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LU AILLEURS / CHINE

Pauvreté: la course contre la montre de Xi Jinping

L e président Xi Jinping a promis d'éradiquer la pauvreté en Chine d'ici juillet 2021, pour le centenaire du Parti communiste. Mais les entrailles du géant sont encore, à ce jour, rongées par les inégalités sociales et économiques de la population, comme le rapporte une enquête parue dans le Financial Times.

En quarante ans, depuis le début de la réforme qui a marqué la transition vers une économie de marché, la Chine a fait d'énormes progrès dans cette direction. Environ 850 millions de personnes ont été arrachées à la pauvreté, ce qui a valu les éloges des Nations unies, de la Banque mondiale et de personnalités aussi importantes que Bill Gates et le sénateur américain de gauche Bernie Sanders. C'est cette évolution historique que Pékin exploite dans une propagande d'État et dont les autorités chinoises se vantent devant leurs pairs sur la scène mondiale.  
Dans ce contexte, pour Xi et le Parti communiste chinois, les objectifs de réduction de la pauvreté n'ont pas seulement une signification politique, ils sont aussi des sources fondamentales de légitimité en Chine et face au monde. Mais en réalité, derrière ces grandes intentions, au sein de la population chinoise, les inégalités sociales et économiques restent à ce jour un problème majeur. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui se demandent: Xi Jinping pourrait-il atteindre son objectif d'éradication de l'extrême pauvreté d'ici juillet 2021, date du centenaire de la fondation du Parti communiste chinois? Le respect de ce délai permettrait au président de déclarer que la Chine mérite son rôle de premier plan sur la scène internationale, explique au Financial Times, Gao Qin, expert de la politique sociale chinoise à l'Université de Columbia.

La condition rurale

Fin 2019, il y avait encore 5,5 millions de personnes en situation d'extrême pauvreté dans les campagnes chinoises. L'épidémie de covid-19 a provoqué une récession économique importante et le PIB du pays a chuté au premier trimestre pour la première fois en quarante ans. Les régions pauvres ont été parmi les plus touchées. 

Selon le gouvernement chinois, au cours des cinq années du premier mandat de Xi Jinping, 13 millions de personnes en moyenne sont sorties de la pauvreté chaque année. Depuis 2013, environ 775'000 fonctionnaires ont été envoyés dans les villages pour mener des actions de soutien à la population, et le fonds public de lutte contre la pauvreté a augmenté de plus de 20% chaque année. 

En mars, les caisses de l'État avaient déjà distribué 139,6 milliards de yuans (17,6 milliards d'euros) sur les quelque 144 prévus, écrit le Financial Times

Liu Yongfu, responsable du programme de réduction de la pauvreté du gouvernement, a admis que depuis le début de l'année 2020, 380'000 Chinois ont rejoint ceux qui se trouvent au seuil de la pauvreté. Il faut dire que la Chine continue de connaître une urbanisation rapide. Ce phénomène a considérablement réduit la pauvreté dans le passé, mais il expose également de plus en plus de citadins au risque de souffrir du dénuement.
Wang Xiangyang, professeur d'affaires publiques à l'Université Southwest Jiaotong, explique qu’en raison des obstacles naturels et du manque d'infrastructures de transport, il est compliqué d'intervenir dans certains villages. Peu de gens peuvent trouver du travail ailleurs et les communautés rurales doivent se satisfaire de l'agriculture de subsistance.
Mais il y a aussi ceux qui n'ont pas la chance d'être considérés officiellement comme des pauvres à cause de la négligence de l'administration, des erreurs de calcul ou de la bureaucratie. Bien qu'ils aient droit à certaines aides, comme un salaire minimum garanti, ils ne reçoivent pas les mêmes subventions et ne comptent pas dans la prise en compte de la réduction de la pauvreté. 

Apparemment, le programme n'accepte plus de nouveaux ménages. Bien que le taux de réduction de la pauvreté soit effectivement élevé, son niveau réel ne peut être mesuré sans un système qui admet une marge d'erreurs. Selon le gouvernement cependant, si l'allocation de revenu minimum fonctionne normalement, les familles pauvres cesseront d'exister. Pour la prochaine étape du plan de développement, la base de données actuelle sera révisée. Elle prendra en considération les ménages «instables» ou «frontaliers».

Dans la région de Zhaojue ont été relogés des citoyens d'Atule'er, un village qui a pris de l'importance suite à la publication de photos montrant des enfants escaladant un mur de rochers de près d'un kilomètre pour atteindre l'école, et où les familles vivent avec moins d'un dollar par jour. A Zhaojue, on peut lire sur le panneau électronique rouge de l'hôtel central: «Gagner la difficile bataille pour mettre fin à la pauvreté». Sous ce slogan: le nombre de jours restant avant la fin annoncée de la pauvreté. 

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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