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A VIF / LE MONDE D'APRÈS

La fièvre des bureaucrates

E lle monte, elle monte… jusqu’à embrouiller les fonctionnaires qui gèrent la crise au jour le jour, nantis des pleins pouvoirs. L’OFSP s’est une fois de plus fait remarquer en décrétant que 42 % des infections provenaient des clubs, dancings et autres boîtes nocturnes, avant de préciser que le bon chiffre est 2 %. La panade informatique de cette boutique est totale. Et son patron s’excuse en revendiquant simplement le droit à l’erreur. Mais il y a d’autres «responsables» qui perdent les pédales.

Telle la municipalité de Porrentruy qui défend bec et ongles sa décision d’interdire l’accès à la piscine aux «non-résidents», en clair, aux frontaliers français. Car une bande de jeunes Suisses, c’est tellement moins dangereux que ceux d’outre-frontière… Ces messieurs qui invoquent «la raison sanitaire» n’ont pas le rouge au front devant les télés mais ils feraient bien de clarifier leur embrouillamini mental avant de sombrer dans le plus détestable ridicule.

Au Département de justice et police, à Berne, cela chauffe aussi. Sauf erreur, la nouvelle a passé inaperçue en Suisse romande. Les gazettes alémaniques nous l’apprennent. On sait que les visiteurs de certains pays placés sur la liste noire n’ont pas accès à la Suisse. Des couples se sont trouvés ainsi séparés par la crise et veulent se retrouver. Pour ceux qui ont passé devant l’officier d’état-civil, plus de problèmes. Mais les autres? Les gratte-papier du palais, émus de leur sort, ont décidé d’assouplir les règles. Les amoureux pourront se retrouver. Mais attention! S’ils font la preuve devant les représentations diplomatiques à l’étranger ou à la douane du sérieux de leur relation. Faire venir la copine d’un soir, nenni. Mais les tourtereaux qui produiront des documents attestant de leur amour auront le feu vert. Comment le prouver? En montrant des échanges durables de mails enflammés, des relevés téléphoniques, des traces de voyages faits ensemble, des souvenirs de séjours antérieurs en Suisse… C’est ce que suggère très sérieusement le temple fédéral de la justice, à travers la porte-parole du Service des migrations, monstre bureaucratique dont l’opacité est légendaire.

Quand la machine gouvernementale du traçage tous azimuths se met en route, rien ne l’arrête. Voilà qu’elle traque non seulement les porteurs du virus mais les fraudeurs de l’amour.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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