Média indocile – nouvelle formule

Actuel

Votation 7 mars / Vote massif aux frontières contre le voile intégral


PARTAGER

Dimanche dernier, les communes romandes limitrophes de la France ont dans leur grande majorité fortement accepté l’initiative interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Pourquoi? On a tenté de répondre à cette question. Indice: l’image, pas terrible, du «voisin français».



«C’est la petite Gilberte, Gilberte de Courgenay…» La Mob, c’était mieux avant. Il y avait alors de vraies frontières. Pas comme aujourd’hui avec Schengen qui les a toutes effacées, ce qui est bien pratique aussi, il faut le dire. Mais parfois une votation – ou une pandémie – suffit à les rétablir. C’est ce qui s’est passé dimanche avec la «burqa», l’initiative interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, acceptée à 51,2% par le peuple. Un score relativement modeste qui cache de fortes disparités. Sans le vote des métropoles, favorables au non, le texte aurait été approuvé bien plus largement. En Suisse romande, les communes frontalières de la France ont plébiscité le oui. Qu’est-ce que cela révèle de ce vote, à cet endroit bien précis, celui des limites géographiques et politiques d’un pays, en sa partie francophone?

A Courgenay, dans cette Ajoie s’enfonçant tel un saillant dans les départements français du Doubs et du Territoire de Belfort, 65,4% des habitants ont voté en faveur de l’initiative soutenue par l’UDC et une partie de la gauche (cliquez ici pour avoir accès à la carte interactive). Un score de cinq points supérieur à la moyenne cantonale jurassienne, 60,7% de oui, la plus élevée des dix-neuf cantons qui ont approuvé le texte.

Des trois districts du canton du Jura, celui de Porrentruy, qui épouse la carte de l’Ajoie, dont la particularité est d’avoir avec la France le double de frontière qu’il n’en a avec la Suisse, affiche le plus haut taux d’acceptation, 64,7%. A la pointe du saillant, Bure, la commune qui héberge la place d’armes du même nom, se hisse à la première place du district avec 76% de oui. Mais c’est dans le district de Delémont que le record est atteint: la petite localité d’Ederswiler, frontalière avec le Haut-Rhin, a accordé 82,93% de ses votes au oui à l’initiative.

Que comprendre de ce «vote des frontières», massif dans le canton du Jura, massif encore dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud, marqué également dans le canton de Genève, pour un texte combattant un phénomène, le voile intégral, sans doute inexistant dans ces contrées et rarissime à l’échelle de la Suisse?

Avant d’en venir aux hypothèses, continuons sur notre sentier des douaniers. Dans le canton de Neuchâtel, le district du Val-de-Travers produit les plus hauts scores. La «palme» revient à La Côte-aux-Fées avec 74,5% de oui. Aux Verrières, commune limitrophe de Pontarlier, sous-préfecture du Doubs, le taux d’acceptation est de 67,6%.

Dans le canton de Vaud, la Vallée-de-Joux, comme le district de Porrentruy dans le canton du Jura, plébiscite le oui: 64,2% au Chenit, 68,5% à L’Abbaye, moins au Lieu, 55,7% quand même. Dans le district de Nyon, moins reculé, les moyennes des communes frontalières sont plus basses d’environ 10 points, s’établissant autour de 54%. La Rippe, qui rejette l’initiative avec 52% des voix, fait une notable exception dans cette partie vaudoise unanimement contre le voile intégral.

Le canton de Genève, maintenant. Canton-ville avec arrière-pays campagnard. La plupart des communes frontalières approuvent le texte. Spécialement celles de l’extrême sud-ouest, qui, comme l’Ajoie dans le canton du Jura, forment un saillant dans les départements français de l’Ain et de la Haute-Savoie. Bardonnex, localité munie d’un important poste-frontière, détient semble-t-il le record cantonal avec 57% de oui. A part la commune de Genève proprement dite (44,8% de oui) et de certaines localités en direction du canton de Vaud, peut-être un peu plus bourgeoises que le reste du canton de Genève, toutes les autres ou presque acceptent l’initiative.

Le Valais, en partie frontalier avec la France, a voté oui à 58,3%, deuxième taux le plus élevé en Suisse romande derrière le Jura. La commune limitrophe de Saint-Gingolph, à la pointe sud-est du lac Léman, détient avec 70,5% des voix l’un des plus hauts scores du canton.

Alors, pourquoi ce oui franc et souvent massif des communes frontalières à l’initiative dite anti-«burqa»? Notons au passage que de nombreuses localités de l’«intérieur» de la Suisse romande, spécialement dans la Broye, l’ont également fortement approuvée.

Alors, est-ce par «islamophobie»? Ce terme, dont l’islam politique est féru, a plusieurs acceptions. C’est son problème comme sa force. Il englobe et confond la critique, la crainte et le rejet de l’islam. Mais on peut penser que le «vote des frontières» à l’initiative qui nous occupe renferme une part de crainte, voire de rejet de la religion musulmane, en tous les cas de ses formes apparaissant comme radicales ou intolérantes.

Notre hypothèse, elle, est qu’il faut envisager ce vote frontalier romand comme le résultat d’une association d’idées: niqab=islam, islam=danger, danger=France. Cet enchaînement peut certainement valoir aussi, selon des modalités propres, avec d’autres pays limitrophes de la Suisse – la chose est frappante dans le canton de Saint-Gall, qui fait face à l’Autriche, visée le 12 novembre par un attentat djihadiste à Vienne.

Ne nous cachons pas la réalité: nombreux sont les Suisses à avoir de la France une image cauchemardesque, ou du moins dégradée. Pour rien au monde, ils ne voudraient être français, ni connaître ce que la France, singulièrement cette «France voisine» – proche mais tenue à distance comme tout voisin – connaît: le chômage, la délinquance, un rapport exacerbé à l’islam, globalement, des problèmes paraissant insolubles.


Lire aussi: Islamisme France-Suisse: le vrai sujet qui fâche


Les communes romandes frontalières, spécialement celles de fort passage, spécialement celles situées en zones rurales, spécialement enfin celles qui n’ont pas avec la France de «barrière naturelle» – une rivière, un fort dénivelé forestier ou montagneux –, s’estiment aux premières loges d’un danger réel, exagéré ou fantasmé dont elles entendent se prémunir. Les habitants de ces localités se considèrent vulnérables, ils voient dans la frontière une protection contre des périls, le rôle même d’une frontière.

Deux épisodes de délinquance remontant à l’été dernier renforcent cette hypothèse: l’un a touché la «piscine de Porrentruy», en Ajoie, lorsque des «racailles» (terme chargé de sous-entendus) venues de quartiers sensibles de France voisine ont commis des incivilités dans l’enceinte du bassin bruntrutain; un autre a fait grimper les chiffres de la délinquance semble-t-il comme rarement sur le littoral neuchâtelois, lorsque des mineurs ou jeunes majeurs isolés essentiellement originaires du Maghreb, certains d’entre eux étant en réalité originaires de France, ont commis des rapines.

Les urnes électorales sont en quelque sorte nos lieux d’aisance démocratiques. S’y déversent nos peurs, nos inquiétudes, qui peuvent être fondées, tout ce «ça» refoulé en temps normal et qui trouve là, dans l’intimité de l’isoloir, une occasion de s’exprimer. La démocratie directe absorbe et évacue les passions.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

3 Commentaires

@Lagom 12.03.2021 | 14h01

«S'il ne faut pas avoir peur en regardant la France cela veut dire que nous manquons de lucidité, de réflexion et de sensibilité. Ce qui est arrivé à Neuchâtel l'année passée est un séisme sécuritaire auquel le canton a mal répondu, et il a ouvert la voie à plus de délinquance post-covid, quand la liberté du déplacement regagnera le niveau normal. Tolérance et légèreté ne sont pas synonymes. La tolérance s'impose vis-à-vis des plus faibles mais pas à ceux qui veulent détruire nos pays et nos modèles de vie. Chaque fois que je lis les mondialistes je me dis mais si notre pays ça leur plaît pas pourquoi rester ici? qu'ils profitent de la libre circulation pour habiter ailleurs.»


@bonpourmoi 14.03.2021 | 17h37

«tout est un peu fou en ce moment...il y a une expression qui dit... l'hôpital qui se fou de la charité...voter pour l'interdiction de ce cacher le visage,..? Et ce vote est fait par tout un peuple qui à lui-même le visage caché..??? »


@bonpourmoi 21.03.2021 | 17h38

«Juste pour dire, il y a bon nombre de personnes qui ont voté, étant eux-même obligé de se cacher le visage...»