus anxiogène? https://www.rts.ch/info/suisse/11890967-la-mortalite-a-atteint-en-2020-des-niveaux-inedits-depuis-100-ans.html»


@maraaigle 13.01.2021 | 14h39

«Enfin des chiffres qui reposent sur une réalité qui peut-être vérifiée. Merci pour votre travail et félicitations pour votre
analyse.»


@Bastien Mangeat 16.01.2021 | 12h02

«Bonjour, votre analyse est basée sur des chiffres erronés car partiels pour l'année 2020, ce qui explique vos valeurs relativement basses. Les chiffres du 12 janvier sont ici et comprennent déjà 2'220 décès de plus pour 2020 (sans doute liés à la 2è vague): https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/population/naissances-deces/deces.assetdetail.15464206.html
Les chiffres définitifs de l'OFSP seront connus dans quelques semaines seulement. Par honnêteté intellectuelle, cet article devrait être retiré ou modifié en conséquences. Cordialement, Bastien Mangeat
»


@Fabien77 17.01.2021 | 12h37

«Cher Monsieur Mangeat,
Merci pour l’intérêt que vous portez à notre analyse et vos observations critiques. Nous vous en remercions.
Les chiffres de cette analyse ne sont pas erronés, comme vous l’écrivez, mais reflètent l’état des données de mortalité relevées au 7.01.2021, moment de la rédaction de l’article.

Le titre de notre analyse a été adapté en conséquence à la suite de votre commentaire.

BPLT a le souci de transmettre une information vérifiable et respecte le code scientifique en transmettant la source, la date de publication et les intervalles des données considérées.

Nous effectuerons une mise à jour de l’article à partir d'une des prochaines publications de données par l'OFS.

Cordialement
Fabien BALLI-FRANTZ»


@Bastien Mangeat 17.01.2021 | 17h00

«Cher Mr Balli-Frantz,
merci pour votre réponse et l'addendum. Les chiffres bruts que vous avez utilisés ne sont en effet pas erronés, mais ne peuvent pas être utilisés pour une comparaison directe avec les années antérieures, sauf à utiliser des chiffres partiels également pour ces années. Avec les chiffres du 12 janvier, la mortalité rejoint bien celle de 1999 comme évoqués dans différents médias, et non 2012. Je peux tout à fait que vos intentions n'étaient pas mauvaise, d'autant plus qu'une grande part de responsabilité revient à l'OFS dont le site web n'est pas clair sur ce point, mais cet article et ses conclusions sont reprises malheureusement par des sites et personnes aux intentions douteuses et alimente ainsi inutilement la méfiance envers les autorités et médias traditionnels.»


@michael-Z 26.01.2021 | 12h53

«Excellent travail - bravo & merci.
Il serait genial de faire une mise a jour fin jan avec les derniers chiffres.»


@flabb17 03.02.2021 | 01h04

«

Bonjour
Pourquoi occultez-vous la tendance baissière clairement visible sur toute les mortalités, calculées par vos soins, depuis 10 ans ? (sauf 90+ ou la variabilité empêche de déceler rapidement une tendance).
Si une tendance baissière est identifiable, comparer un "rang" dans une telle suite est donc biaisé à mon avis !
L'analyse ne devrait-elle pas comparer la mortalité attendue (et donc une prolongation "prudente" de cette même baisse) ?
Cette simple nouvelle vision, avec les mêmes chiffres laisse entrevoir les résultats suivants:
La surmortalité des tranche 70-79 est clairement visible et identifiée.
La surmortalité des tranche 80-89 est clairement visible et identifiée.
La surmortalité des tranches inférieur semble faible voire nulle.
La surmortalité de la tranche 90+ n'est pas facilement interprétable par cette analyse , mais 2020 est une année au "haute"
==> Votre article cherche à expliquer que la mortalité brut doit être interprétée avec le vieillissements . Merci pour ce travail ! Mais votre article est malheureusement cité comme autorité pour démontrer (et démonter) l’absence de surmortalité en 2020. C'est fort dommage!

»