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SÉRIE TOUS FICHÉS (3)

N'effacez pas vos données, floutez-les!

D epuis quelques jours, voire semaines, il est très difficile d’être passé à côté de ce fameux RGPD, le nouveau Règlement général sur la protection des données, appliqué dans l’Union européenne à partir du 25 mai dernier. Si le terme RGPD ne vous dit rien, vous avez certainement reçu une flopée de mails vous disant que tel ou tel site a changé ses paramètres de confidentialité. Il n’y a pas lieu de culpabiliser qui que ce soit… mais les avez-vous lus ces changements? Ou avez-vous distraitement cliqué sur «accepter», tout en passant à la foule de newsletters qui encombrent votre boîte mail? On vous comprend… mais on va quand-même essayer de vous donner quelques clés.

Cette RDGP, on en dit un peu tout et son contraire. Certains responsables marketing angoissent déjà à l’idée qu’ils ou elles n’auront plus de données à exploiter pour le ciblage de leur produit, d’autres, des journaux en ligne américains ont coupé momentanément les accès de leurs clients européens par peur de ne plus être aux normes et finalement, quelques pessimistes prédisent que cela ne changera rien.

Une chose est sûre, toute réglementation ne va pas sans la bonne volonté des agents concernés. Et en l’occurrence, ni sans une prise de conscience générale de ce qui se cache derrière l’enjeu de nos données personnelles. Comme l’expliquait l’avocat Lê-Binh Hoang dans Le Temps au sujet du point «droit à l’oubli» de cette RGPD, «l’application de ce droit est moins évidente qu’il n’y paraît et dépend beaucoup des circonstances et de la volonté des plateformes majeures de le respecter, explique-t-il, et de leur collaboration active… ce qui est loin d’être acquis pour l’instant». Ça, c’est donc du côté des sites internet et ce n’est pas gagné.

Et du côté des consommateurs? Nous? Une multitude d’outils existent maintenant pour comprendre pourquoi ces données ont tant de valeur pour les grandes entreprises. A nous de déceler en quoi notre vie privée nous regarde en premier lieu.

Parcours initiatique autour des données personnelles

Si vous vous attendez à ce que l'on vous dise qu’en un clic tout sera réglé, ce n’est malheureusement pas si simple. Le RGPD ne va pas opérer d’incroyables changements dans votre vie de tous les jours. Il permet pourtant que les plateformes vous présentent leurs conditions de manière un peu moins indigeste.

Alors asseyez-vous, prenez le temps, sortez de votre stress quotidien, servez-vous un verre de ce qui vous fera plaisir et embarquez-vous dans la découverte de vos données. Il paraît que l’avenir est dans le slow food, le slow journalism et pourquoi pas, dans le slow internet.


Si vous avez un compte Google

Premièrement, jetez un coup d’œil sur ce que Google enregistre sur vous. Choisissez point par point ce que vous décidez de garder ou pas. Si cette interface était à l’époque extrêmement difficile d’accès, il faut bien reconnaître que Google l'a rendue aujourd’hui très utilisateur-friendly. Ne vous fiez pas aux avertissements et n’hésitez pas à cliquer deux fois sur «suspendre» lorsque l’on vous demande «si vous êtes vraiment sûr de vouloir suspendre l’enregistrement de votre historique». Qu’est-ce que vous risquez? Pas grand chose, si ce n’est de revenir une fois sur cette page pour réactiver cette fonction (ce dont nous doutons). Et si vous avez envie de garder tout actif? Très bien. C’est votre choix, personne ne doit vous juger.


Si vous avez un compte Facebook

Promis, nous ne parlerons plus de Cambridge Analytica.

En cliquant sur ce lien, vous découvrirez tous les paramètres auxquels vous n’avez probablement jamais prêté attention. C’est passionnant. En vous laissant guider sur «vos informations Facebook», vous pourrez télécharger votre historique. Vous avez peut-être, comme moi, un groupe «messenger» avec des amis particulièrement créatifs qui font des blagues souvent douteuses… ce ne sont pas des délinquants et pourtant, voir regroupées toutes les photos postées par ces amis dans un même fichier, sachant qu’elles pourraient tomber dans les mains de n’importe qui, provoque un petit choc…

On a également beaucoup parlé de cette reconnaissance faciale. Bon nombre d’entre nous s'en sont méfié, sans pour autant la désactiver. Si aujourd’hui vous avez vraiment envie de la bannir en toute simplicité, il suffit d’aller dans «reconnaissance faciale» dans vos paramètres.

Un point encore intéressant et vraiment éclairant: celui de la publicité ciblée. En allant sur «vos préférences publicitaires», vous découvrirez dans quelle catégorie de personnes vos données vous classent. Pour plus de détails, allez dans «vos informations», puis «vos catégories». Facebook sait avec quel appareil vous vous connectez, jusqu’au modèle de votre téléphone et peut définir, par exemple, dans quel groupe vous évoluez.

Encore une fois, vous pouvez choisir de laisser les informations vous concernant en libre accès, ou de les supprimer. L’important n’est pas que vous «disiez non», mais que vous vous soyez posé la question.

Si vous n’en avez pas encore assez, vous pouvez encore installer une petite extension sur votre navigateur préféré qui créera un profil de vous, uniquement en traçant votre activité sur Facebook. Petit détail: les données que cette application siphonnera pourront être supprimées en tout temps.


Gérer les cookies

Les cookies sont des informations stockées sur vous qui permettent aux différents sites internet de vous reconnaître à chaque fois que vous visitez le site. Il n’est pas forcément nécessaire de les bloquer totalement. Y jeter un coup d’œil et les effacer de temps en temps en vaut pourtant la peine.

– Sur Firefox

– Sur Safari

– Sur Chrome


Configurer des adblockers sur les différents navigateurs

Les adblockers permettent de masquer la publicité sur vos navigateurs. N’oublions pas: «Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit», qu’il s’agisse de contenu médiatique, de service ou d’application.

Pour installer un Adblocker, (ici Adblock plus), il suffit de télécharger une extension sur votre navigateur. Un petit bouton apparaîtra sur vos différentes pages pour vous indiquer combien de publicités ont été bloquées.


Installer des anti-mouchards sur les différents navigateurs

Les anti-mouchards permettent de bloquer tous les sites qui pompent vos informations lorsque vous naviguez simplement sur une page. Par exemple, sur le site Bon pour la tête, il y a trois trackers (bien moins que la majorité des sites, mais tout de même). Le premier est OneSignal, un tracker qui déclenche l’envoi d’une notification lorsqu’un nouvel article sort, dès le moment où le navigateur est ouvert. Pour le deuxième, il s’agit de Google Analytics, qui permet de voir toutes les tendances, les clics, le temps passé sur chaque article. Et le dernier s’appelle Facebook connect, il donne la possibilité de créer un lien direct entre le média et les réseaux sociaux: c’est ce qui permet de créer un petit bouton «Facebook» par exemple pour partager directement un article de Bon pour la tête sur votre page.


Demander ses données personnelles à toutes les grandes boîtes suisses.

La RTS – en collaboration avec le juriste spécialisé dans les questions numériques François Charlet – a fait un travail tout à fait remarquable pour avoir un panorama un tant soit peu global de ce qu’ont les entreprises sur leur clients. Suite à cette émission, le juriste a par ailleurs mis en libre accès des lettres types pour la demande de données personnelles. Il ne s'agit ici que d’entreprises ou d’administrations suisses. Contacté il y a quelques jours à ce sujet, il a ajouté qu’il était possible de faire ce même genre de demandes pour toute l’Europe en changeant la mention de l’art. 8 LPD en art. 15 RGPD (la nouvelle loi européenne mis en application à partir du 25 mai dernier.)

En conclusion...

Si vous êtes parvenu à lire cet article jusque-là, vous êtes probablement un geek, un juriste ou quelqu’un de ma famille. Par ailleurs, peut-être avez-vous cliqué sur un lien ou deux, par curiosité, ou peut-être pas du tout. Peu importe: c’est le débat qui compte.

Alors si pour l’instant, vous n’avez pas encore le courage de vous plonger dans vos données, n’ayez pas mauvaise conscience. Ça viendra peut-être. En attendant, nous vous proposons quelques films et séries à regarder qui traitent du sujet, et cela, de manière un peu moins barbante que moi.


Film de fiction, film documentaire et séries


  • The Circle, film (2017) de James Ponsoldt avec Emma Watson et Tom Hanks

The Circle met en lumière les mécanismes d’une grande boîte (The Circle), qui met en place des systèmes complexes pour centraliser toutes les informations que leurs utilisateurs enregistrent tout au long de leur quotidien. La transparence est le maître mot de ce film qui révèle l’impact d’un effacement des frontières entre données personnelles, vie privée et éthique de l’intime. Et si toutes nos données de santé pouvaient être analysées pour faire avancer la science, tout en faisant baisser nos primes d’assurances maladie? Et si notre vie sur les réseaux sociaux se mélangeait à notre engagement professionnel, brisant toutes les frontières entre travail et temps libre? Et si la mise en place de caméra placée un peu partout pouvait permettre de lutter contre le terrorisme ou sauver la vie de quelqu’un? Et si, tous nos faits et gestes étaient enregistrés pour s’assurer qu’on donne le meilleur de nous-mêmes seconde après seconde. Loin d’être manichéen, ce film montre les avantages et les dérives d’une telle société: celle qui nous pend au nez.

En lire davantage sur Bon pour la tête: Big Mother Data au miroir critique de la fiction


Nothing to Hide est un film documentaire qui revient sur la notion de surveillance et en particulier celle des Etats sur les citoyens. Alors que la majorité des gens déclarent ne rien avoir à cacher, en réalité, 60% enfreignent la loi quotidiennement sans s’en rendre compte, explique l’un des intervenants du film, qui est sociologue. Revenant sur différents épisodes de l’histoire (sur l’affaire de la NSA, le lanceur d’alerte Snowden, mais également sur la Statsicherheit de la RDA ou encore plus récemment, l’état d’urgence en France, la reconnaissance faciale des services de renseignements, etc.), ce film regorge d’informations pour appréhender un peu mieux les différentes questions. Il permet de plus, grâce à une narration subtile, de suivre un quidam lors de son quotidien et de déduire grâce à des analyses de données, ses intérêts, son caractère, sa vie privée.

A propos d’état d’urgence et de restriction des droits fondamentaux, la série à succès The Handmaid’s Tale présente par ailleurs une société dystopique où le contrôle et la «lutte contre le terrorisme», a transformé un pays en une organisation despotique, patriarcale, voire esclavagiste.


"Saying that you don't care about privacy

because you have nothing to hide,

is like saying that you don't care about freedom of speech

because you have nothing to say".

                                            Edward Snowden (cité dans Nothing to Hide)


  • Mr. Robot, série créée par Sam Esmail, trois saisons (2015, 2016, 2017)

Bien plus romancée, cette série suit Elliot, un petit génie du hacking dans son désir d’aider les gens et surtout de changer le monde. Embrigadé dans un projet de piratage informatique un peu fou, il va essayer de détruire le data center d’un grand groupe: The Evil Corp. Cette entreprise semble aussi bien fournir du matériel informatique, que des denrées alimentaires, des vêtements, des moyens de paiement et tout un tas de services. Présenté comme une boîte monopolistique encore bien plus importante que les «too big to fail», The E Corp, commet néanmoins des actes illégaux passés sous silence par toute la société et les pouvoirs politiques.


  • Black Mirror, série créée par Charlie Brooker, en 2011, diffusée maintenant sur Netflix, 4 saisons

Si Black Mirror n’est pas réputée pour le jeu de ces acteurs, la série de moyens-métrages l’est pourtant pour sa critique de notre monde numérique. Ces productions dépeignent les dérives (tout à fait plausibles) que nos habitudes pourraient engendrer. Enregistrement systématique de tous nos faits et gestes dans des puces, défiance de la mort grâce au transhumanisme, représentation à l’extrême de notre monde du divertissement et critique du monde politique, peut de questions restent encore à développer pour faire le croquis dystopique de notre monde de demain.

En lire davantage sur Bon pour la tête: Le noir est une couleur très sensible aux nuances


Précédemment dans Bon pour la tête


Le flicage des assurés, jusqu’où? - Denis Masmejan

Je n’ai rien à cacher (mais j’ai des rideaux chez moi) - Joséphine le Maire

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