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CULTURE / BD

Faire rouiller la Dame de fer

M argaret Thatcher et son ultralibéralisme économique n'ont pas laissé un très bon souvenir aux classes laborieuses britanniques. Aux personnages de la BD «La dame de fer» non plus. Ils vont célébrer sa mort à leur manière, prenant enfin leur revanche.

Le 8 avril 2013, lorsque Donald apprend derrière le comptoir de son pub le décès de Margaret Thatcher, il est fou de joie. Pour cet habitant du Kent, une région sinistrée économiquement, cette vieille saleté de Maggy, preuve irréfutable que mettre une femme au pouvoir ne rend pas le capitalisme plus supportable, est la cause de la plupart de ces malheurs. Il offre une tournée générale pour célébrer l'événement, ce qui ne lui coûte pas trop cher vu le peu de clients qui fréquentent encore son établissement...

La mort de celle qui fut Premier ministre d'Angleterre de 1979 à 1990 replonge Donald dans ses souvenirs de jeunesse. Il repense avec nostalgie à l'époque où il formait un inséparable trio avec Owen et Abby, deux autres jeunes du coin. Mais la petite bande de copains n'a pas résisté aux vicissitudes de l'existence et au marasme économique: elle s'est séparée au milieu des années 1980. Owen et Abby se sont exilés à Londres, tandis que Donald est resté à Kingsdown, reprenant la gestion du pub paternel.

Quelques planches à découvrir en fin d'article. © Michel Constant / Futuropolis

Ode apolitique à l'amitié

Dans la foulée de la réjouissante annonce du décès de Margaret Thatcher, Donald rappelle ses deux potes perdus de vue depuis longtemps, pour qu'ils prennent ensemble, dans leur village d'origine, une sorte de revanche sur l'Histoire.

A partir de là, on aurait pu s'attendre à une comédie grinçante et militante à la Ken Loach, comme par exemple les superbes films Riff-Raff ou Raining Stones (voir bandes annonces ci-dessous). Des histoires de déclassés résistant tant bien que mal à la politique ultralibérale de Maggy et ses sbires, par le recours à l'entraide, l'humour et la débrouille, mais surtout avec une base idéologique solide. Mais finalement, cette Dame de fer bédéesque est principalement une ode apolitique à l'amitié et à la Norton Manx, la célèbre moto anglaise qui est la principale protagoniste de l'histoire...

La révolte oubliée

Cela n’est pas particulièrement désagréable en soi: la BD de Michel Constant, connu pour son excellente série Mauro Caldi (l'histoire d'un pilote de course dans l'Italie ensoleillée des années 1950), est parfaitement maîtrisée, tant au niveau du scénario que du dessin, et se lit avec plaisir. En revanche, ce qui est gênant, c’est l’idée que cette narration induit, peut-être malgré elle: une jeunesse britannique, laminée par les réformes de Margaret Thatcher, qui aurait abandonné la partie dès le milieu des années 1980.

Or, c'est précisément à ce moment-là qu'apparaissent en Angleterre différents mouvements, parmi lesquels le radical grindcore. Remise en cause cinglante du consumérisme, du sexisme et du spécisme, il a été moins médiatisé par la presse bourgeoise que la première vague punk, alors qu'il était très influent à l'époque, et, dans une moindre mesure, l'est resté encore aujourd'hui.

Enfin, était-il vraiment nécessaire de devoir attendre la mort de la mère Maggy pour relancer l'entrepreneuriat local en ouvrant, ainsi que le font nos héros à la fin de La dame de fer, un camping écolo?


Musiques

The Exploited: Maggie


The Larks: Maggie Maggie Maggie


Chaos UK: Maggie


Extreme noise terror: The Peel session 1987 - 1990


Andy T.: I still Fucking Hate Thatcher - Blackpool Rebellion 2013



Bandes annonces: Riff-Raff et Raining Stones de Ken Loach

Riff-Raff (1991)

Raining Stones (1993)





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