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Chronique

Chronique / A la conquête de Mars

Ondine Yaffi

28 avril 2018

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Le jeu n'est pas une pratique limitée aux tables de nos chalets, ni aux longues soirées d'hiver. Avec plus d'un millier de sorties par année, uniquement pour la discipline du jeu de société, il faut étendre la pratique aux tables des terrasses, des trains, des écoles, à nos serviettes de plages, aux dîners de famille... C'est pourquoi Bon pour la tête vous propose un rendez-vous mensuel dans lequel Ondine partage avec vous ses découvertes.



Pas besoin de s’appeler Elon Musk ou d’être milliardaire pour partir à la conquête de Mars. Procurez-vous simplement Terraforming MarsCe jeu primé cette année à Cannes en catégorie expert est très immersif et la poignée d’heures nécessaires à la terraformation de la planète rouge semblent filer à vitesse lumière.

Jacob Fryxelius a su amener une certaine fluidité dans un format d’ordinaire prise de tête. Contrairement à bon nombre de jeux de cet acabit, quand on finit une partie de Terraforming Mars ce n'est pas d’une douche froide cérébrale dont on a envie, mais de repartir pour un deuxième round. Que tous ceux et toutes celles prédisposés aux addictions se méfient de ce jeu chronophage.

Romantique, offensif ou technophile

Terraforming Mars se joue en solo ou jusqu’à cinq adversaires dans le but, vous l’aurez compris, de rendre la vie possible sur Mars. C’est un modèle compétitif libéral qui est posé comme canevas. Chaque joueur-se incarne une corporation de terraformation qui doit être plus productive que les autres.

On peut toutefois assouvir sa nature romantique par la culture du varech, la plantation de forêts, l’élevage de moisissures symbiotiques ou la captation de l’énergie des vents solaires.

Si on préfère la méthode char d’assaut, on peut terraformer en provoquant des catastrophes (détournements d’astéroïdes, explosions nucléaires, écrasement de comètes). 

Pour les technophiles, la stratégie scientifique permet, entre autres, de cultiver des bactéries dénitrifiantes, inventer la photosynthèse artificielle ou construire des générateurs de champs magnétiques. Après quelques parties, il s’avère qu’un mélange subtile de tout cela est nécessaire, mais qu’avant tout, prime la stratégie de rationalisation des moyens de production, et on se surprend à jouer les actionnaires majoritaires et à aimer ça.

La temporalité de ce jeu permet de développer la tactique de son choix tout en gardant un œil attentif sur celle des adversaires. On est pris de la première à la dernière seconde de la partie.

8° Celsius et 14% d'oxygène

A notre arrivée sur Mars, il fait -30°C, l’oxygène est à 0%, c’est un caillou couleur de rouille et tout est à faire. Notre compagnie possède un tout petit capital financier pour démarrer sa conquête. Mais faire exploser un astéroïde, créer un océan, bâtir une ville ou monter un laboratoire ça coûte: il faudra alors vite faire fructifier vos millions grâce, entre autres, à nos points de terraformation dont la croissance influe proportionnellement la courbe de nos gains.

L’ampleur des possibles se trouve dans un deck impressionnant de 208 cartes «projet», toutes ayant une fonction propre. Il faudra choisir les bonnes combinaisons pour réussir des combos spectaculaires qui vous permettront de vous démarquer de vos concurrents.

Le jeu prend fin quand l’atmosphère de la planète affiche 14% oxygène, que la température ambiante est de 8°C et que toutes les tuiles océans ont été posées. La quantité de paramètres cumulés permettront d'obtenir des points, si bien qu’on a parfois tendance à ralentir la fin du jeu afin de pouvoir faire pousser quelques forêts ou bâtir une ou deux villes en plus.

De la qualité du matériel

La critique est presque unanime sur l’excellence du jeu, elle l’est également sur un autre point: «S’il vous plaît Monsieur Fryxelius, à la prochaine édition, faites améliorer la qualité du matériel de jeu». Car si une partie de celui-ci répond aux attentes, on a un peu l’impression qu’une coupe budgétaire a précarisé certains éléments. Le succès récolté a certainement fait fructifier les ressources, Terraforming Mars mérite mieux!


Quelques rendez-vous ludiques

La Tour-De-Peilz 14e Rencontre suisse des créateurs de jeux au «Musée suisse du jeu», 5-6 mai 2018;
Lausanne soirées jeux au «Paradis du jeu». Informations sur leur page facebook, pour leurs événements;
Bienne marché aux puces du «Délirium Ludens», 26 mai 2018.


Le précédent Rendez-vous ludique d'Ondine Yaffi

Faïences et Sudoku: les ingrédients du jeu «Azul»

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