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CULTURE / Cinéma

Tu seras un (grand) homme, mon fils!

L a mère juive, figure castratrice et tendre jamais épargnée par l’humour juif, se voit à nouveau personnifiée par Charlotte Gainsbourg, impressionnante de justesse dans «La promesse de l’aube», adaptation du chef d’œuvre de Romain Gary. Pour le plaisir, retour sur quelques exemples de mères juives dans la culture populaire.

Quelle blague n’a-t-on pas faite sur la mère juive? Celle qui se lève, au beau milieu de la nuit, pour refaire le lit de son fils parti aux toilettes, celle qui appelle l’aéroport et demande: «A quelle heure arrive mon fils?», cette mère courage hyper protectrice dont le fils, séfarade ou ashkénaze, ne s’émancipe jamais tout à fait, a fait l’objet de toutes les plus tendres railleries, devenant le sujet préféré des savoureuses histoires juives.

Charlotte Gainsbourg, dans l’adaptation par Eric Barbier La promesse de l’aube le chef-d’œuvre de Romain Gary, en donne une interprétation carrément bouleversante. Folle d’ambition pour ce fils qu’elle veut un grand guerrier doublé d’un écrivain acclamé, se vantant auprès des autres locataires de son immeuble de Vilnius d’avoir enfanté un futur génie, et ce jusqu’à manifester les stigmates inquiétants de la folie. Charlotte Gainsbourg donne peut-être là sa meilleure performance d’actrice, avec accent et prothèses mammaires, pour s’effacer derrière celle qui est, dans la littérature, le symbole absolu de cette mamma juive qui couve autant qu’elle pousse son rejeton, et dont les représentations populaires ont été, pour les auteurs de fiction, le moyen de faire s’égosiller des personnages hauts en couleur, toujours partagés entre affliction exagérée et bonheur surjoué.

Doux clichés

Après la sombre Shoah, il semble impossible pour ces mamans de ne pas vivre à moins de 100 km de leurs fils chéris, et elles sont auréolées du concept de «mère juive» grâce notamment à un livre qui vient de reparaître, Comment devenir une mère juive en dix leçons, de l’américain Dan Greenburg, illustré, dans cette réédition, par feu Wolinski. Initialement paru en 1964, ce petit ouvrage à se tordre de rire, adapté des centaines de fois au théâtre, est le concentré de ce que ce doux cliché véhicule, la mère juive y étant dépeinte comme un être toujours moqué mais jamais vraiment considéré, s’occupant des autres en s’oubliant soi-même et ne trouvant son salut que dans la représentation qu’elle a des choses et de son fils plutôt que dans ce qu'il est et fait réellement, car l’objet de tous les fantasmes de la mère juive est, par la force des choses, la source de toutes ses déceptions. «Tu as vraiment besoin de payer si cher une charlatane pour lui expliquer que c’est ta mère que tu aimes le plus au monde?», soupire l'une des matrones de Wolinski.

Nouvelle édition de Comment devenir une mère juive en dix leçons, publiée chez Seghers en novembre dernier. © DR

Alors, puisque la mère juive, dans la vraie vie comme dans l’art, a encore de beaux jours devant elle, voici un petit choix arbitraire de cinq mères juives issues de la culture populaire:


  • Molly Golberg, la mère dans The Rise of the Golbergs, série radiophonique ayant tenu l’affiche de la NBC de 1929 à 1946 avant d’être adaptée à la télévision de 1949 à 1956 (The Goldbergs). Gertrude Berg, actrice aux formes généreuses de mère enveloppante s’est écrit elle-même ce rôle de cheftaine de famille juive, dont le petit écran a immortalisé ses éternels chignons et tabliers de cuisine. Elle y campe une mère attentive mais capable de s’amender, plus aimante que castratrice.

  • La mère juive, de Gertrud Kolmar, publié en 1965. Ecrit en 1930, ce livre, dont l’auteure est décédée à Auschwitz, est la quête désespérée du violeur de sa fille par une mère folle d’amour. Martha Wolg, qui vit dans les faubourgs de Berlin à la fin des années 20, retrouve le corps inanimé de son enfant. Ne supportant pas l’horreur sexuelle que sa fille a traversée, elle l’empoisonne sur son lit d’hôpital avant de se donner pour mission de la venger.

  • Portnoy et son complexe, de Philip Roth. Sorti en 1969, c’est le troisième roman de l’immense écrivain américain, dans lequel il décrit l’éveil au monde et à la sexualité (l’ouvrage fit scandale) d’un jeune homme toujours guetté par Sophia, sa mère juive presque raciste envers les goyes, et derrière laquelle le père doit s’effacer.

  • Marthe Villalonga dans Un éléphant ça trompe énormément, d’Yves Robert (1976). Dans ce film de potes où chacun a une bonne situation mais se laisse aller à quelques infidélités, Guy Bedos, jeune médecin hypocondriaque, est sans cesse au bord de la crise de nerfs. Sa mère, une Marthe Villalonga (à qui bien des cinéastes vont redemander de jouer la même partition) est toujours prête à venir le persécuter, se plaignant de n’être jamais avertie des événements de la vie de son fils.

 


  • Myriam, la mère juive par Florence Foresti dans l’émission On a tout essayé, sur France 2, qui est une version moderne et caricaturale de la mère juive, en blouse léopard satinée, couverte d’une lourde quincaillerie dorée et parlant fort, s’immisçant sur le plateau pour engueuler son fils, Laurent Ruquier, et voulant refaire le casting des chroniqueurs qu’elle trouve trop vulgaires. Ses meilleures saillies: «Si Nadine de Rothschild t’entendait!» ou encore: «Les années glissent sur moi comme la sauce sur les boulettes!» 

 


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