keyboard_arrow_left Retour
ACTUEL / Santé

Les «first responders», une question de vie ou de mort

E n cas d’arrêt cardiaque, les premières minutes de prise en charge peuvent sauver la vie. Les «first responders» sont des bénévoles qui se mettent à disposition du 144 pour effectuer les premiers secours avant que l’ambulance arrive. Des gestes importants, qui soulèvent aussi des questions d’ordre moral.

Chaque minute passée après un arrêt cardiaque réduit l’espérance de vie de 10%. C’est pourquoi, le canton du Tessin a été pionnier en matière de «first responders». Le système est simple: des bénévoles formés aux premiers secours reçoivent une alarme sur leur téléphone lorsqu’une personne en arrêt cardiaque est dans leur zone. Le signal passe par une application, directement envoyée par le 144. Dans le canton du Tessin, le système «Momentum» a fait ses preuves: un patient sur deux est sauvé grâce aux «first responders».

Le même principe de secours inspire d'autres cantons. En Suisse romande, notamment. Une application smartphone est à bout touchant à Fribourg: «Le système fonctionne déjà partiellement. A partir d'août, tout sera automatisé pour faciliter l'intervention des "first responders" et des ambulanciers», annonce Christophe Roulin, président de la fondation Fribourg Cœur. Plus de 1000 bénévoles sont déjà inscrits. L’application «first responder Fribourg» couvre tout le canton, même les petits villages. 

Collaborer pour optimiser

«A Genève, une ambulance met en moyenne 10 minutes entre la centrale et le lieu d'intervention. C'est beaucoup trop long pour que le patient ait une chance de survie. Avoir une personne qui effectue les gestes de premiers secours en attendant les ambulanciers, c'est vital», commente le Dr Robert Larribau, médecin responsable de la Centrale 144. Le canton prévoit, avec l'aide de l'association «Swiss Emergency Responders» la mise en ligne d'un système similaire à celui du Tessin pour le printemps 2018: une démarche utile pour les Genevois, mais également pour tous les pendulaires. «Comme le programme «Momentum» est une application en ligne, cela permet de pouvoir organiser les bénévoles de manière inter-cantonale», précise encore Robert Larribau.

Une collaboration inter-régionale, c'est aussi ce que souhaite le canton de Vaud. La mise en place du système y a pris pourtant un peu plus de temps: d'autres applications moins centralisées avaient déjà vu le jour il y a quelques années, mais elles ne semblaient pas satisfaire pleinement les différents personnels de la santé. Néanmoins, des discussions sont actuellement en cours et des informations plus précises seront disponibles d’ici à la fin de l’été. La mise en place du système «Momentum» est également bien avancée dans les cantons du Valais et de Berne. Bâle-Ville et Bâle-Campagne se penchent aussi sur la question. «C'est vrai qu'on en parle un peu partout, mais cela prend beaucoup de temps jusqu'à ce que ce soit vraiment opérationnel...», regrette Christophe Roulin. 

Le débat ne s’arrête pas là

Une question supplémentaire se pose pourtant. Et si le patient ne veut pas être réanimé de force? «On ne le réanime pas», répond Christophe Roulin. «C’est une situation qui nous est arrivée pas plus tard qu’il y a deux semaines et nous avons accepté le choix de la personne». Si le témoin qui a appelé le 144 est au courant des désirs de la personne, c’est de son devoir d’informer le «first responder». En cas de manque d’information, les bénévoles partent du principe que la personne veut être sauvée.

Cela amène évidemment à des questions philosophiques. Les technologies et la médecine d’aujourd’hui permettent de reporter la fin de vie de bon nombre de personnes. Il est maintenant accepté par toutes et tous que cela représente un progrès indéniable. Il y a pourtant des gens malades ou âgés qui souhaiteraient pouvoir s’en aller par un arrêt cardiaque. Longtemps, cette question était tabou. Aujourd’hui une telle décision n’est plus considérée comme amorale. Et c’est toute la complexité de la situation: dans ce monde où l’on nous donne l’impression de pouvoir vivre éternellement, certains doivent se battre pour avoir le droit de mourir. La loi sur la protection de l’adulte et le droit des personnes est pourtant avec eux.

Pour tous les autres, ces quelques minutes gagnées par les «first responders» restent vitales.


Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

© 2018 - Association Bon pour la tête | une création WGR