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ACTUEL / Politique

Multilatéralisme vs nations et tribus

L e multilatéralisme, qui aurait dû être le moyen de faire travailler ensemble les nations du monde, est en train de s’effondrer, menacé tout à la fois par le non respect dont font preuve certaines nations vis à vis d'autres et par une nouvelle tendance au tribalisme.

C’est une affaire entendue, le nationalisme est l’ennemi numéro un d’une société internationale pacifique et démocratique.

L’Europe unie s’est construite sur ce principe et, vu ses douloureux antécédents, on ne peut pas lui donner tort. Sauf que le multilatéralisme, qui aurait dû être le moyen de faire travailler ensemble les nations du monde, est en train de s’effondrer, comme on peut le voir ces jours-ci à l’assemblée générale des Nations Unies à New York. Chaque pays y participe dans le seul but de s’affirmer lui-même et non pour coopérer avec les autres. A commencer par le plus puissant d’entre eux, les Etats-Unis, qui n’en font qu’à leur tête, sanctionnent les pays récalcitrants, comme l'Iran, sans respecter le droit international, déclarent une guerre économique à leur ancien partenaire devenu leur principal rival, la Chine, et imposent leur droit national aux autres Etats au mépris de leur souveraineté.
Lesquels répliquent soit en se soumettant à la loi du plus fort (et là l’Europe a beaucoup à faire pour préserver son indépendance), soit en se rebellant contre ces diktats en revenant à cette politique de puissance qui, après le XIXe siècle, avait conduit l’Europe à s’anéantir elle-même dans ces immenses guerres civiles que furent les deux conflits mondiaux.

Autrement dit, l’affaiblissement de la nation, voulu par l’Occident, est en train de conduire à une crispation de la plus puissante d’entre elle, qui se sent menacée dans son hégémonie, et à un raidissement des nations violentées ou humiliées par l’histoire, Chine, Russie, Iran, Turquie, Israël… qui réclament un statut conforme à ce qu’elles ont été, à ce qu’elles sont devenues, ou à ce qu’elles désirent être. Est-ce cela que nous voulons?

Conclusion provisoire: il n’y a pas de multilatéralisme qui tienne sans nations qui se respectent les unes les autres.

Un second problème est apparu plus récemment, la tendance au tribalisme. Jusqu’ici, on croyait que le tribalisme était un mal spécifiquement africain, né de la colonisation et aggravé par les erreurs de la décolonisation. Un problème ethnique de régions sous-développées ou excentrées comme les Balkans. Ce n’est plus le cas depuis que les pays occidentaux ont sombré dans le gouffre des revendications minoritaires, qui s’étalent désormais à la une des journaux. Chaque minorité, chaque groupe ou groupuscule réclame à la majorité silencieuse une reconnaissance de son statut et de ses droits de genre, de confession, de couleur, dans une spirale qui semble sans fin. Cette marche des vieilles démocraties républicaines vers l’atomisation est accentuée par les médias sociaux et le développement des chaines radio et TV qui ne sont désormais plus des médias de masse s’adressant à un large public, mais des micro-médias qui ne s’adressent plus qu’à des publics très restreints, qu’ils contribuent à isoler du reste de la société et à radicaliser. Chaque groupuscule et bientôt chaque individu aura sa chaine Youtube.

De cet ennemi du multilatéralisme, on ne parle jamais parce qu’il va à l’encontre de l’idée reçue selon laquelle toute minorité est bonne par définition. Il serait pourtant urgent de s’en préoccuper.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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