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Chronique

Chronique / Climat: de la rue aux urnes

Chantal Tauxe

18 septembre 2019

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En 2011, les Verts étaient donnés gagnants par les sondages, mais l'effet Fukushima fit un flop. Qu'en sera-t-il en octobre, alors que le fédéralisme et le système proportionnel ont le don de noyer les engouements de l'opinion? Les jeunes manifestants de ce printemps se convertiront-ils en électeurs? Analyse.



Qui entre pape au conclave en ressort cardinal. Le constat des vaticanistes vaut-il pour les sondages qui annoncent les Verts gagnants des prochaines élections fédérales? En 2011, après la catastrophe nucléaire de Fukushima, les écologistes étaient donnés en tête des intentions de vote. A la fin, ils perdirent cinq de leurs vingt sièges au Conseil national. 

Ce n’est pas parce qu'un thème est populaire qu’il détermine mécaniquement le résultat des urnes, même si cette croyance entretient le suspense. Aux tocades de l’opinion, le système suisse oppose deux puissants amortisseurs: le fédéralisme et la proportionnelle. Treize cercles électoraux (cantons ou demi-cantons) comptent moins de cinq sièges: difficile pour un parti comme les Verts ou les Vert-libéraux d’y conquérir un siège de plus. De grosses modifications dans la répartition des sièges peuvent se produire, surtout dans les grands cantons.

Depuis 1975, la participation aux élections n’a pas dépassé les 50%. Plus d’un citoyen sur deux sont indifférents aux convictions que vont défendre les parlementaires. Pour que les préoccupations environnementales aient un effet spectaculaire sous la Coupole fédérale dans la prochaine législature, il faudrait que les milliers de gens, et spécialement les jeunes qui ont manifesté, aillent voter en masse. La mobilisation doit passer de la rue au bulletin de vote.

Par le passé...

Le climat change et il devient difficile de le nier tant les catastrophes naturelles se multiplient. Mais l’idée que les politiciens n’ont rien fait jusqu’ici pour «sauver la planète» est fausse. Dès les années 1970, les partis suisses ont inscrit dans leurs programmes des mesures de protection de l’environnement. Le premier élu vert dans un parlement national fut le Vaudois Daniel Brélaz, en 1979. Au moment de son élection au Conseil fédéral, en 1984, Elisabeth Kopp fut décrite comme une radicale à la fibre écologiste. En 1985, les chambres débattirent de la mort des forêts.

En matière environnementale, la Suisse a été pionnière, même si cela n’a pas suffi à faire du pays de Heidi la nation la plus vertueuse, ni la plus exemplaire. L’envie de préserver nos paysages, nos montagnes, la qualité de l’air, de l’eau ou de la nourriture se heurte à une obsession nationale: ne pas désavantager l’économie, ne pas imposer aux entreprises des normes qui les défavoriseraient par rapport aux concurrents étrangers. Et comme en plus, la Confédération peine depuis quelques années à agir dans le contexte européen ou multilatéral, les effets de nos législations internes restent limités sur le réchauffement planétaire global, comme sur le permafrost.

Tous concernés

Ainsi, les Verts et les Vert’libéraux n’ont pas le monopole des idées écologistes. Sans les socialistes et les démocrates-chrétiens, notre stratégie de transition énergétique 2050 n’existerait pas. Tous les partis, même l’UDC, qui est celui des paysans nourriciers, ont des propositions valables. Il faudra juste qu’ils se montrent capables de les faire converger. Plus que le poids des partis, comptera la détermination des élus – quelle que soit leur étiquette partisane – à agir pour sauver la planète.

Reste que un autre thème pourrait bousculer les pronostics d’ici fin octobre: les nuages noirs qui s’accumulent sur le plan économique. Les électeurs veulent bien passer au bio, mais à condition que leur pouvoir d’achat soit garanti.


*Article également paru en italien dans l'hebdomadaire Il Caffè

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

3 Commentaires

@willoft 19.09.2019 | 04h29

«allez jusqu'au bout de votre raisonnement et incitez à voter XYZ
Sinon, c'est assez nul!

P.S. Si les partis avaient fait le job, depuis... 50 ans, ni verts, ni verts libéraux n'existeraient, mais je pense c'est ce que vous vouliez dire :)»


@evo 23.09.2019 | 15h02

«Très bonne analyse de Chantal Tauxe, car tout le problème est là! Les manifs de rue ont été très bien suivies, et le seront également lors de manifs futures. Mais que l'on veuille ou non, les décisions se prennent au niveau du Parlement et tout dépend de sa composition. Un renforcement d'une volonté claire et ferme pour que la politique suive, il faut aller voter pour élire des candidates et candidats qui font avancer les politiques proposant ce que défendent les participant-e-s des manifs. Il faut aussi défendre les autres thèmes qui peuvent servir l'environnement/l'écologie (Transports en commun, politique sociale, politique de la santé,etc) Eric Voruz, Morges»


@Sev 03.11.2019 | 22h30

«Comme le dit Dominique Bourg, "si tu ne t'intéresses pas à l'écologie, elle, elle s'intéresse à toi". Quel que soit le parti dont on est issu, on ne peut pas nier qu'on a besoin d'un environnement sain pour vivre sainement et on a tous envie de survivre sur cette planète. Sans compter la mission de l'Etat de protéger les générations futures. Je suis d'accord avec @willoft pour dire que si les partis verts existent, si un nombre croissant de jeunes manifeste, si des mouvements rebelles naissent, c'est bien parce que nos dirigeants ne semblent pas mesurer l'urgence de la situation ni agir en conséquence.»