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Chronique

Chronique / Cachez ce sein

Anna Lietti

7 septembre 2020

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Chaque été, elles se font plus rares. Mais, cruel constat: plus vieilles, aussi. Non, le déclin des baigneuses aux seins nus n'a rien à voir avec la montée de l'islamisme...



Aux armes citoyens! L’islamisme s’infiltre jusque dans les rangs de la gendarmerie française, qui fait désormais régner la charia sur les plages de l’Hexagone en verbalisant les baigneuses aux seins nus. C’est du moins en ces termes que des allumés de la twittosphère ont répercuté l’épisode survenu à Sainte-Marie La Mer en cette fin d’été.

La réalité est moins saignante. Deux gendarmes ont commis l’énorme bourde de répondre à l’appel d’une mère de famille, qui invoquait le trouble de ses enfants face à trois baigneuses topless. Ils ont poliment demandé aux dames si elles voulaient bien remettre le haut. Ils se sont pris une brossée en rentrant à la centrale vu qu’aucun arrêté n’interdit les seins nus dans la municipalité et que l’affaire a flambé comme pinède sous mistral. Le ministre de l’intérieur en personne est intervenu pour préciser: c’était une erreur, vive la liberté, la République, etc.

Les islamistes dans tout ça? Aucune trace. La pudique mère de famille n’était même pas musulmane. L’épisode pyrénéen ne s’éclaire qu’à la lumière d’une autre réalité, que tout estivant peut observer au fil des ans: l’inexorable déclin du sein nu sur les pages d’Europe.

L’Espagne est le pays qui résiste le mieux mais partout, le nombre des plagistes topless diminue. En France, il a fondu de moitié en trente ans, relevait un sondage Ifop en 2017. Mais la donnée la plus cruelle est celle-ci: le sein nu est devenu un truc de grand-mère. L’adepte type est sexagénaire et plus les femmes sont jeunes, plus elles remettent le haut. Goodbe Woodstock, bonjour le bikini push up. Pas étonnant que les enfants fassent les gros yeux quand ils voient une dinosaure des sables en tenue de sortie.

Mais justement: si les jeunes se rhabillent, n’est-ce par le signe qu’un puritanisme venu d’ailleurs contamine le corps social? Et bien non, encore raté. Si les jeunes femmes fuient la nudité cool de leur maman, expliquent les sociologues qui ont analysé les données de l’Ifop, c’est surtout que, bombardées d’images de corps parfaits, elles ont intériorisé l’idée que seule une plastique irréprochable mérite d’être offerte aux regards.

Il y a sûrement du vrai dans cette interprétation. J’en suggère une plus gaie: dans cette manière «old style» de se promener à poil dans l’indifférence générale, les jeunes verraient surtout un exercice de désensibilisation érotique collective. Le bikini push up - dont le string, notez bien, retrécit d’année en année – ne serait de leur part qu’une sympathique tentative de pimenter l’ambiance à la plage. Bonne nouvelle: ça marche!


Tout va bien, la chronique d'Anna Lietti, paraît chaque mois dans 24 heures et sur Bon Pour La Tête, accompagnée d'un dessin inédit de Pascal Parrone.

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