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AILLEURS / Sexe

Quand orgasme et campagne électorale font bon ménage

L e 11 mars auront lieu en Colombie les élections législatives. Apparemment à court d’appât, un des partis en lice fait les fonds de tiroir pour obtenir quelques voix supplémentaires. Ce n'est (de loin) pas le premier à user du sexe pour sa campagne, comme le souligne le journal «Semana».

Depuis plusieurs jours en Colombie, sur un fond de reggaeton, une voix de femme, sensuelle et au bord de l’orgasme, recommande à qui l’écoute de voter pour le numéro 101 de la Coalition Alternative de Santander, numéro correspondant à Cindy Núñez, représentante pour le parti Verde.



Si l’objectif de cette bande-son était de faire parler de la jeune femme, c’est évidemment réussi, relève le journal Semana. Entre ceux qui trouvent ça drôle ou ceux qui sont choqués de la légèreté et du manque de goût de la candidate à la Chambre des Représentants pour Santander, le jingle émoustille les réseaux sociaux et, de nos jours, cela représente déjà un succès.

Sous le couvert d’un combat féministe

D’autre part, comme le souligne RCN Radio, Cindy Núñez dit vouloir, par cette sensuelle rengaine, ouvrir le débat sur les droits des femmes dans son pays. Selon elle, combattre la répression sexuelle que subissent les femmes, en divulguant l’enregistrement d’un orgasme «féminin, apprécié, conscient et ressenti» est peut être la première étape pour arriver à les libérer de la répression politique dont elles font également l’objet.

Intentions très louables et probablement sincères mais la forme que prend son militantisme mérite d’être interrogée: est-ce vraiment en divulguant cette aphrodisiaque mélopée que les femmes parviendront à jouir de plus de liberté en Colombie? Est-ce que ce n’est pas précisément instrumentaliser le potentiel érotique des femmes dans le seul but de faire du bruit (sans jeu de mots) sur les réseaux sociaux pour attirer l’attention des électeurs fatigués de la politique?

Assumez le sexe ou ne l’utilisez pas!

Notons bien que Cindy Núñez n’est pas la seule à tenter de légitimer son coup de pub avec des arguments convaincants. Cette année au Costa Rica, un des candidats à la présidentielle, Edgardo Araya, s’est créé un compte Tinder (avec la permission de son épouse, ouf!) pour se rapprocher des électeurs tout en utilisant «des méthodes modernes de communication» pendant sa campagne. Il pourrait presque nous faire croire qu’une inscription dans un club libertin est une manière innovante d’être «près du peuple».

Peut-être qu’Edgardo Araya voulait suivre l’exemple de la belge Tania Derveaux qui, en 2007 déjà, a donné de sa personne lors des élections législatives: elle promettait une fellation aux 40'000 premiers qui iraient cocher son nom aux urnes. Par cette annonce, la jeune femme voulait surtout dénoncer les promesses non tenues des politiciens (80 pipes par jour pendant 500 jours, ça rapproche!).

En Espagne, en 2012, le Parti Socialiste de Catalogne diffusait pendant la campagne une vidéo dans laquelle on voyait une femme jouir en votant. Message hautement plus direct que celui de la belge: voter est un plaisir (orgasmique).

 
Tous ont fait parler d'eux et ont bénéficié d’une meilleure visibilité grâce à ces différents coups de promo. Alors, si le sexe est vendeur – puisque le sexe est vendeur –, les partis utilisent cette technique pour pimenter les campagnes électorales traditionnelles et attirer l’attention des jeunes politiquement désabusés. Mais en assumant le côté purement stratégique de ce genre d’actions, et non en les enrobant d’altruistes motifs.


Texte original en espagnol sur Semana: «“Campañas eróticas”: Cuando el sexo mueve los votos» 



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