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ACTUEL / UDC

Manipulation à grand tirage

L a campagne électorale commence. L’UDC diffuse une «édition spéciale» de 16 pages à tous les ménages. Quand on a les moyens, on fonce. Triple feu. Contre l’accord-cadre avec l’UE, contre la libre circulation des personnes et contre la protection des salariés. Une nouvelle initiative est en route. Et maintenant les syndicats sont dans le viseur. La fille de Blocher ferraille contre eux, docilement relayée par Jean-François Rime, président de l’USAM. Mais que veut au juste cette équipe? On vous le dit. Un total retour en arrière dans l’histoire. Dans les années 70. Quand l’UE n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. Quand on faisait venir de gentils saisonniers corvéables à merci. La gauche ferait bien de monter sans tarder au filet. Et la droite moderne aussi.

Quelle jubilation chez les nationalistes blochériens quand les Britanniques ont claqué la porte de l’Union européenne! Le problème, c’est qu’ils s’y sont pris les doigts. Et cela fait mal. 

La croissance cale, la livre chute, la peur du lendemain s’installe. Le plus visible, c’est le désarroi des étrangers européens qui voyaient autrefois la Grande-Bretagne comme l’eldorado et qui aujourd’hui partent ou songent à partir. Surtout les plus qualifiés d’entre eux, assurés de trouver ailleurs un horizon moins incertain. Les professeurs et chercheurs étrangers des grandes universités qui les quittent sont plus nombreux que ceux qui arrivent. Le nombre des étudiants est aussi en baisse. Dans les entreprises le malaise grandit aussi: les spécialistes pointus hésitent à accepter des postes parce que promis, avec le Brexit, à des tracasseries bureaucratiques nouvelles. Quant aux hôpitaux, ils ne savent plus où donner de la tête: les infirmières et médecins européens (60% d’entre eux) s’en vont ou cherchent à le faire. Tout cela parce que le gouvernement de Theresa May, dans la foulée du référendum, veut en finir avec la libre circulation des personnes au niveau européen. 

Et c’est ce que réclame à grands cris l’UDC. L’article de Mme Martullo-Blocher dans sa brochure en dit long sur sa mauvaise foi et sur ses arrière-pensées. Il faut un certain culot pour affirmer, au vu de la prospérité des deux dernières décennies, que «la libre circulation n’a rien apporté de ce qui avait été promis». Qu’elle ait aussi provoqué des difficultés sociales, personne ne le nie.

«Bon vieux temps»

On doit reconnaître aussi que des «mesures d’accompagnement» ont été mises en place grâce aux conventions collectives et aux contrôles contre le dumping salarial. Et c’est précisément cela que la fille de son père pourfend. Elle s’étrangle à l’idée qu’un Suisse sur quatre est protégé par une convention collective avec force de loi dans la branche. Elle ne décolère pas contre l’assurance-chômage dont les syndicats, grâce à leurs caisses, tireraient de juteux profits.

Le Fribourgeois Jean-François Rime poursuit sur la lancée. Il voit dans ces protections «un carcan». Et que propose-t-il? Un retour au système des quotas, c’est-à-dire à la bureaucratie qui dit oui ou non à l’engagement d’un salarié étranger. La plupart des patrons – ils ne sont pas tous aussi obtus que le président de l’USAM – se refusent à ce retour aux années passées. Les syndicats aussi. Ils se souviennent du «bon vieux temps» où l’on faisait venir des saisonniers, sans leur famille, obligatoirement attachés à leur employeur, payés selon l’humeur. Plus jamais ça, s’est-on dit à l’abrogation de ce système indigne. Eh! bien, non, l’UDC veut y revenir. La lecture s’impose de ce grand moment de démagogie. Que l’on penche à droite ou à gauche, peu importe, un minimum de rigueur est requis. Pour démonter une formidable manipulation. Le parti dirigé par des milliardaires tente de faire croire aux braves et petites gens qu’il défend leurs intérêts. C’est la plus grosse «fake news» suisse de l’année.


Précédemment dans Bon pour la tête

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