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CULTURE / PORTRAIT

Maryssa Rachel: «je vous raconte mon instantané»

D ’abord portraitiste et plasticienne. Ensuite, écrivaine et photographe. Les chemins qui peuvent mener à la réalisation de nos ambitions sont différents et souvent longs. Et Maryssa Rachel a fait du chemin. «J’ai toujours été attirée par la photo. Il ne s’agit pas que de portraits ou d’images neutres, il s’agit d’aller gratter au fond de chacun pour en sortir le meilleur». Mais dans le monde d'aujourd'hui où tout le monde prend des photos et les publie ensuite sur les réseaux sociaux, cela vaut-il encore la peine de faire ce métier?

La photographie devient échange, restitution, écoute, participation. Dans chacune des photos de Maryssa on perçoit cela, et aussi un abandon poétique du concret pour l'absolu. «J’ai commencé il y a dix ans, mais j'ai toujours aimé la photo. Pour moi, la photographie c'est immortaliser des instants de vie», raconte la brillante quadragénaire qui est aussi la voix de notre rubrique podcast, Quand Maryssa lit. Pour elle, qui est inspirée par l'univers de Diane Arbus, Bettina Rheims, Nan Goldin, la photo, lorsqu'elle est bien faite, raconte une histoire, un sentiment, comme dans un film muet.

«Les publicités, les films, les séries, les magazines n’ont de cesse de montrer des humains quasi parfaits, sans poils, sans vergetures, sans imperfections. Des visages sans marques du temps. Tout y est aseptisé, gommé, pour que les corps ressemblent à des êtres qui n’existeront jamais. Mon travail consiste à montrer aux femmes et aux hommes qui me contactent qu’ils sont beaux, plus que jamais, peu importe leur taille, leur poids, leur âge».

Qui sont les personnes qui posent devant votre appareil photo?

Majoritairement ce sont des femmes. Des femmes qui sortent de moments difficiles, ou qui ont besoin de se réapproprier leur image. Après une séparation, une période de mal-être. Elles cherchent une mise en valeur de leur corps après une prise de poids ou après un accouchement, ou dans le temps difficile de la ménopause. Ces personnes ont besoin d’avoir une autre image d’elle-même.

Les représentations visuelles prolifèrent hors de toute proportion et finissent par des selfies (le réseau social le plus populaire est Instagram). Ce qui manque dans ce paysage semble être le regard. L'attention de l'autre…

A l’époque du selfie, on peut se demander à quoi peut servir une séance photo avec un professionnel. C’est complètement différent, je vois ce que la personne ne voit pas. J’immortalise des instants que la personne ne peut immortaliser toute seule. Mon but est de surprendre mon sujet et de lui prouver qu’elle ou il est magnifique. L’objectif n’est pas de séduire, mais de se montrer tels que nous sommes. On met de côté la superficialité au bénéfice de l’authenticité et de la vérité.

Comment se déroule une séance?

Après un premier contact par mail, je demande toujours un entretien téléphonique, afin de bien cibler les attentes du «modèle». Il y a quelques années, j’avais un studio photo, mais avec le temps, je me suis aperçue que me déplacer à domicile ou à l’endroit choisi par la personne, permettait à cette dernière d’être beaucoup plus à l’aise.

Lors de ma visite chez la personne, la confiance est primordiale. On discute, je la mets à l’aise, je ne la fais pas poser directement devant l’appareil. L’humain est au centre de mon travail. Une fois l’entretien terminé, j’accompagne la personne, je lui tiens la main durant quelques minutes, et très vite, le malaise laisse place au lâcher prise. Beaucoup de personnes me disent qu’elles ne sont pas photogéniques, c’est parce qu’elles n’ont pas eu encore l’occasion de passer devant mon objectif.

Combien de temps dure une séance?

Je m’adapte à la sensibilité de chacun, de ce fait une séance peut parfois durer, deux, trois, quatre heures ou plus… J’aide la personne à sortir de sa zone de confort, à dépasser ses limites, à oser. On a tous à l’intérieur de nous une personne sauvage qui ne demande qu’à s’exprimer.

Une fois la séance terminée…

Mon travail n’est pas terminé. Je choisis entre dix et vingt photos que je traite ensuite sur mon ordinateur. Il faut compter alors trois à quatre heures de travail supplémentaire.

Les retours…

Beaucoup de personnes sont surprises par le résultat final. C'est souvent une prise de conscience directe sur leur beauté intérieure et extérieure. Un shooting permet de se réapproprier son image, de prendre ou de reprendre confiance et de se sentir bien dans ses baskets.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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