keyboard_arrow_left Retour
LE BILLET DU VAURIEN

Emmanuel Macron s'invite à la Nouvelle Revue française

I l cite Stendhal et se réjouit que l'Histoire redevienne tragique.

Surprenant cet entretien d’Emmanuel Macron dans la N.R.F. de mai 2018. S’il y a bien un lieu où je ne l’attendais pas, c’est dans cette prestigieuse revue à vocation purement littéraire. Je l’ai lu avec une curiosité vorace, m’attendant au pire. Et force m’est d’en convenir, il s’en tire diaboliquement bien citant tantôt Stendhal («Il est une façon de manger un œuf à la coque qui annonce les progrès faits dans la vie dévote»), François Mauriac et son Bloc-Notes de l’Express ou Pierre Viansson-Ponté qui dans une chronique légendaire du Monde écrivait peu avant Mai 68: «La France s’ennuie».

A la question: «Que diriez-vous en 2018?», Emmanuel Macron répond: «Je ne pense pas que la France s’ennuie, mais elle est inquiète. Et elle a toutes les raisons de l’être, ajoute-t-il, car l’Histoire que nous vivons en Europe redevient tragique. Elle ne sera plus protégée, comme elle l’a été depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Paradoxalement, c’est ce qui le rend optimiste». Et cette confession sidérante:

«Du point de vue du système politique traditionnel, je suis une aberration. En réalité, je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque.»

Dommage à ce propos, puisqu’on lui demande ce qu’il lit, qu’il ne mentionne pas Michel Houellebecq: la confrontation ne manquerait pas de sel.

D’autant que pour lui la littérature l’emporte et l’emportera toujours sur la sociologie et même sur la philosophie. Encore Stendhal: «une cristallisation stendhalienne» a débuté en 2017 avec le peuple français. Cette «rencontre amoureuse» ne durera pas, il en est parfaitement conscient.

Cette lucidité donne à son personnage romanesque – encore et toujours Stendhal – une profondeur inattendue. La différence engendre la haine et c’est pourquoi il la cultive. Sans guillotine, pas de gloire.

Du coup, le stratège cynique, l’ambitieux sans scrupule, l’économiste dénué de toute compassion se métamorphosent par la magie de la littérature en un personnage infiniment plus complexe qu’il n’y paraît, porté par un narcissisme sans limites, mais également une culture littéraire qui demeure son point d’ancrage. Tout au moins quand il s’exprime dans la N.R.F.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Luc Debraine, Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Florence Perret, Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

© 2018 - Association Bon pour la tête | une création WGR